Apprentissage de la lecture : ne pas se laisser décourager

Le bel élan vers la pédagogie active

J’ai récemment rencontré de nombreux enseignants de maternelle et de primaire qui se lançaient dans la pédagogie active depuis un an ou deux (ou plus !) et se disent aujourd’hui découragés. Ils (et surtout elles, d’ailleurs) commençaient à s’engager dans la pédagogie Montessori avec enthousiasme, en se formant comme ils pouvaient, à leurs frais, en fabriquant souvent le matériel eux-mêmes. Le ministre qui avait soutenu la démarche montessorienne de Céline Alvarez, dont on connaît les résultats, ne parle plus de Montessori ou de former les enseignants débutants à la pédagogie active. Encore moins de formation continue pour les enseignants en poste. Il ne faut pas baisser les bras pour autant !

Montessori, Freinet… et Blanquer : compatibles

L’accent mis par le ministre sur le syllabique ne doit pas faire oublier que la combinatoire syllabique est bien entendu incluse dans les démarches de Montessori et Freinet. Ce qui est refusé, c’est de ne faire que ça, parce que ça n’a pas de sens.

En Montessori, on commence par travailler sur les sons, puis on identifie la façon de les transcrire en s’attachant à la découverte sensorielle des symboles : un son/une ou plusieurs lettres, pour que l’enfant comprenne bien que l’écrit est la représentation de l’oral. Et on passe bien vite au travail sur des mots qui ont un sens (dictées muettes, écriture de textes grâce aux lettres mobiles, avant même que l’enfant sache écrire). L’enfant a toujours conscience que le but de l’écrit est de s’exprimer, de dire quelque chose. Lire, c’est comprendre. Et pas seulement déchiffrer. Voir ici la chronologie du matériel montessorien de langage*.

Un enfant apprend à reconnaître les lettres par rapport aux sons. (Montessori)**

En Freinet, la méthode naturelle engage les enfants à reconnaître des lettres, des syllabes dans les mots et des mots entiers, à les mémoriser, à les recombiner et à les réutiliser dans la lecture et dans l’écriture d’autres mots, toujours plus nombreux. Là aussi le but est toujours le sens et la combinatoire syllabique n’est que l’un des moyens. En Freinet, on apprend à lire comme on apprend à parler ou à marcher : en pratiquant, en faisant des tentatives et des expériences passionnantes parce qu’elles sont toutes des défis à relever. On invente des textes, on les écrit, on les lit. Pour le plaisir ou pour transmettre un message. Et au passage, on apprend.

Lecture collective de la lettre des correspondants (Freinet)

Continuez à aller de l’avant !

Il n’est donc pas question d’arrêter le bel élan. C’est vous qui avez raison ! C’est en enseignant d’une façon qui intéresse les enfants que l’on parvient à les faire progresser et se développer de façon heureuse et harmonieuse. C’est en leur montrant le plaisir qu’il y a à découvrir des textes utiles, inspirants, amusants, émouvants, qu’on leur donne le goût de la lecture. Pas en leur faisant répéter bêtement, à moitié endormis, des syllabes qui n’ont aucun sens. C’est vous qui avez raison.

* Extrait de Montessori Pas à Pas Langage 2-6 ans

** © Céline Alvarez

Ecole publique, Ecoles privées, Homeschooling et… Ecole Vivante

La défense de l’Ecole publique

L’Ecole publique, lorsqu’elle est bien conçue et réellement soutenue par l’Etat, est selon nous le meilleur système. Il suffit de voir ses résultats en Finlande pour s’en convaincre. Elle est performante,

– lorsque les écoles sont petites et peu éloignées du domicile des enfants (ce qui évite la fatigue et diminue les possibilités de violence, de racket, de harcèlement, et rend plus facile le contact fructueux entre les parents et les enseignants),

– lorsque le nombre d’élèves par classe est raisonnable (ce qui permet aux enseignants de bien s’occuper de chacun),

– lorsque ses locaux sont agréables et fonctionnels,

– lorsque les enseignants sont bien formés, en particulier en pédagogie et, surtout, en pédagogie active,

Une école publique Freinet, en France

–  et enfin lorsque les enseignants sont valorisés par l’Etat, par les médias, par la population et lorsqu’ils sont bien rémunérés.

Elle est démocratique car gratuite et, si elle est telle que nous l’avons décrite plus haut, elle permet d’effacer un peu les inégalités sociales pour donner à tous les enfants les mêmes chances de réussite.

La tentation du privé et du Homeschooling

Or depuis des décennies, sans le dire mais de façon évidente, quelle que soit leur appartenance politique, les gouvernements successifs se désengagent de l’Education, diminuent les crédits et la formation, aussi bien quantitativement que qualitativement, ferment des écoles, investissent moins dans des travaux de modernisation, laissent des situations empirer. Le métier d’enseignant du public devient de plus en plus difficile et pénible. Le résultat, c’est une école publique moins performante, qui laisse sur le côté un trop grand nombre d’enfants et qui est parfois même dangereuse pour certains. Dans ce contexte, il est tout à fait logique que des parents hésitent à y mettre leurs enfants. Ceux qui ont les moyens se tournent vers des écoles privées. Ceux qui ne peuvent se le permettre pensent à la solution de l’instruction en famille. Or la première solution n’est réservée qu’à une petite frange de la population et la seconde oblige les mères à renoncer à exercer un métier et à une vie à l’extérieur de la famille pour se consacrer uniquement à leurs enfants.

Quand les enfants choisissent leurs activités…

La position d’Ecole Vivante

Notre préférence va… au bonheur des enfants ! A leur développement harmonieux aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel, psychologique et social. Voilà pourquoi nos livres défendent et soutiennent la pédagogie active. Qu’elle soit pratiquée dans le public, dans le privé, à l’école ou à la maison. Nos livres sont destinés à tous ceux – parents, enseignants, éducateurs, psychologues, orthophonistes – qui s’investissent dans une éducation dont le seul but est l’épanouissement des enfants. Parce que les enfants sont l’avenir et qu’en les aidant à devenir des personnes responsables, équilibrées, généreuses, engagées, ouvertes, curieuses, actives… on prépare une meilleure société pour demain.

Quelques clichés contre Montessori

Une « nouvelle méthode » qui date du début du XXe (sic)

Je viens de lire un article (que je ne citerai pas – inutile d’en parler plus) qui constitue un condensé si copieux et haineux des clichés contre Montessori qu’il me semble une occasion parfaite de les réfuter un par un.Le premier, éculé mais toujours vivace, s’étonne qu’on appelle moderne une méthode qui date de plus d’un siècle. Ce qui est curieux, c’est que les gens qui pensent cela sont souvent ceux qui voudraient que l’on revienne… à l’école de Jules Ferry (devoirs, notes, classements, punitions, apprentissages par cœur…). Or, justement, vouloir supprimer toutes ces entraves inutiles pour permettre le développement harmonieux et autonome de l’enfant au lieu de l’inhiber et de le brimer… oui, c’est moderne !

L’école Montessori ne fonctionne que pour les enfants doués ou pour les déficients (sic)

Commençons par la contradiction inhérente à la formulation : n’est il pas étrange qu’une pédagogie fonctionne aussi bien pour les enfants à haut potentiel et pour ceux qui ont des difficultés si, justement, elle ne fonctionne pas pour tous ? Ce que cette phrase souligne surtout, c’est justement le fait qu’en tenant compte des particularités de chacun et en s’y adaptant, la pédagogie Montessori évite que l’on laisse sur la touche tous ceux qui ne sont pas absolument dans la « norme ».  Et d’ailleurs qu’est-ce que cette norme et qui la définit ? Et sur quel critères ?

Elle est dangereuse pour les autres (sic)

Dangereuse parce qu’elle les laisse libres.

L’auteur de l’article s’affole à l’idée de ces enfants à qui on n’impose rien et qui, forcément, vont en profiter pour se vautrer dans l’indolence et la paresse.C’est avoir une vision bien négative des enfants. C’est aussi se tromper lourdement : il suffit de passer quelques heures dans une école Montessori pour se rendre compte du fait que non seulement les enfants travaillent mais qu’en plus ils le font volontairement et avec plaisir.

Et c’est justement quand on les laisse libres de faire un travail qui a du sens qu’on leur donne l’occasion de devenir volontairement actifs à l’école et, plus tard, dans la vie, sans avoir besoin d’un gendarme à leur côté.

L’école ne peut se permettre d’attendre des années pour qu’un enfant apprenne à lire et calculer, et juste, travailler (sic)

Lorsqu’on sait à quel point le forçage est peu productif pour la plupart et nuisible pour un certain nombre, cette phrase fait rire. Mais rire jaune quand même ! Cette école qui n’a pas la capacité (ou la patience) d’attendre, échoue si bien qu’elle prive notre société et l’avenir de notre pays de toute une partie de ses forces vives.Au lieu de laisser à ceux qui en ont besoin le temps de s’épanouir à leur rythme pour qu’en fin de compte chacun puisse entrer de plain pied dans une vie active et créative pour le bien de tous, elle fonce bille en tête vers le mur sans se soucier des dégâts.

Belle réussite !

Les contraintes sociales sont des biens précieux pour nous apprendre à vivre ensemble (sic)

Sous-entendu : les écoles Montessori sont bien trop agréables pour préparer (armer !) les enfants à l’horreur de la vie qui les attend ensuite : compétition, égoïsme, avidité, envie de pouvoir… que sais-je ? Autrement dit : Puisque dans la vie, on prend des coups de marteau sur la tête, autant commencer le plus tôt possible. C’est inepte. D’abord parce que si la société est réellement aussi mauvaise, on ferait mieux de commencer par essayer de la réformer… en éduquant mieux les enfants pour qu’ils deviennent des adultes moins égoïstes, moins avides, etc.

Ensuite parce que, justement, c’est en donnant confiance aux enfants et en leur apprenant le dialogue qu’on les prépare à vivre en société de façon équilibrée, indépendante, ouverte.

Bien choisir un cadeau Montessori

Le matériel montessorien : des jouets ?

On voit ici ou là, à l’approche de Noël, vanter les mérites de tel ou tel cadeau montessorien.

Une précision importante : les éléments du matériel de la pédagogie Montessori ne sont pas des « jouets », au sens où, si l’enfant s’en sert sans qu’on lui ait montré la façon de l’utiliser, il passera à côté des apprentissages liés à chaque matériel et s’en lassera vite. Autant lui offrir une boîte de cubes ou une poupée.

De plus, le matériel montessorien est chronologique. C’est-à-dire qu’il correspond à des âges approximatifs et qu’il demande parfois des pré-requis.

Faut-il donc renoncer à donner du matériel Montessori à Noël ? Non, bien sûr, mais en choisissant bien.

Comment opérer un choix ?

Tout d’abord, vous trouverez ici une chronologie d’utilisation du matériel de Vie pratique et Vie sensorielle pour les 2-6 ans : chrono-ecole-vivante.pdf D’autre part, voici ce que nous vous conseillons de préférence :

    • Pour un enfant de 2 à 3 ans : Le tiroir de géométrie n°1, les boîtes de couleurs n° 1 et 2.
    • De 3 à 4 ans : La tour rose, les emboîtements cylindriques, les tiroirs de géométrie, le cube du binôme, les lettres rugueuses.
    • De 4 à 5 ans : La boîte de couleurs n° 3, les triangles constructeurs.
    • De 5 à 6 ans : La table de Pythagore, le cube du trinôme.

Le matériel Montessori : des outils pour des apprentissages heureux.

Et pour les parents…

Voici une première entrée simple dans le monde montessorien pour les parents qui s’y intéressent sans trop savoir par où commencer : Montessori – Les principes fondateurs Ce livret est gratuit, offert par l’Ecole Vivante. Vous pouvez l’imprimer et le donner aux parents avec vos cadeaux pour les enfants. Il a un double avantage : il donnera une valeur plus importante à votre cadeau et il fera découvrir nos ouvrages.

La lecture n’est pas une bataille !

Quand j’ai appris à marcher…

Quand j’ai appris à marcher, papa se mettait un peu loin de moi, maman me tenait par un doigt puis me lâchait progressivement la main, Mamie m’encourageait… tout le monde était fier de moi. Tout le monde riait. Nous étions contents. Quand j’ai appris à manger tout seul, maman ne m’en voulait pas de me barbouiller le visage en ratant la bouche avec la cuillère, papa coupait patiemment ma viande en petits morceaux, Papi me racontait des histoires drôles… Nous étions contents.

Quand j’ai appris à lire…

Quand j’ai appris à lire, – la maîtresse était stressée parce qu’elle avait peur qu’on la juge incompétente si je n’y arrivais pas assez vite – maman était anxieuse parce que ma cousine Lucie a su lire à 4 ans – papa surveillait du coin de l’œil parce qu’il ne voulait pas le montrer mais ça commençait à l’agacer que son rejeton ne soit pas le premier de la classe – Papi et Mamie interrompaient à tout bout de champ les histoires qu’ils me lisaient par des « A toi, maintenant… C’est quoi, cette lettre ?… Tu ne reconnais pas ce mot ?… »

Et pourtant…

On peut apprendre à lire sans stress ! Dans le plaisir ! C’est une découverte si extraordinaire de se rendre compte qu’il existe un code qui nous permet de garder des traces, de s’envoyer des messages à distance, de découvrir un monde magique d’histoires et d’informations… Alors… quelle est LA BONNE MÉTHODE ? La bonne méthode pour apprendre la lecture est celle où : • l’enfant est captivé par ce qu’il fait au point d’oublier ses craintes d’échouer ; • toutes ses qualités sont sollicitées (intelligence, sens de l’observation, mémoire, curiosité, persévérance) pour parvenir à comprendre les mécanismes et à retenir les informations ; • il peut avancer à son rythme, sans précipitation et sans forcing ; • il apprend à BIEN lire, c’est-à-dire à comprendre ce qu’il lit ; • il maîtrise la combinatoire syllabique et peut appliquer ses nouvelles compétences à toutes sortes de contextes de lecture.

La lecture à l’Ecole Vivante

Pour aider les enseignants, les parents, les grands-parents… et surtout l’enfant, chez nous, à l’Ecole Vivante, il y a Pilou et Lalie, le plaisir de lire AVANT TOUT : Un univers chaleureux où l’humour a sa place, de même que des sentiments forts comme la tendresse, la peur ou la tristesse. L’enfant est pris par les histoires. Il veut savoir la suite. Il a une très bonne raison de faire l’effort de comprendre et de lire. La séance de lecture devient un vrai jeu, un dialogue joyeux avec l’adulte qui l’accompagne dans ses découvertes. Les personnages qui composent cet univers et reviennent dans les différentes histoires ont tous une vraie personnalité : ce sont des héros auxquels l’enfant peut s’identifier, s’attacher. Il y en a des petits et des grands, des féminins et des masculins, des timides et des fanfarons. Chacun à son tour a son heure de gloire dans l’histoire, comme dans la vie. Illustrations : Catherine Nouvelle. (Les textes des livres de Pilou et Lalie sont de Françoise Demars).

Montessori : l’éducation cosmique

Cosmique ? Un drôle de mot un peu inquiétant

Bien étrange, ce terme de cosmique, sous la plume de Maria Montessori, pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’approfondir la question. De quoi s’agit-il ? Selon Maria Montessori, il est fondamental que l’enfant découvre et ressente profondément, dès que son imagination lui permet de s’écarter de ce qui le touche de très près (vers 6 ans), qu’il fait partie d’un tout interdépendant : il est un être humain qui vit sur la Terre, dans l’Univers. Il se rattache à l’Histoire par une longue lignée de personnes qui ont vécu et agi avant lui.  Il se rattache à la vie sur Terre par une évolution qui remonte à la première cellule. Il se rattache au Monde et à toutes ses populations diverses, qui, chacune, apporte sa pierre à l’édifice de l’humanité. Il se rattache à l’Univers : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » dit joliment Hubert Reeves. Il doit se sentir lié à la nature, la respecter et la préserver.

Les Grands récits : moteurs de l’éducation cosmique

Ce que Maria Montessori propose, pour que les enfants prennent conscience de cette interdépendance extraordinaire, ce sont 5 Grands récits qui apprennent à l’enfant d’où il vient, dans quel espace il évolue et quelles ont été les grandes inventions de l’humanité dont il bénéficie aujourd’hui et dont il doit être reconnaissant. Ces récits sont ce que l’on appelle en anthropologie et en ethnologie des « récits cosmogoniques » : on en rencontre dans toutes les civilisations. Ils permettent à chacun de se sentir membre d’une communauté et, plus largement, d’expliquer autant que faire se peut notre présence sur Terre. Ces 5 Grands récits sont : L’histoire de la Terre, L’histoire de la vie sur Terre, L’histoire de l’Homme, L’histoire de l’écriture et L’histoire des chiffres.

D’où vient la fascination des enfants pour les fossiles ? Sentent-ils de façon intuitive qu’il s’agit là d’une trace du passé de la vie sur Terre et donc de notre propre passé ?
© Vanessa Toinet

Un outil pédagogique formidable

En dehors de l’aspect fondamental qui est de donner à l’enfant des repères chronologiques et des références dans l’espace, les Grands récits permettent une pédagogie sans manuel, une pédagogie de la recherche, où l’enfant est réellement l’acteur autonome de ses propres apprentissages. Non seulement les Grands récits lui donnent une faim inextinguible de connaissances, mais ils lui fournissent l’armature à laquelle il va pouvoir relier tout ce qu’il découvre. Il va pouvoir tout rattacher dans le temps et dans l’espace, ce qui fait que toutes ses connaissances forment petit à petit un tout cohérent dans lequel il peut se situer.

L’après Montessori (ou Freinet)

L’angoisse du futur

J’entends et je lis assez souvent les mêmes questions angoissées au sujet de Montessori : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?” Cela me donne envie de republier cet article, déjà paru à l’origine il y a 1 an et demi.  D’une part ce serait vraiment dommage de priver les enfants de cette pédagogie sous prétexte que cela ne durera pas toute leur scolarité.

D’autre part, les choses ne se passent heureusement pas comme les parents le craignent.

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant.

Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire…

dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France.

Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe.

Et surtout, l’impression d’être passif.

Montessori, Freinet : un pas a été fait

Ça bouge… un peu

Je me réjouis de voir que la pédagogie Montessori commence à intéresser pas mal de gens. Je ne parle pas des grandes surfaces qui apposent l’étiquette Montessori sur tout et n’importe quoi. Ceux-là me font peur parce que loin de participer à une démocratisation dont ils pourraient tirer une réelle gloire (et un beau profit !), il galvaudent complètement l’essentiel. Je parle des parents qui cherchent à faire des activités Montessori avec leurs enfants, des blogs qui fleurissent ici ou là (expériences vécues, tutoriels…), des écoles qui se créent, des enseignants du public qui demandent des formations Montessori (hélas sans obtenir de financement de l’Education nationale), des journaux, des radios, des télés qui font des articles et des émissions.
Ça bouge ! Et c’est valable aussi, dans une moindre mesure, pour la pédagogie Freinet.

Encore un effort !

Cet engouement ne doit pas nous endormir, nous qui militons depuis des années pour que la pédagogie active devienne LA pédagogie. Au contraire ! D’abord parce qu’il y a encore une majorité de gens qui, soit n’ont jamais entendu parler de la pédagogie active, soit restent très attachés aux vieux principes traditionnels qu’ils croient, en toute bonne foi, efficaces (cours magistral, devoirs à la maison, notes, classements, récompenses et punitions…). Ensuite et surtout pour éviter ce que craignaient aussi bien Célestin Freinet que Maria Montessori : que l’on ne s’empare des pratiques et du matériel en laissant de côté l’essentiel.

Je prendrai deux exemples, l’un chez Freinet, l’autre chez Montessori.

• Imprimer un journal en classe, c’est bien une pratique Freinet.

Mais pour qu’elle soit réellement utile aux enfants et riche d’éducation autant que d’enseignements, il faut qu’elle soit l’occasion de créations libres (textes, dessins, photos, vidéos), de travail collaboratif, d’un projet pris en main en totale responsabilité par les enfants, de contacts de la classe avec l’extérieur, etc.

Sinon, ce n’est qu’une activité scolaire parmi d’autres, juste à peine plus ludique.

Photo Reuters

• Utiliser les Lettres mobiles, c’est bien se servir d’un matériel montessorien. Mais pour que ce ne soit pas un « rabachage » d’apprentissage de l’alphabet, il faut que cela intervienne à un moment précis du développement de l’enfant, lorsqu’il a envie de former des mots pour créer ses propres textes, alors même qu’il ne sait pas encore écrire. Il faut que cela se fasse quand il le demande et non quand on le lui impose. Il faut qu’on ne mêle pas deux activités au même moment : celle de créer des mots et même des textes et celle d’apprendre l’orthographe. Il faut qu’on ne censure pas ce que fait l’enfant mais qu’on le laisse profiter librement du plaisir de la découverte des symboles. L’utilisation du matériel et la mise en œuvre des pratiques reposent sur des intentions pédagogiques fortes.

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement.

S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ? Photo Vanessa Toinet.

Un beau moment, presque émouvant

Je suis enseignante de SVT dans un collège public du Vaucluse. J’ai découvert avec plaisir les livres de la collection Montessori Pas à Pas, aussi ai-je souhaité les utiliser dans mon enseignement. Avec les 27 élèves de ma classe de 3°, en dernière heure de matinée, nous avons fait ce matin une séance un peu différente des autres. Nous devions commencer la partie « évolution des êtres vivants et histoire de la terre ». Dernière séance avant les vacances de Noël, l’objectif de la séance était de faire une entrée en matière pour cette partie qui les interpelle, les questionne, les émerveille.

Nous avons commencé la séance par la lecture du récit : « L’histoire de la terre ». (Livre Les Grands récits, p.15). Les élèves ont été très attentifs et très calmes.

Le cadre était posé et l’ambiance sérieuse, presque rêveuse comme si je les avais emmenés ailleurs. Le récit se termine par : « 1 milliard d’années […] Vous imaginez ? Mille millions d’années ! […] ».