Une rentrée qui dépote : quel terreau pour les apprentissages scolaires ?

L’enfant et la plante

Les enfants sont des êtres en plein développement qui ont besoin d’une nourriture intellectuelle correspondant à leurs propres besoins.

Chaque nouvelle rentrée scolaire dans une classe supérieure traditionnelle correspondrait à un dépotage d’enfant pour un rempotage dans un pot plus grand dans lequel toute jeune pousse doit trouver une terre nouvelle et surtout plus riche.

La culture d’une plante demande une prise en compte précise de ses besoins biologiques. Il devrait en être de même pour les enfants. Leur éveil et leur éducation devraient prendre en compte LEUR programme de développement, leurs véritables besoins.

Maria Montessori avait observé les conditions optimales pour un développement harmonieux des enfants. L’observation scientifique des manifestations spontanées des enfants a révélé « le secret de l’enfance* » et cela sans avoir besoin d’entrer dans leur cerveau.

Semer de la graine de curieux

Le manque de concentration et d’attention des élèves en classe contraste avec la curiosité naturelle et remarquable des enfants.

C’est un constat implacable que font en majorité les enseignants en charge de classes mono-âge. D’où cela vient-il ?

  • L’élan de la rentrée et de la nouveauté (nouveaux amis, cartable, agenda …) fournit une belle énergie qui, reconnaissons-le, ne se poursuit pas à proportion du poids du cartable, de la répétition des consignes scolaires arides, du rythme des devoirs sans oublier la pression familiale.
  • La présence obligatoire des enfants est physique mais leur esprit est ailleurs … Un jeune garçon de maternelle avait même déclaré à sa maîtresse « Mon esprit est ailleurs et il ne reviendra pas ! ».
  • L’imagination enfantine déborde des lignes des cahiers, du format standard A4 des polycopiés, des cases à réponses prémâchées, des programmes bien définis et donc limités.
  • Les enfants aiment questionner, explorer, expérimenter pour apprendre.
  • Parmi les difficultés ordinaires formulées par des enseignants démunis arrivent en première place les difficultés d’incompréhension, et ce à de multiples niveaux (français, mathématiques …).
  • Les consignes scolaires sont parfois opaques ou imprécises dans leur formulation (car implicites) ou dans leur forme (ex : pas assez de place pour écrire la réponse). Situation d’autant plus absurde alors qu’on exige des enfants une restitution de leurs connaissances, de la précision, une bonne gestion de l’espace …
  • Les élèves qui « bloquent » sont souvent ceux qui refusent de marcher sur un terrain piégé où leur intelligence et estime de soi sont directement menacées.
  • Nos enfants ont besoin d’activités porteuses de sens POUR eux et surtout de BON sens.

Eliminer les mauvaises herbes (les leçons parasites)*

Les leçons parasites révèlent une réalité scolaire tabou : ce sont toutes les leçons que nos enfants apprennent malgré eux dans un système éducatif coercitif où la peur de la punition et de l’erreur associée à la compétition génère des comportements sociaux déviants comme la délation, la tricherie, le fait de ne pas aider son voisin, le manque d’initiatives …

Un engrais naturel

L’entraide entre enfants est un formidable « engrais ».

Mêler cette joyeuse énergie coopérative à une salle de classe apporte une valeur ajoutée qui bénéficie à tous (enfants et enseignants).

Il n’y a pas que le seul tutorat organisé et immuable tout au long de l’année. Les binômes les plus improbables peuvent apporter des collaborations étonnantes.

Non seulement les enfants apprennent autrement et parfois mieux mais surtout ils s’enrichissent mutuellement de leurs personnalités uniques et donc de leurs différences.

Un enfant dit « lent » devra s’ajuster au rythme d’un enfant plus rapide ; un enfant peu intéressé par la géographie y trouvera un intérêt grâce à la passion pour les pays d’un autre enfant ; un enfant manuel apportera son sens pratique à un autre enfant.

La motivation des enfants est le meilleur terreau sur lequel pourra pousser la semence précieuse de la graine de curieux.

« On ne tire pas sur la salade pour la faire pousser ».

  • Titre d’un ouvrage de Maria Montessori
  • L’expression des « leçons parasites » a été développée par Trevor Eissler, auteur de « Montessori c’est fou » (ecole-vivante.com).

Vanessa Toinet

Educatrice (AMI) et directrice d’une école Montessori. Auteure aux éditions Ecole Vivante, entre autres, de Montessori : Quand les enfants commencent après 6 ans.

La méthode naturelle d’apprentissage de la lecture

Ce texte émane de mes très heureux souvenirs d’enfant à l’école Freinet. Sylvia Dorance

Partir du texte des enfants

Nous étions tout un petit paquet, debout devant le tableau, certains se tenant par le cou ou la taille, d’autres sautillant d’un pied sur l’autre d’excitation, d’autres encore sur la pointe des pieds ou même, pour les plus petits, perchés sur des chaises, tendus vers le texte écrit en très gros et en lignes bien espacées, sur une grande affiche bleue. Nous avions tous le nez en l’air car l’Education nationale posait les tableaux trop haut. Madame avait pourtant essayé de palier l’inconvénient en punaisant le plus bas possible ce qui captait notre attention du jour.

Le texte affiché, c’était celui de l’un d’entre nous, écrit librement pour raconter un événement sans doute très fort puisqu’au vote du matin il avait fait l’unanimité. La grand-mère de Laurent avait plongé comme un joueur de rugby, tout tablier en avant, pour capturer un lapin sauvage qui s’attaquait à ses carottes. Martine avait reçu un fossile d’ammonite envoyé par son cousin (le fossile en question trônait sur une table dans un coin de la classe, promesse de toutes sortes de manipulations, recherches, dessins). Les pompiers étaient venus chez Hervé pour emporter son grand-père à l’hôpital : Hervé balançait entre la tristesse pour le grand-père et le bonheur pour le camion rouge. La fontaine du village coulait plus fort que d’habitude et Sylvie faisait des rêves de navigation échevelée. Les textes libres ! Une mine. L’élue du jour, c’était la grand-mère rugbywoman.

Collaborer pour apprendre

Luc et Louise avaient reconnu la première lettre de leurs prénoms respectifs ici. Et là, et là. Pierre avait remarqué qu’à cet endroit précis, c’était bien un L, mais qu’il n’était pas en majuscule comme pour Luc et Louise. Chacun avait alors cherché SA lettre. On avait aussi repéré toutes les majuscules. Celles qui marquaient des débuts de phrases car elles étaient précédées d’un point. Et les autres. La structure du texte se dévoilait progressivement. Au fur et à mesure, Madame entourait ce que le groupe de mini-détectives avait ainsi découvert de connu. Petit à petit, l’affiche se couvrait de cercles, de flèches reliant des lettres, des syllabes ou des mots « pareils ». Puis elle posait des questions sur les mots presque entièrement lus. A la fin, le groupe arrivait à lire tout le texte, dans l’ordre, et avec tout son sens.

Qui avait lu quoi ? On ne s’en occupait pas. Qui savait mieux lire que d’autres ? Personne ne s’en souciait. Qui n’avait pas ouvert la bouche mais seulement écarquillé les yeux et les oreilles pour préparer son propre plongeon dans la lecture, un jour prochain ? Nul n’y avait fait attention. Le groupe avait lu. Et tous savaient ce qui était écrit. Chacun comprenait très bien que les lettres représentaient les sons de nos paroles, qu’ensemble elles formaient des mots qui voulaient dire quelque chose, et que ce texte, si nous le laissions de côté jusqu’au lendemain ou même l’année prochaine, nous permettrait de retrouver exactement la même histoire car il était un moyen de la conserver et de la transmettre.

Le rôle de l’enseignant

Bien sûr, Madame avait repéré au passage les avancées ou les difficultés de tel ou tel enfant, ce qui lui permettrait, lors des travaux individuels, d’adapter à chacun ses conseils et ses pistes de travail. Elle gardait le cap de la progression de chaque enfant. Elle gardait la trace, sur ses tableaux de suivi, de chaque nouvelle acquisition individuelle. Mais c’est par la coopération et l’émulation que le groupe tout entier avançait dans l’apprentissage de la lecture, comme un petit train plein d’énergie, tiré par les plus à l’aise et remorquant ceux qui n’en étaient qu’aux premières découvertes. Nous aimions apprendre à lire. Il n’y avait aucun stress, aucune fierté particulière, aucune humiliation non plus, aucune compétition. Nous ne nous occupions que du seul but qui importe dans l’apprentissage de la lecture, comme dans celui de la parole ou de la marche : découvrir, comprendre, apprendre, maîtriser, et enfin jouir des immenses possibilités offertes par cette nouvelle compétence.

Améliorer la société

Cette coopération s’exerçait dans tous les domaines. Elle est l’un des points forts de la pédagogie Freinet mais est aussi encouragée dans d’autres pédagogies actives. Il ne s’agit pas d’une coopération imposée par des leçons de morale mais suggérée et vécue quotidiennement, agréablement, sans qu’il soit besoin de la théoriser. Elle s’applique dans le tutorat d’un enfant avec un plus jeune ou un moins talentueux dans un domaine précis, qui peut à son tour apporter son soutien dans un domaine où il excelle. Les enfants apprennent aussi très vite que la coopération permet de réaliser des tâches insurmontables seul ou de parvenir à un résultat bien plus riche et abouti que lorsqu’on réfléchit isolé. Ils vont naturellement demander de l’aide lorsqu’ils en ont besoin, gagnent du temps, comprennent plus vite. Ils deviennent plus conscients des autres, plus empathiques, plus simplement généreux et partageurs.

Vous imaginez la société qui résulterait d’une telle éducation si elle concernait non pas de petits groupes mais tous les enfants, génération après génération ? Sans faire d’angélisme, le simple bon sens permet de comprendre que, par exemple, la vie des entreprises en serait transformée. Le partage des biens et des services aurait forcément une tout autre allure. L’open source serait une évidence. La juste répartition des responsabilités et l’équilibre des rémunérations aussi.

Voir aussi  :

https://ecole-vivante.com/pedagogie-freinet.html

Apprentissage de la lecture : ne pas se laisser décourager

Le bel élan vers la pédagogie active

J’ai récemment rencontré de nombreux enseignants de maternelle et de primaire qui se lançaient dans la pédagogie active depuis un an ou deux (ou plus !) et se disent aujourd’hui découragés. Ils (et surtout elles, d’ailleurs) commençaient à s’engager dans la pédagogie Montessori avec enthousiasme, en se formant comme ils pouvaient, à leurs frais, en fabriquant souvent le matériel eux-mêmes. Le ministre qui avait soutenu la démarche montessorienne de Céline Alvarez, dont on connaît les résultats, ne parle plus de Montessori ou de former les enseignants débutants à la pédagogie active. Encore moins de formation continue pour les enseignants en poste. Il ne faut pas baisser les bras pour autant !

Montessori, Freinet… et Blanquer : compatibles

L’accent mis par le ministre sur le syllabique ne doit pas faire oublier que la combinatoire syllabique est bien entendu incluse dans les démarches de Montessori et Freinet. Ce qui est refusé, c’est de ne faire que ça, parce que ça n’a pas de sens.

En Montessori, on commence par travailler sur les sons, puis on identifie la façon de les transcrire en s’attachant à la découverte sensorielle des symboles : un son/une ou plusieurs lettres, pour que l’enfant comprenne bien que l’écrit est la représentation de l’oral. Et on passe bien vite au travail sur des mots qui ont un sens (dictées muettes, écriture de textes grâce aux lettres mobiles, avant même que l’enfant sache écrire). L’enfant a toujours conscience que le but de l’écrit est de s’exprimer, de dire quelque chose. Lire, c’est comprendre. Et pas seulement déchiffrer. Voir ici la chronologie du matériel montessorien de langage*.

Un enfant apprend à reconnaître les lettres par rapport aux sons. (Montessori)**

En Freinet, la méthode naturelle engage les enfants à reconnaître des lettres, des syllabes dans les mots et des mots entiers, à les mémoriser, à les recombiner et à les réutiliser dans la lecture et dans l’écriture d’autres mots, toujours plus nombreux. Là aussi le but est toujours le sens et la combinatoire syllabique n’est que l’un des moyens. En Freinet, on apprend à lire comme on apprend à parler ou à marcher : en pratiquant, en faisant des tentatives et des expériences passionnantes parce qu’elles sont toutes des défis à relever. On invente des textes, on les écrit, on les lit. Pour le plaisir ou pour transmettre un message. Et au passage, on apprend.

Lecture collective de la lettre des correspondants (Freinet)

Continuez à aller de l’avant !

Il n’est donc pas question d’arrêter le bel élan. C’est vous qui avez raison ! C’est en enseignant d’une façon qui intéresse les enfants que l’on parvient à les faire progresser et se développer de façon heureuse et harmonieuse. C’est en leur montrant le plaisir qu’il y a à découvrir des textes utiles, inspirants, amusants, émouvants, qu’on leur donne le goût de la lecture. Pas en leur faisant répéter bêtement, à moitié endormis, des syllabes qui n’ont aucun sens. C’est vous qui avez raison.

* Extrait de Montessori Pas à Pas Langage 2-6 ans

** © Céline Alvarez

Ecole publique, Ecoles privées, Homeschooling et… Ecole Vivante

La défense de l’Ecole publique

L’Ecole publique, lorsqu’elle est bien conçue et réellement soutenue par l’Etat, est selon nous le meilleur système. Il suffit de voir ses résultats en Finlande pour s’en convaincre. Elle est performante,

– lorsque les écoles sont petites et peu éloignées du domicile des enfants (ce qui évite la fatigue et diminue les possibilités de violence, de racket, de harcèlement, et rend plus facile le contact fructueux entre les parents et les enseignants),

– lorsque le nombre d’élèves par classe est raisonnable (ce qui permet aux enseignants de bien s’occuper de chacun),

– lorsque ses locaux sont agréables et fonctionnels,

– lorsque les enseignants sont bien formés, en particulier en pédagogie et, surtout, en pédagogie active,

Une école publique Freinet, en France

–  et enfin lorsque les enseignants sont valorisés par l’Etat, par les médias, par la population et lorsqu’ils sont bien rémunérés.

Elle est démocratique car gratuite et, si elle est telle que nous l’avons décrite plus haut, elle permet d’effacer un peu les inégalités sociales pour donner à tous les enfants les mêmes chances de réussite.

La tentation du privé et du Homeschooling

Or depuis des décennies, sans le dire mais de façon évidente, quelle que soit leur appartenance politique, les gouvernements successifs se désengagent de l’Education, diminuent les crédits et la formation, aussi bien quantitativement que qualitativement, ferment des écoles, investissent moins dans des travaux de modernisation, laissent des situations empirer. Le métier d’enseignant du public devient de plus en plus difficile et pénible. Le résultat, c’est une école publique moins performante, qui laisse sur le côté un trop grand nombre d’enfants et qui est parfois même dangereuse pour certains. Dans ce contexte, il est tout à fait logique que des parents hésitent à y mettre leurs enfants. Ceux qui ont les moyens se tournent vers des écoles privées. Ceux qui ne peuvent se le permettre pensent à la solution de l’instruction en famille. Or la première solution n’est réservée qu’à une petite frange de la population et la seconde oblige les mères à renoncer à exercer un métier et à une vie à l’extérieur de la famille pour se consacrer uniquement à leurs enfants.

Quand les enfants choisissent leurs activités…

La position d’Ecole Vivante

Notre préférence va… au bonheur des enfants ! A leur développement harmonieux aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel, psychologique et social. Voilà pourquoi nos livres défendent et soutiennent la pédagogie active. Qu’elle soit pratiquée dans le public, dans le privé, à l’école ou à la maison. Nos livres sont destinés à tous ceux – parents, enseignants, éducateurs, psychologues, orthophonistes – qui s’investissent dans une éducation dont le seul but est l’épanouissement des enfants. Parce que les enfants sont l’avenir et qu’en les aidant à devenir des personnes responsables, équilibrées, généreuses, engagées, ouvertes, curieuses, actives… on prépare une meilleure société pour demain.

Quelques clichés contre Montessori

Une « nouvelle méthode » qui date du début du XXe (sic)

Je viens de lire un article (que je ne citerai pas – inutile d’en parler plus) qui constitue un condensé si copieux et haineux des clichés contre Montessori qu’il me semble une occasion parfaite de les réfuter un par un.Le premier, éculé mais toujours vivace, s’étonne qu’on appelle moderne une méthode qui date de plus d’un siècle. Ce qui est curieux, c’est que les gens qui pensent cela sont souvent ceux qui voudraient que l’on revienne… à l’école de Jules Ferry (devoirs, notes, classements, punitions, apprentissages par cœur…). Or, justement, vouloir supprimer toutes ces entraves inutiles pour permettre le développement harmonieux et autonome de l’enfant au lieu de l’inhiber et de le brimer… oui, c’est moderne !

L’école Montessori ne fonctionne que pour les enfants doués ou pour les déficients (sic)

Commençons par la contradiction inhérente à la formulation : n’est il pas étrange qu’une pédagogie fonctionne aussi bien pour les enfants à haut potentiel et pour ceux qui ont des difficultés si, justement, elle ne fonctionne pas pour tous ? Ce que cette phrase souligne surtout, c’est justement le fait qu’en tenant compte des particularités de chacun et en s’y adaptant, la pédagogie Montessori évite que l’on laisse sur la touche tous ceux qui ne sont pas absolument dans la « norme ».  Et d’ailleurs qu’est-ce que cette norme et qui la définit ? Et sur quel critères ?

Elle est dangereuse pour les autres (sic)

Dangereuse parce qu’elle les laisse libres.

L’auteur de l’article s’affole à l’idée de ces enfants à qui on n’impose rien et qui, forcément, vont en profiter pour se vautrer dans l’indolence et la paresse.C’est avoir une vision bien négative des enfants. C’est aussi se tromper lourdement : il suffit de passer quelques heures dans une école Montessori pour se rendre compte du fait que non seulement les enfants travaillent mais qu’en plus ils le font volontairement et avec plaisir.

Et c’est justement quand on les laisse libres de faire un travail qui a du sens qu’on leur donne l’occasion de devenir volontairement actifs à l’école et, plus tard, dans la vie, sans avoir besoin d’un gendarme à leur côté.

L’école ne peut se permettre d’attendre des années pour qu’un enfant apprenne à lire et calculer, et juste, travailler (sic)

Lorsqu’on sait à quel point le forçage est peu productif pour la plupart et nuisible pour un certain nombre, cette phrase fait rire. Mais rire jaune quand même ! Cette école qui n’a pas la capacité (ou la patience) d’attendre, échoue si bien qu’elle prive notre société et l’avenir de notre pays de toute une partie de ses forces vives.Au lieu de laisser à ceux qui en ont besoin le temps de s’épanouir à leur rythme pour qu’en fin de compte chacun puisse entrer de plain pied dans une vie active et créative pour le bien de tous, elle fonce bille en tête vers le mur sans se soucier des dégâts.

Belle réussite !

Les contraintes sociales sont des biens précieux pour nous apprendre à vivre ensemble (sic)

Sous-entendu : les écoles Montessori sont bien trop agréables pour préparer (armer !) les enfants à l’horreur de la vie qui les attend ensuite : compétition, égoïsme, avidité, envie de pouvoir… que sais-je ? Autrement dit : Puisque dans la vie, on prend des coups de marteau sur la tête, autant commencer le plus tôt possible. C’est inepte. D’abord parce que si la société est réellement aussi mauvaise, on ferait mieux de commencer par essayer de la réformer… en éduquant mieux les enfants pour qu’ils deviennent des adultes moins égoïstes, moins avides, etc.

Ensuite parce que, justement, c’est en donnant confiance aux enfants et en leur apprenant le dialogue qu’on les prépare à vivre en société de façon équilibrée, indépendante, ouverte.

Bien choisir un cadeau Montessori

Le matériel montessorien : des jouets ?

On voit ici ou là, à l’approche de Noël, vanter les mérites de tel ou tel cadeau montessorien.

Une précision importante : les éléments du matériel de la pédagogie Montessori ne sont pas des « jouets », au sens où, si l’enfant s’en sert sans qu’on lui ait montré la façon de l’utiliser, il passera à côté des apprentissages liés à chaque matériel et s’en lassera vite. Autant lui offrir une boîte de cubes ou une poupée.

De plus, le matériel montessorien est chronologique. C’est-à-dire qu’il correspond à des âges approximatifs et qu’il demande parfois des pré-requis.

Faut-il donc renoncer à donner du matériel Montessori à Noël ? Non, bien sûr, mais en choisissant bien.

Comment opérer un choix ?

Tout d’abord, vous trouverez ici une chronologie d’utilisation du matériel de Vie pratique et Vie sensorielle pour les 2-6 ans : chrono-ecole-vivante.pdf D’autre part, voici ce que nous vous conseillons de préférence :

    • Pour un enfant de 2 à 3 ans : Le tiroir de géométrie n°1, les boîtes de couleurs n° 1 et 2.
    • De 3 à 4 ans : La tour rose, les emboîtements cylindriques, les tiroirs de géométrie, le cube du binôme, les lettres rugueuses.
    • De 4 à 5 ans : La boîte de couleurs n° 3, les triangles constructeurs.
    • De 5 à 6 ans : La table de Pythagore, le cube du trinôme.

Le matériel Montessori : des outils pour des apprentissages heureux.

Et pour les parents…

Voici une première entrée simple dans le monde montessorien pour les parents qui s’y intéressent sans trop savoir par où commencer : Montessori – Les principes fondateurs Ce livret est gratuit, offert par l’Ecole Vivante. Vous pouvez l’imprimer et le donner aux parents avec vos cadeaux pour les enfants. Il a un double avantage : il donnera une valeur plus importante à votre cadeau et il fera découvrir nos ouvrages.

La lecture n’est pas une bataille !

Quand j’ai appris à marcher…

Quand j’ai appris à marcher, papa se mettait un peu loin de moi, maman me tenait par un doigt puis me lâchait progressivement la main, Mamie m’encourageait… tout le monde était fier de moi. Tout le monde riait. Nous étions contents. Quand j’ai appris à manger tout seul, maman ne m’en voulait pas de me barbouiller le visage en ratant la bouche avec la cuillère, papa coupait patiemment ma viande en petits morceaux, Papi me racontait des histoires drôles… Nous étions contents.

Quand j’ai appris à lire…

Quand j’ai appris à lire, – la maîtresse était stressée parce qu’elle avait peur qu’on la juge incompétente si je n’y arrivais pas assez vite – maman était anxieuse parce que ma cousine Lucie a su lire à 4 ans – papa surveillait du coin de l’œil parce qu’il ne voulait pas le montrer mais ça commençait à l’agacer que son rejeton ne soit pas le premier de la classe – Papi et Mamie interrompaient à tout bout de champ les histoires qu’ils me lisaient par des « A toi, maintenant… C’est quoi, cette lettre ?… Tu ne reconnais pas ce mot ?… »

Et pourtant…

On peut apprendre à lire sans stress ! Dans le plaisir ! C’est une découverte si extraordinaire de se rendre compte qu’il existe un code qui nous permet de garder des traces, de s’envoyer des messages à distance, de découvrir un monde magique d’histoires et d’informations… Alors… quelle est LA BONNE MÉTHODE ? La bonne méthode pour apprendre la lecture est celle où : • l’enfant est captivé par ce qu’il fait au point d’oublier ses craintes d’échouer ; • toutes ses qualités sont sollicitées (intelligence, sens de l’observation, mémoire, curiosité, persévérance) pour parvenir à comprendre les mécanismes et à retenir les informations ; • il peut avancer à son rythme, sans précipitation et sans forcing ; • il apprend à BIEN lire, c’est-à-dire à comprendre ce qu’il lit ; • il maîtrise la combinatoire syllabique et peut appliquer ses nouvelles compétences à toutes sortes de contextes de lecture.

La lecture à l’Ecole Vivante

Pour aider les enseignants, les parents, les grands-parents… et surtout l’enfant, chez nous, à l’Ecole Vivante, il y a Pilou et Lalie, le plaisir de lire AVANT TOUT : Un univers chaleureux où l’humour a sa place, de même que des sentiments forts comme la tendresse, la peur ou la tristesse. L’enfant est pris par les histoires. Il veut savoir la suite. Il a une très bonne raison de faire l’effort de comprendre et de lire. La séance de lecture devient un vrai jeu, un dialogue joyeux avec l’adulte qui l’accompagne dans ses découvertes. Les personnages qui composent cet univers et reviennent dans les différentes histoires ont tous une vraie personnalité : ce sont des héros auxquels l’enfant peut s’identifier, s’attacher. Il y en a des petits et des grands, des féminins et des masculins, des timides et des fanfarons. Chacun à son tour a son heure de gloire dans l’histoire, comme dans la vie. Illustrations : Catherine Nouvelle. (Les textes des livres de Pilou et Lalie sont de Françoise Demars).

Montessori : l’éducation cosmique

Cosmique ? Un drôle de mot un peu inquiétant

Bien étrange, ce terme de cosmique, sous la plume de Maria Montessori, pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’approfondir la question. De quoi s’agit-il ? Selon Maria Montessori, il est fondamental que l’enfant découvre et ressente profondément, dès que son imagination lui permet de s’écarter de ce qui le touche de très près (vers 6 ans), qu’il fait partie d’un tout interdépendant : il est un être humain qui vit sur la Terre, dans l’Univers. Il se rattache à l’Histoire par une longue lignée de personnes qui ont vécu et agi avant lui.  Il se rattache à la vie sur Terre par une évolution qui remonte à la première cellule. Il se rattache au Monde et à toutes ses populations diverses, qui, chacune, apporte sa pierre à l’édifice de l’humanité. Il se rattache à l’Univers : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » dit joliment Hubert Reeves. Il doit se sentir lié à la nature, la respecter et la préserver.

Les Grands récits : moteurs de l’éducation cosmique

Ce que Maria Montessori propose, pour que les enfants prennent conscience de cette interdépendance extraordinaire, ce sont 5 Grands récits qui apprennent à l’enfant d’où il vient, dans quel espace il évolue et quelles ont été les grandes inventions de l’humanité dont il bénéficie aujourd’hui et dont il doit être reconnaissant. Ces récits sont ce que l’on appelle en anthropologie et en ethnologie des « récits cosmogoniques » : on en rencontre dans toutes les civilisations. Ils permettent à chacun de se sentir membre d’une communauté et, plus largement, d’expliquer autant que faire se peut notre présence sur Terre. Ces 5 Grands récits sont : L’histoire de la Terre, L’histoire de la vie sur Terre, L’histoire de l’Homme, L’histoire de l’écriture et L’histoire des chiffres.

D’où vient la fascination des enfants pour les fossiles ? Sentent-ils de façon intuitive qu’il s’agit là d’une trace du passé de la vie sur Terre et donc de notre propre passé ?
© Vanessa Toinet

Un outil pédagogique formidable

En dehors de l’aspect fondamental qui est de donner à l’enfant des repères chronologiques et des références dans l’espace, les Grands récits permettent une pédagogie sans manuel, une pédagogie de la recherche, où l’enfant est réellement l’acteur autonome de ses propres apprentissages. Non seulement les Grands récits lui donnent une faim inextinguible de connaissances, mais ils lui fournissent l’armature à laquelle il va pouvoir relier tout ce qu’il découvre. Il va pouvoir tout rattacher dans le temps et dans l’espace, ce qui fait que toutes ses connaissances forment petit à petit un tout cohérent dans lequel il peut se situer.

L’après Montessori (ou Freinet)

L’angoisse du futur

J’entends et je lis assez souvent les mêmes questions angoissées au sujet de Montessori : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?” Cela me donne envie de republier cet article, déjà paru à l’origine il y a 1 an et demi.  D’une part ce serait vraiment dommage de priver les enfants de cette pédagogie sous prétexte que cela ne durera pas toute leur scolarité.

D’autre part, les choses ne se passent heureusement pas comme les parents le craignent.

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant.

Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire…

dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France.

Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe.

Et surtout, l’impression d’être passif.

Montessori, Freinet : un pas a été fait

Ça bouge… un peu

Je me réjouis de voir que la pédagogie Montessori commence à intéresser pas mal de gens. Je ne parle pas des grandes surfaces qui apposent l’étiquette Montessori sur tout et n’importe quoi. Ceux-là me font peur parce que loin de participer à une démocratisation dont ils pourraient tirer une réelle gloire (et un beau profit !), il galvaudent complètement l’essentiel. Je parle des parents qui cherchent à faire des activités Montessori avec leurs enfants, des blogs qui fleurissent ici ou là (expériences vécues, tutoriels…), des écoles qui se créent, des enseignants du public qui demandent des formations Montessori (hélas sans obtenir de financement de l’Education nationale), des journaux, des radios, des télés qui font des articles et des émissions.
Ça bouge ! Et c’est valable aussi, dans une moindre mesure, pour la pédagogie Freinet.

Encore un effort !

Cet engouement ne doit pas nous endormir, nous qui militons depuis des années pour que la pédagogie active devienne LA pédagogie. Au contraire ! D’abord parce qu’il y a encore une majorité de gens qui, soit n’ont jamais entendu parler de la pédagogie active, soit restent très attachés aux vieux principes traditionnels qu’ils croient, en toute bonne foi, efficaces (cours magistral, devoirs à la maison, notes, classements, récompenses et punitions…). Ensuite et surtout pour éviter ce que craignaient aussi bien Célestin Freinet que Maria Montessori : que l’on ne s’empare des pratiques et du matériel en laissant de côté l’essentiel.

Je prendrai deux exemples, l’un chez Freinet, l’autre chez Montessori.

• Imprimer un journal en classe, c’est bien une pratique Freinet.

Mais pour qu’elle soit réellement utile aux enfants et riche d’éducation autant que d’enseignements, il faut qu’elle soit l’occasion de créations libres (textes, dessins, photos, vidéos), de travail collaboratif, d’un projet pris en main en totale responsabilité par les enfants, de contacts de la classe avec l’extérieur, etc.

Sinon, ce n’est qu’une activité scolaire parmi d’autres, juste à peine plus ludique.

Photo Reuters

• Utiliser les Lettres mobiles, c’est bien se servir d’un matériel montessorien. Mais pour que ce ne soit pas un « rabachage » d’apprentissage de l’alphabet, il faut que cela intervienne à un moment précis du développement de l’enfant, lorsqu’il a envie de former des mots pour créer ses propres textes, alors même qu’il ne sait pas encore écrire. Il faut que cela se fasse quand il le demande et non quand on le lui impose. Il faut qu’on ne mêle pas deux activités au même moment : celle de créer des mots et même des textes et celle d’apprendre l’orthographe. Il faut qu’on ne censure pas ce que fait l’enfant mais qu’on le laisse profiter librement du plaisir de la découverte des symboles. L’utilisation du matériel et la mise en œuvre des pratiques reposent sur des intentions pédagogiques fortes.