La lecture n’est pas une bataille !

Quand j’ai appris à marcher…

Quand j’ai appris à marcher, papa se mettait un peu loin de moi, maman me tenait par un doigt puis me lâchait progressivement la main, Mamie m’encourageait… tout le monde était fier de moi. Tout le monde riait. Nous étions contents.

Quand j’ai appris à manger tout seul, maman ne m’en voulait pas de me barbouiller le visage en ratant la bouche avec la cuillère, papa coupait patiemment ma viande en petits morceaux, Papi me racontait des histoires drôles… Nous étions contents.

Quand j’ai appris à lire…

Quand j’ai appris à lire,
– la maîtresse était stressée parce qu’elle avait peur qu’on la juge incompétente si je n’y arrivais pas assez vite
– maman était anxieuse parce que ma cousine Lucie a su lire à 4 ans
– papa surveillait du coin de l’œil parce qu’il ne voulait pas le montrer mais ça commençait à l’agacer que son rejeton ne soit pas le premier de la classe
– Papi et Mamie interrompaient à tout bout de champ les histoires qu’ils me lisaient par des « A toi, maintenant… C’est quoi, cette lettre ?… Tu ne reconnais pas ce mot ?… »

Et pourtant…

On peut apprendre à lire sans stress ! Dans le plaisir ! C’est une découverte si extraordinaire de se rendre compte qu’il existe un code qui nous permet de garder des traces, de s’envoyer des messages à distance, de découvrir un monde magique d’histoires et d’informations…

Alors… quelle est LA BONNE MÉTHODE ?

La bonne méthode pour apprendre la lecture est celle où :
• l’enfant est captivé par ce qu’il fait au point d’oublier ses craintes d’échouer ;
• toutes ses qualités sont sollicitées (intelligence, sens de l’observation, mémoire, curiosité, persévérance) pour parvenir à comprendre les mécanismes et à retenir les informations ;
• il peut avancer à son rythme, sans précipitation et sans forcing ;
• il apprend à BIEN lire, c’est-à-dire à comprendre ce qu’il lit ;
• il maîtrise la combinatoire syllabique et peut appliquer ses nouvelles compétences à toutes sortes de contextes de lecture.

La lecture à l’Ecole Vivante

Pour aider les enseignants, les parents, les grands-parents… et surtout l’enfant, chez nous, à l’Ecole Vivante, il y a Pilou et Lalie, le plaisir de lire AVANT TOUT :
Un univers chaleureux où l’humour a sa place, de même que des sentiments forts comme la tendresse, la peur ou la tristesse. L’enfant est pris par les histoires. Il veut savoir la suite.
Il a une très bonne raison de faire l’effort de comprendre et de lire. La séance de lecture devient un vrai jeu, un dialogue joyeux avec l’adulte qui l’accompagne dans ses découvertes.
Les personnages qui composent cet univers et reviennent dans les différentes histoires ont tous une vraie personnalité : ce sont des héros auxquels l’enfant peut s’identifier, s’attacher. Il y en a des petits et des grands, des féminins et des masculins, des timides et des fanfarons. Chacun à son tour a son heure de gloire dans l’histoire, comme dans la vie.

Illustrations : Catherine Nouvelle.
(Les textes des livres de Pilou et Lalie sont de Françoise Demars).

Le livre est disponible sous forme téléchargeable (deux livres) ou imprimée (compilation des deux), sur le site : http://ecole-vivante.com/apprendre-a-lire-compil.html

Il n’est pas disponible en librairie.

Quelques clichés contre Montessori

Une « nouvelle méthode » qui date du début du XXe (sic)

Je viens de lire un article (que je ne citerai pas – inutile d’en parler plus) qui constitue un condensé si copieux et haineux des clichés contre Montessori qu’il me semble une occasion parfaite de les réfuter un par un. Le premier, éculé mais toujours vivace, s’étonne qu’on appelle moderne une méthode qui date de plus d’un siècle. Ce qui est curieux, c’est que les gens qui pensent cela sont souvent ceux qui voudraient que l’on revienne… à l’école de Jules Ferry (devoirs, notes, classements, punitions, apprentissages par cœur…). Or, justement, vouloir supprimer toutes ces entraves inutiles pour permettre le développement harmonieux et autonome de l’enfant au lieu de l’inhiber et de le brimer… oui, c’est moderne !

L’école Montessori ne fonctionne que pour les enfants doués ou pour les déficients (sic)

Commençons par la contradiction inhérente à la formulation : n’est il pas étrange qu’une pédagogie fonctionne aussi bien pour les enfants à haut potentiel et pour ceux qui ont des difficultés si, justement, elle ne fonctionne pas pour tous ? Ce que cette phrase souligne surtout, c’est justement le fait qu’en tenant compte des particularités de chacun et en s’y adaptant, la pédagogie Montessori évite que l’on laisse sur la touche tous ceux qui ne sont pas absolument dans la « norme ». Et d’ailleurs qu’est-ce que cette norme et qui la définit ? Et sur quel critères ?

Elle est dangereuse pour les autres (sic)

Dangereuse parce qu’elle les laisse libres. L’auteur de l’article s’affole à l’idée de ces enfants à qui on n’impose rien et qui, forcément, vont en profiter pour se vautrer dans l’indolence et la paresse. C’est avoir une vision bien négative des enfants. C’est aussi se tromper lourdement : il suffit de passer quelques heures dans une école Montessori pour se rendre compte du fait que non seulement les enfants travaillent mais qu’en plus ils le font volontairement et avec plaisir. Et c’est justement quand on les laisse libres de faire un travail qui a du sens qu’on leur donne l’occasion de devenir volontairement actifs à l’école et, plus tard, dans la vie, sans avoir besoin d’un gendarme à leur côté.

L’école ne peut se permettre d’attendre des années pour qu’un enfant apprenne à lire et calculer, et juste, travailler (sic)

Lorsqu’on sait à quel point le forçage est peu productif pour la plupart et nuisible pour un certain nombre, cette phrase fait rire. Mais rire jaune quand même ! Cette école qui n’a pas la capacité (ou la patience) d’attendre, échoue si bien qu’elle prive notre société et l’avenir de notre pays de toute une partie de ses forces vives. Au lieu de laisser à ceux qui en ont besoin le temps de s’épanouir à leur rythme pour qu’en fin de compte chacun puisse entrer de plain pied dans une vie active et créative pour le bien de tous, elle fonce bille en tête vers le mur sans se soucier des dégâts. Belle réussite !

Les contraintes sociales sont des biens précieux pour nous apprendre à vivre ensemble (sic)

Sous-entendu : les écoles Montessori sont bien trop agréables pour préparer (armer !) les enfants à l’horreur de la vie qui les attend ensuite : compétition, égoïsme, avidité, envie de pouvoir… que sais-je ? Autrement dit : Puisque dans la vie, on prend des coups de marteau sur la tête, autant commencer le plus tôt possible. C’est inepte. D’abord parce que si la société est réellement aussi mauvaise, on ferait mieux de commencer par essayer de la réformer… en éduquant mieux les enfants pour qu’ils deviennent des adultes moins égoïstes, moins avides, etc. Ensuite parce que, justement, c’est en donnant confiance aux enfants et en leur apprenant le dialogue qu’on les prépare à vivre en société de façon équilibrée, indépendante, ouverte.

CQFD :-)

 

 

La pédagogie active : bénéfique pour TOUS les enfants

Le handicap qui fait comprendre

C’est souvent dans des contextes de handicap ou dans un milieu social défavorisé que les grands inventeurs de la pédagogie active ont été amenés à bousculer la pédagogie traditionnelle. Confrontés à des situations difficiles, face à des enfants qui “n’entraient pas dans le moule” pour une raison ou pour une autre, ils ont été amenés à inventer des pratiques qui respectent mieux la différence de chacun, tournent résolument le dos à une compétition drastique et inutile, écoutent l’enfant, ses besoins, ses atouts, ses faiblesses, ses goûts, ses rythmes, sa forme originale d’intelligence et de communication. Et ce qu’il y a de formidable, c’est que cela souligne le fait qu’on ne peut pas compartimenter les enfants : cette pédagogie marche pour tous !

La pédagogie active n’est pas que « curative »

La pédagogie active place l’enfant (et non les connaissances) au cœur de l’enseignement. Il ne s’agit pas d’inculquer à des enfants passifs et souvent ennuyés ou même dégoûtés, un programme figé, indiscutable et identique pour tous. Il s’agit de faire aller chacun au maximum de ses propres possibilités, dans la confiance, le plaisir de l’effort utile, l’estime de soi, le droit à l’échec, l’envie de le surmonter et d’aller de l’avant. Pour parvenir à ce but, on permet à l’enfant d’être actif dans ses apprentissages, on lui donne l’occasion d’expérimenter, de créer, de s’impliquer, au lieu de lui demander d’emmagasiner, parfois sans les comprendre, des connaissances et des compétences. Pourquoi tout cela serait-il réservé aux enfants en désarroi dans l’enseignement traditionnel ?

Un choix de la dernière chance

Or, souvent, les parents ne se tournent vers la pédagogie active que lorsque leur enfant a des problèmes dans l’enseignement classique. Il ne « suit » pas, il est malheureux, il ne s’épanouit pas… C’est bien dommage et cela entraîne deux problèmes qu’il faudrait surmonter :

– Trop peu d’enfants ont l’occasion de bénéficier des bienfaits de la pédagogie active.

– La pression des parents pour que la pédagogie active devienne la norme dans l’Education nationale publique et gratuite est trop faible.

Voilà pourquoi il faut infatigablement expliquer, informer, décrire ce que sont Montessori, Freinet, Steiner…

Pour en savoir plus : http://ecole-vivante.com

Un beau moment, presque émouvant

Je suis enseignante de SVT dans un collège public du Vaucluse. J’ai découvert avec plaisir les livres de la collection Montessori Pas à Pas, aussi ai-je souhaité les utiliser dans mon enseignement.

Avec les 27 élèves de ma classe de 3°, en dernière heure de matinée, nous avons fait ce matin une séance un peu différente des autres.  Nous devions commencer la partie « évolution des êtres vivants et histoire de la terre ». Dernière séance avant les vacances de Noël, l’objectif de la séance était de faire une entrée en matière pour cette partie qui les interpelle, les questionne, les émerveille.

Nous avons commencé la séance par la lecture du récit : « L’histoire de la terre ». (Livre Les Grands récits, p.15).  Les élèves ont été très attentifs et très calmes. Le cadre était posé et l’ambiance sérieuse, presque rêveuse comme si je les avais emmenés ailleurs.

Le récit se termine par : « 1 milliard d’années […] Vous imaginez ? Mille millions d’années ! […]« .

A ce stade-là, je me rends bien compte que non, mille millions d’années, ils n’imaginent pas tellement… Ils commencent à comprendre comment la terre s’est formée et quelle place elle occupe dans l’univers, dans notre galaxie, dans le système solaire… mais de là à avoir des repères temporels, c’est plus difficile.

Aussi, sommes-nous descendus dans la cour. Nous avons utilisé le Ruban noir*, formidable outil trouvé dans le livre Les Lignes du temps. J’ai utilisé les explications fournies dans le livre des Grands récits p.35 pour leur raconter les grandes étapes de l’histoire de la terre.

Un élève s’est porté volontaire pour tenir le bout du ruban. Il était « là où la terre s’est formée ». Nous avons commencé à dérouler le ruban, doucement. A chaque étape, je leur indiquais l’évolution de la terre : « planète  feu », « planète mer », « apparition de la vie au fond des océans », « sortie de l’eau des animaux », etc. et, enfin, le tout petit morceau rouge : « la présence de l’homme sur terre ».

La première réaction des élèves a été « Ah oui quand même ! » Nous avons regardé un moment en silence le ruban¸ sa longueur et les différents repères. Ensuite nous sommes remontés en classe. Nous avons échangé un court moment sur leurs impressions, ils étaient vraiment étonnés de « voir  le temps » qui s’est écoulé entre l’apparition de la vie et la sortie des animaux de l’eau, de découvrir à quel point l’homme occupe si peu de place dans l’histoire de la terre…

Nous avons terminé la séance par les 15 premières minutes du film Genesis (Nuridsany et Perennou).

L’heure a vraiment été très calme, l’ambiance était presque solennelle. Le visionnage de cette courte séquence du film leur a permis d’illustrer le récit. Ils étaient surpris d’y trouver les mêmes faits, presque les mêmes mots.

Pour les élèves, cette séance était une phase « d’accroche », au cours de laquelle ils ont voyagé à travers le temps, ils se sont évadés. Pas de trace écrite, pas d’évaluation, mais je l’espère, l’envie d’en savoir plus.

Pour moi, c’était un beau moment, presque émouvant. J’ai pris beaucoup de plaisir à leur raconter cette histoire. Au cours des prochaines séances, je pourrai apprécier l’impact de cette activité, mais la satisfaction d’aujourd’hui est déjà une réussite.

––––––––––––––––––––––

*Le montage du ruban noir n’a pas été une mince affaire. Nous avons fait le nombre de photocopies nécessaires, les avons toutes découpées, puis nous avons agrafé les différentes longueurs. C’était un peu long, mais c’est faisable. Le dévidoir est simple à monter, nous avons mis une règle carrée en bois au milieu. Au moment de dérouler le ruban nous avons été un peu embêtés par des agrafes qui se sont accrochées ensemble et il fallait faire très attention de ne pas déchirer le ruban qui reste fragile. Pour les années à venir, je pense réaliser cet outil avec un vrai rouleau de 46m de ruban noir de 6 ou 7cm de large.

Pour repérer l’apparition de la vie au fond des océans et la sortie des animaux de l’eau, des élèves se sont portés volontaires pour tenir le ruban à ces endroits-là. Cela nous a permis d’avoir une assez bonne vision de l’emplacement de ces étapes à la fin. Sur le prochain ruban je prévoirai un lien d’attache au début pour l’accrocher à un arbre, et des repères visibles pour les différents évènements, ce qui m’évitera de compter mes pas.

Fanny Cavallo

 

 

L’après Montessori (ou Freinet)

L’angoisse du futur

J’entends et je lis assez souvent les mêmes questions angoissées au sujet de Montessori : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?” Cela me donne envie de republier cet article, déjà paru à l’origine il y a 1 an et demi. D’une part ce serait vraiment dommage de priver les enfants de cette pédagogie sous prétexte que cela ne durera pas toute leur scolarité. D’autre part, les choses ne se passent heureusement pas comme les parents le craignent.

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant. Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire… dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France. Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe. Et surtout, l’impression d’être passif.

Mais très vite l’incroyable faculté d’adaptation, l’avance souvent importante prise dans tous les domaines, la grande autonomie et le fait de savoir organiser son travail font que ces enfants s’en sortent très bien, le plus souvent même très très bien ! Donc, pas d’angoisse !

Montessori : Les grands récits. Points forts pédagogiques

Un repère pour l’enfant

Les cinq grands récits fournissent une trame, une suite de repères. Ils ne sont en aucun cas des leçons (bien entendu, il ne doivent pas faire l’objet d’évaluations !). Ils sont au contraire – critère innovant ! – un outil d’éveil de la curiosité. Ils peuvent même servir à réveiller cette curiosité chez certains enfants chez qui elle a déjà été émoussée pour diverses raisons. Ils constituent le pivot chronologique sur lequel vont s’articuler toutes les investigations et tous les apprentissages ultérieurs : astronomie, géologie, climatologie, étude de la nature et du vivant (botanique, étude des écosystèmes, zoologie), préhistoire, histoire, étude des civilisations, des langues, géographie…

Un outil pour l’interdisciplinarité et la pédagogie active

Il sont également un outil d’interdisciplinarité tout à fait adapté à la pédagogie active, où les enfants font du français en écrivant sur la reproduction des manchots empereurs, du calcul en convertissant en kilomètres la dimension de notre galaxie exprimée en années-lumière ou en matérialisant la taille phénoménale de certains dinosaures, etc. Ils ouvrent sur une culture bien plus vaste que celle, “prémâchée”, des manuels. Par les grands récits, on permet à l’enfant de classer par rapport à lui-même, dans l’espace et dans le temps, tout ce qu’il découvre : les éléments les plus lointains et anciens (étoiles, galaxies, dinosaures, Homo erectus…) comme les plus proches et récents (géographie de la France, histoire de la deuxième Guerre mondiale…). Il devient le point de repère fixe. Il sait où se situer et où situer tout le reste.

Une source de motivation

Pour tirer un bénéfice maximum des grands récits, vous devez vous préparer aux élans explorateurs des enfants, être disponible et encourager ceux qui posent des questions à entreprendre eux-mêmes des recherches, seuls ou en petit groupe, dans des livres, sur internet, etc.
On comprend immédiatement à quel point il est important de mettre à leur disposition une bibliothèque riche et abondante, de leur permettre l’accès à internet (en prenant les précautions nécessaires, bien sûr, que permet l’utilisation de la fonction de contrôle parental !), de les emmener dans les musées et de leur donner la possibilité de s’immerger le plus souvent possible dans la nature. L’environnement préparé doit aussi comporter une collection de fossiles et de minéraux, un aquarium, un herbier à enrichir, un globe Montessori rugueux, un globe plus classique, un atlas, etc. Les fossiles et autres trésors naturels (roches volcaniques, etc.) peuvent servir de déclencheur ou, à l’inverse, de prolongement aux grands récits. Idéalement, l’école devrait se trouver dans la nature.
Certains enfants choisiront peut-être d’orienter leurs recherches vers l’histoire des sciences et les découvreurs, ce qui va avec l’idée montessorienne des héros et des personnages à qui s’identifier.
Tout cela servira à alimenter l’immense, voire l’intarissable curiosité que l’on aura fait naître grâce aux grands récits.

Pour en savoir plus : Les Grands récits

Montessori, Freinet : un pas a été fait

Ça bouge… un peu

Je me réjouis de voir que la pédagogie Montessori commence à intéresser pas mal de gens. Je ne parle pas des grandes surfaces qui apposent l’étiquette Montessori sur tout et n’importe quoi. Ceux-là me font peur parce que loin de participer à une démocratisation dont ils pourraient tirer une réelle gloire (et un beau profit !), il galvaudent complètement l’essentiel. Je parle des parents qui cherchent à faire des activités Montessori avec leurs enfants, des blogs qui fleurissent ici ou là (expériences vécues, tutoriels…), des écoles qui se créent, des enseignants du public qui demandent des formations Montessori (hélas sans obtenir de financement de l’Education nationale), des journaux, des radios, des télés qui font des articles et des émissions. Ça bouge ! Et c’est valable aussi, dans une moindre mesure, pour la pédagogie Freinet.

Encore un effort !

Cet engouement ne doit pas nous endormir, nous qui militons depuis des années pour que la pédagogie active devienne LA pédagogie. Au contraire ! D’abord parce qu’il y a encore une majorité de gens qui, soit n’ont jamais entendu parler de la pédagogie active, soit restent très attachés aux vieux principes traditionnels qu’ils croient, en toute bonne foi, efficaces (cours magistral, devoirs à la maison, notes, classements, récompenses et punitions…).

Ensuite et surtout pour éviter ce que craignaient aussi bien Célestin Freinet que Maria Montessori : que l’on ne s’empare des pratiques et du matériel en laissant de côté l’essentiel. Je prendrai deux exemples, l’un chez Freinet, l’autre chez Montessori.

• Imprimer un journal en classe, c’est bien une pratique Freinet. Mais pour qu’elle soit réellement utile aux enfants et riche d’éducation autant que d’enseignements, il faut qu’elle soit l’occasion de créations libres (textes, dessins, photos, vidéos), de travail collaboratif, d’un projet pris en main en totale responsabilité par les enfants, de contacts de la classe avec l’extérieur, etc. Sinon, ce n’est qu’une activité scolaire parmi d’autres, juste à peine plus ludique.

Photo Reuters

 

• Utiliser les Lettres mobiles, c’est bien se servir d’un matériel montessorien. Mais pour que ce ne soit pas un « rabachage » d’apprentissage de l’alphabet, il faut que cela intervienne à un moment précis du développement de l’enfant, lorsqu’il a envie de former des mots pour créer ses propres textes, alors même qu’il ne sait pas encore écrire. Il faut que cela se fasse quand il le demande et non quand on le lui impose. Il faut qu’on ne mêle pas deux activités au même moment : celle de créer des mots et même des textes et celle d’apprendre l’orthographe. Il faut qu’on ne censure pas ce que fait l’enfant mais qu’on le laisse profiter librement du plaisir de la découverte des symboles.

L’utilisation du matériel et la mise en œuvre des pratiques reposent sur des intentions pédagogiques fortes. Ce serait vraiment dommage de les négliger, au risque de passer à côté de l’essentiel.

 

 

 

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement. S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ?

Photo Vanessa Toinet. Ecole Montessori du Morvan

Erdkinder : Montessori pour les 12-15

L’adolescent : en déséquilibre permanent

Conflits, ennui, désintérêt, incompréhension, absentéisme, parfois même rupture du dialogue, violence, fugue, gestes désespérés… même lorsque tout semble bien se passer, le mal-être est parfois caché. L’adolescence est une période bien difficile pour les jeunes eux-mêmes, pour les parents, pour les enseignants. Force est de constater que la pédagogie traditionnelle gère la crise plutôt qu’elle ne propose des solutions satisfaisantes pour tous. Maria Montessori part du principe que tout cela n’est difficile que parce qu’on n’offre pas assez aux jeunes adolescents, qui sont en plein changement et questionnement, ce dont ils ont réellement besoin.

Une réponse originale, humaine, d’une remarquable intelligence

La réponse de Maria Montessori aux paradoxes, aux aspirations et aux difficultés des 12-15 ans est tout à fait originale. Elle combine la sécurité ET l’indépendance, la confiance ET le soutien, les projets, l’engagement, les responsabilités, la convivialité, la collaboration des ados avec leurs pairs… dans le but de permettre aux adolescents de se construire sereinement. Comme toujours dans la pédagogie Montessori, tout passe par une posture particulière de l’éducateur et une préparation très étudiée de l’environnement. Ce que propose Maria Montessori, c’est une grande maison à la campagne, un lieu de vie, de travail, de créativité et de détente pour les adolescents encadrés par quelques adultes.

Une petite exploitation agricole, une hôtellerie, un magasin

Maria Montessori propose une véritable petite entreprise gérée par les adolescents soutenus par un groupe d’adultes. Les adolescents vivent là toute la semaine et rentrent dans leur famille pour le weekend. Ils s’occupent des cultures, des élevages, de la gestion des comptes, des choix stratégiques… Ils vendent leur production dans le magasin et gèrent leur budget. Ils reçoivent des visiteurs (dont des parents s’ils le désirent) dans les quelques chambres de l’hôtellerie. L’idée n’est bien évidemment pas d’en faire forcément des fermiers, des hôteliers ou des commerçants, mais de leur permettre de prendre de vraies responsabilités, en groupe, au contact bénéfique de la nature. Il s’agit d’un environnement préparé particulier, adapté aux besoins d’autonomie, d’expérimentation et de sécurité des 12-15 ans. Le matériel pédagogique, c’est « la vraie vie ». Et on ne délaisse pas pour autant les études « académiques ».

Work in progress :)

Maria Montessori était elle-même consciente du fait qu’une telle organisation n’est pas facile à mettre en place. Pour des raisons économiques et liées à l’organisation, il n’existe actuellement que quelques exemples dans le monde (en Suède et aux Etats-Unis). En France, on rencontre plutôt quelques rares essais de collège à la campagne, sans l’aspect « internat ». Mais des initiatives commencent à pointer le nez en s’adaptant au contexte, soit à la campagne, soit, plus souvent, en ville, en lien avec un centre équestre, une AMAP, un club d’orientation en forêt, et en remplaçant l’exploitation agricole par un projet plus modeste mais réellement géré par les adolescents (travail en vue de gagner l’argent d’un voyage, micro-entreprise, etc.). A suivre et encourager !

A lire pour en savoir plus : Montessori pour les 12-15 de Françoise Cova Correa.

Montessori, Freinet… et après !?

L’angoisse du futur

J’assistais hier à une présentation-débat sur la pédagogie active, en assez petit comité. Un court film présentait des classes Freinet et Montessori en activité. Emerveillement dans la salle. Et puis, les premières exclamations passées (« Que les enfants sont concentrés ! » « Quelle ambiance détendue ! » « Quelle différence avec l’école de ma fille ! »…), les questions angoissées commencent : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?”

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant. Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire… dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France. Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe. Et surtout, l’impression d’être passif.

Mais très vite l’incroyable faculté d’adaptation, l’avance souvent importante prise dans tous les domaines, la grande autonomie et le fait de savoir organiser son travail font que ces enfants s’en sortent très bien, le plus souvent même très très bien ! Donc, pas d’angoisse !