Bien choisir un cadeau Montessori

Le matériel montessorien : des jouets ?

On voit ici ou là, à l’approche de Noël, vanter les mérites de tel ou tel cadeau montessorien.

Une précision importante : les éléments du matériel de la pédagogie Montessori ne sont pas des « jouets », au sens où, si l’enfant s’en sert sans qu’on lui ait montré la façon de l’utiliser, il passera à côté des apprentissages liés à chaque matériel et s’en lassera vite. Autant lui offrir une boîte de cubes ou une poupée.

De plus, le matériel montessorien est chronologique. C’est-à-dire qu’il correspond à des âges approximatifs et qu’il demande parfois des pré-requis.

Faut-il donc renoncer à donner du matériel Montessori à Noël ? Non, bien sûr, mais en choisissant bien.

Comment opérer un choix ?

Tout d’abord, vous trouverez ici une chronologie d’utilisation du matériel de Vie pratique et Vie sensorielle pour les 2-6 ans : chrono-ecole-vivante.pdf D’autre part, voici ce que nous vous conseillons de préférence :

    • Pour un enfant de 2 à 3 ans : Le tiroir de géométrie n°1, les boîtes de couleurs n° 1 et 2.
    • De 3 à 4 ans : La tour rose, les emboîtements cylindriques, les tiroirs de géométrie, le cube du binôme, les lettres rugueuses.
    • De 4 à 5 ans : La boîte de couleurs n° 3, les triangles constructeurs.
    • De 5 à 6 ans : La table de Pythagore, le cube du trinôme.

Le matériel Montessori : des outils pour des apprentissages heureux.

Et pour les parents…

Voici une première entrée simple dans le monde montessorien pour les parents qui s’y intéressent sans trop savoir par où commencer : Montessori – Les principes fondateurs Ce livret est gratuit, offert par l’Ecole Vivante. Vous pouvez l’imprimer et le donner aux parents avec vos cadeaux pour les enfants. Il a un double avantage : il donnera une valeur plus importante à votre cadeau et il fera découvrir nos ouvrages.

La lecture n’est pas une bataille !

Quand j’ai appris à marcher…

Quand j’ai appris à marcher, papa se mettait un peu loin de moi, maman me tenait par un doigt puis me lâchait progressivement la main, Mamie m’encourageait… tout le monde était fier de moi. Tout le monde riait. Nous étions contents. Quand j’ai appris à manger tout seul, maman ne m’en voulait pas de me barbouiller le visage en ratant la bouche avec la cuillère, papa coupait patiemment ma viande en petits morceaux, Papi me racontait des histoires drôles… Nous étions contents.

Quand j’ai appris à lire…

Quand j’ai appris à lire, – la maîtresse était stressée parce qu’elle avait peur qu’on la juge incompétente si je n’y arrivais pas assez vite – maman était anxieuse parce que ma cousine Lucie a su lire à 4 ans – papa surveillait du coin de l’œil parce qu’il ne voulait pas le montrer mais ça commençait à l’agacer que son rejeton ne soit pas le premier de la classe – Papi et Mamie interrompaient à tout bout de champ les histoires qu’ils me lisaient par des « A toi, maintenant… C’est quoi, cette lettre ?… Tu ne reconnais pas ce mot ?… »

Et pourtant…

On peut apprendre à lire sans stress ! Dans le plaisir ! C’est une découverte si extraordinaire de se rendre compte qu’il existe un code qui nous permet de garder des traces, de s’envoyer des messages à distance, de découvrir un monde magique d’histoires et d’informations… Alors… quelle est LA BONNE MÉTHODE ? La bonne méthode pour apprendre la lecture est celle où : • l’enfant est captivé par ce qu’il fait au point d’oublier ses craintes d’échouer ; • toutes ses qualités sont sollicitées (intelligence, sens de l’observation, mémoire, curiosité, persévérance) pour parvenir à comprendre les mécanismes et à retenir les informations ; • il peut avancer à son rythme, sans précipitation et sans forcing ; • il apprend à BIEN lire, c’est-à-dire à comprendre ce qu’il lit ; • il maîtrise la combinatoire syllabique et peut appliquer ses nouvelles compétences à toutes sortes de contextes de lecture.

La lecture à l’Ecole Vivante

Pour aider les enseignants, les parents, les grands-parents… et surtout l’enfant, chez nous, à l’Ecole Vivante, il y a Pilou et Lalie, le plaisir de lire AVANT TOUT : Un univers chaleureux où l’humour a sa place, de même que des sentiments forts comme la tendresse, la peur ou la tristesse. L’enfant est pris par les histoires. Il veut savoir la suite. Il a une très bonne raison de faire l’effort de comprendre et de lire. La séance de lecture devient un vrai jeu, un dialogue joyeux avec l’adulte qui l’accompagne dans ses découvertes. Les personnages qui composent cet univers et reviennent dans les différentes histoires ont tous une vraie personnalité : ce sont des héros auxquels l’enfant peut s’identifier, s’attacher. Il y en a des petits et des grands, des féminins et des masculins, des timides et des fanfarons. Chacun à son tour a son heure de gloire dans l’histoire, comme dans la vie. Illustrations : Catherine Nouvelle. (Les textes des livres de Pilou et Lalie sont de Françoise Demars).

Montessori : l’éducation cosmique

Cosmique ? Un drôle de mot un peu inquiétant

Bien étrange, ce terme de cosmique, sous la plume de Maria Montessori, pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’approfondir la question. De quoi s’agit-il ? Selon Maria Montessori, il est fondamental que l’enfant découvre et ressente profondément, dès que son imagination lui permet de s’écarter de ce qui le touche de très près (vers 6 ans), qu’il fait partie d’un tout interdépendant : il est un être humain qui vit sur la Terre, dans l’Univers. Il se rattache à l’Histoire par une longue lignée de personnes qui ont vécu et agi avant lui.  Il se rattache à la vie sur Terre par une évolution qui remonte à la première cellule. Il se rattache au Monde et à toutes ses populations diverses, qui, chacune, apporte sa pierre à l’édifice de l’humanité. Il se rattache à l’Univers : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » dit joliment Hubert Reeves. Il doit se sentir lié à la nature, la respecter et la préserver.

Les Grands récits : moteurs de l’éducation cosmique

Ce que Maria Montessori propose, pour que les enfants prennent conscience de cette interdépendance extraordinaire, ce sont 5 Grands récits qui apprennent à l’enfant d’où il vient, dans quel espace il évolue et quelles ont été les grandes inventions de l’humanité dont il bénéficie aujourd’hui et dont il doit être reconnaissant. Ces récits sont ce que l’on appelle en anthropologie et en ethnologie des « récits cosmogoniques » : on en rencontre dans toutes les civilisations. Ils permettent à chacun de se sentir membre d’une communauté et, plus largement, d’expliquer autant que faire se peut notre présence sur Terre. Ces 5 Grands récits sont : L’histoire de la Terre, L’histoire de la vie sur Terre, L’histoire de l’Homme, L’histoire de l’écriture et L’histoire des chiffres.

D’où vient la fascination des enfants pour les fossiles ? Sentent-ils de façon intuitive qu’il s’agit là d’une trace du passé de la vie sur Terre et donc de notre propre passé ?
© Vanessa Toinet

Un outil pédagogique formidable

En dehors de l’aspect fondamental qui est de donner à l’enfant des repères chronologiques et des références dans l’espace, les Grands récits permettent une pédagogie sans manuel, une pédagogie de la recherche, où l’enfant est réellement l’acteur autonome de ses propres apprentissages. Non seulement les Grands récits lui donnent une faim inextinguible de connaissances, mais ils lui fournissent l’armature à laquelle il va pouvoir relier tout ce qu’il découvre. Il va pouvoir tout rattacher dans le temps et dans l’espace, ce qui fait que toutes ses connaissances forment petit à petit un tout cohérent dans lequel il peut se situer.

L’après Montessori (ou Freinet)

L’angoisse du futur

J’entends et je lis assez souvent les mêmes questions angoissées au sujet de Montessori : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?” Cela me donne envie de republier cet article, déjà paru à l’origine il y a 1 an et demi.  D’une part ce serait vraiment dommage de priver les enfants de cette pédagogie sous prétexte que cela ne durera pas toute leur scolarité.

D’autre part, les choses ne se passent heureusement pas comme les parents le craignent.

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant.

Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire…

dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France.

Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe.

Et surtout, l’impression d’être passif.

Montessori, Freinet : un pas a été fait

Ça bouge… un peu

Je me réjouis de voir que la pédagogie Montessori commence à intéresser pas mal de gens. Je ne parle pas des grandes surfaces qui apposent l’étiquette Montessori sur tout et n’importe quoi. Ceux-là me font peur parce que loin de participer à une démocratisation dont ils pourraient tirer une réelle gloire (et un beau profit !), il galvaudent complètement l’essentiel. Je parle des parents qui cherchent à faire des activités Montessori avec leurs enfants, des blogs qui fleurissent ici ou là (expériences vécues, tutoriels…), des écoles qui se créent, des enseignants du public qui demandent des formations Montessori (hélas sans obtenir de financement de l’Education nationale), des journaux, des radios, des télés qui font des articles et des émissions.
Ça bouge ! Et c’est valable aussi, dans une moindre mesure, pour la pédagogie Freinet.

Encore un effort !

Cet engouement ne doit pas nous endormir, nous qui militons depuis des années pour que la pédagogie active devienne LA pédagogie. Au contraire ! D’abord parce qu’il y a encore une majorité de gens qui, soit n’ont jamais entendu parler de la pédagogie active, soit restent très attachés aux vieux principes traditionnels qu’ils croient, en toute bonne foi, efficaces (cours magistral, devoirs à la maison, notes, classements, récompenses et punitions…). Ensuite et surtout pour éviter ce que craignaient aussi bien Célestin Freinet que Maria Montessori : que l’on ne s’empare des pratiques et du matériel en laissant de côté l’essentiel.

Je prendrai deux exemples, l’un chez Freinet, l’autre chez Montessori.

• Imprimer un journal en classe, c’est bien une pratique Freinet.

Mais pour qu’elle soit réellement utile aux enfants et riche d’éducation autant que d’enseignements, il faut qu’elle soit l’occasion de créations libres (textes, dessins, photos, vidéos), de travail collaboratif, d’un projet pris en main en totale responsabilité par les enfants, de contacts de la classe avec l’extérieur, etc.

Sinon, ce n’est qu’une activité scolaire parmi d’autres, juste à peine plus ludique.

Photo Reuters

• Utiliser les Lettres mobiles, c’est bien se servir d’un matériel montessorien. Mais pour que ce ne soit pas un « rabachage » d’apprentissage de l’alphabet, il faut que cela intervienne à un moment précis du développement de l’enfant, lorsqu’il a envie de former des mots pour créer ses propres textes, alors même qu’il ne sait pas encore écrire. Il faut que cela se fasse quand il le demande et non quand on le lui impose. Il faut qu’on ne mêle pas deux activités au même moment : celle de créer des mots et même des textes et celle d’apprendre l’orthographe. Il faut qu’on ne censure pas ce que fait l’enfant mais qu’on le laisse profiter librement du plaisir de la découverte des symboles. L’utilisation du matériel et la mise en œuvre des pratiques reposent sur des intentions pédagogiques fortes.

Un beau moment, presque émouvant

Je suis enseignante de SVT dans un collège public du Vaucluse. J’ai découvert avec plaisir les livres de la collection Montessori Pas à Pas, aussi ai-je souhaité les utiliser dans mon enseignement. Avec les 27 élèves de ma classe de 3°, en dernière heure de matinée, nous avons fait ce matin une séance un peu différente des autres. Nous devions commencer la partie « évolution des êtres vivants et histoire de la terre ». Dernière séance avant les vacances de Noël, l’objectif de la séance était de faire une entrée en matière pour cette partie qui les interpelle, les questionne, les émerveille.

Nous avons commencé la séance par la lecture du récit : « L’histoire de la terre ». (Livre Les Grands récits, p.15). Les élèves ont été très attentifs et très calmes.

Le cadre était posé et l’ambiance sérieuse, presque rêveuse comme si je les avais emmenés ailleurs. Le récit se termine par : « 1 milliard d’années […] Vous imaginez ? Mille millions d’années ! […] ».

A ce stade-là, je me rends bien compte que non, mille millions d’années, ils n’imaginent pas tellement… Ils commencent à comprendre comment la terre s’est formée et quelle place elle occupe dans l’univers, dans notre galaxie, dans le système solaire mais de là à avoir des repères temporels, …, c’est plus difficile.

Aussi, sommes-nous descendus dans la cour. Nous avons utilisé le Ruban noir*, formidable outil trouvé dans le livre Les lignes du temps. J’ai utilisé les explications fournies dans le livre des Grands récits page 35 pour leur raconter les grandes étapes de l’histoire de la terre. Un élève s’est porté volontaire pour tenir le bout de la frise. Il était « là où la terre s’est formée ». Nous avons commencé à dérouler le ruban, doucement. A chaque étape, je leur indiquais l’évolution de la terre : « planète feu », « planète mer », « apparition de la vie au fond des océans », « sortie de l’eau des animaux », etc… et enfin le tout petit morceau rouge : « la présence de l’homme sur terre ».

La première réaction des élèves a été « Ah oui quand même ! ». Nous avons regardé un moment en silence le ruban¸ sa longueur et les différents repères. Ensuite nous sommes remontés en classe. Nous avons échangé un court moment sur leurs impressions. Ils étaient vraiment étonnés de « voir le temps » qui s’est écoulé entre l’apparition de la vie et la sortie des animaux de l’eau, de découvrir à quel point l’homme occupe si peu de place dans l’histoire de la terre…

Nous avons terminé la séance par les 15 premières minutes du film « Génésis ».

L’heure a vraiment été très calme, l’ambiance était presque solennelle. Le visionnage de cette courte séquence du film leur a permis d’illustrer le récit. Ils étaient surpris d’y trouver les mêmes faits, presque les mêmes mots.

Pour les élèves, cette séance était une phase « d’accroche », au cours de laquelle les élèves ont voyagé à travers le temps. Ils se sont évadés. Pas de trace écrite, pas d’évaluation mais, je l’espère, l’envie d’en savoir plus.

Pour moi, c’était un beau moment, presque émouvant, j’ai pris beaucoup de plaisir à leur raconter cette histoire. Au cours des prochaines séances je pourrai apprécier l’impact de cette activité, mais la satisfaction d’aujourd’hui est déjà une réussite.


*Le montage du ruban noir n’a pas été une mince affaire. Nous avons fait le nombre de photocopies nécessaires, les avons toutes découpées, puis nous avons agrafé les différentes longueurs. C’était un peu long, mais c’est faisable. Le dévidoir est simple à monter, nous avons mis une règle carrée en bois au milieu. Au moment de dérouler le ruban nous avons été un peu embêtés par des agrafes qui se sont accrochées ensemble et il fallait faire très attention de ne pas déchirer le ruban qui reste fragile. Pour les années à venir, je pense réaliser cet outil avec un vrai rouleau de 46m de ruban noir de 6 ou 7cm de large.

Pour repérer l’apparition de la vie au fond des océans et la sortie des animaux de l’eau, des élèves se sont portés volontaires pour tenir le ruban à ces endroits-là. Cela nous a permis d’avoir une assez bonne vision de l’emplacement de ces étapes à la fin. Sur le prochain ruban je prévoirai un lien d’attache au début pour l’accrocher à un arbre, et des repères visibles pour les différents évènements, ce qui m’évitera de compter mes pas.

Récit de Fanny Cavallo

Pour en savoir plus : http://ecole-vivante.com/montessori-grands-recits.html et http://ecole-vivante.com/montessori-lignes-du-temps.html

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement.

S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ? Photo Vanessa Toinet.

Montessori : Les grands récits. Points forts pédagogiques

Un repère pour l’enfant

Les cinq grands récits fournissent une trame, une suite de repères. Ils ne sont en aucun cas des leçons (bien entendu, il ne doivent pas faire l’objet d’évaluations !). Ils sont au contraire – critère innovant ! – un outil d’éveil de la curiosité. Ils peuvent même servir à réveiller cette curiosité chez certains enfants chez qui elle a déjà été émoussée pour diverses raisons. Ils constituent le pivot chronologique sur lequel vont s’articuler toutes les investigations et tous les apprentissages ultérieurs : astronomie, géologie, climatologie, étude de la nature et du vivant (botanique, étude des écosystèmes, zoologie), préhistoire, histoire, étude des civilisations, des langues, géographie…

Un outil pour l’interdisciplinarité et la pédagogie active

Il sont également un outil d’interdisciplinarité tout à fait adapté à la pédagogie active, où les enfants font du français en écrivant sur la reproduction des manchots empereurs, du calcul en convertissant en kilomètres la dimension de notre galaxie exprimée en années-lumière ou en matérialisant la taille phénoménale de certains dinosaures, etc. Ils ouvrent sur une culture bien plus vaste que celle, “prémâchée”, des manuels. Par les grands récits, on permet à l’enfant de classer par rapport à lui-même, dans l’espace et dans le temps, tout ce qu’il découvre : les éléments les plus lointains et anciens (étoiles, galaxies, dinosaures, Homo erectus…) comme les plus proches et récents (géographie de la France, histoire de la deuxième Guerre mondiale…). Il devient le point de repère fixe. Il sait où se situer et où situer tout le reste.

Une source de motivation

Pour tirer un bénéfice maximum des grands récits, vous devez vous préparer aux élans explorateurs des enfants, être disponible et encourager ceux qui posent des questions à entreprendre eux-mêmes des recherches, seuls ou en petit groupe, dans des livres, sur internet, etc. nike dunk 2007 On comprend immédiatement à quel point il est important de mettre à leur disposition une bibliothèque riche et abondante, de leur permettre l’accès à internet (en prenant les précautions nécessaires, bien sûr, que permet l’utilisation de la fonction de contrôle parental !), de les emmener dans les musées et de leur donner la possibilité de s’immerger le plus souvent possible dans la nature. L’environnement préparé doit aussi comporter une collection de fossiles et de minéraux, un aquarium, un herbier à enrichir, un globe Montessori rugueux, un globe plus classique, un atlas, etc. Les fossiles et autres trésors naturels (roches volcaniques, etc.) peuvent servir de déclencheur ou, à l’inverse, de prolongement aux grands récits. Idéalement, l’école devrait se trouver dans la nature. Certains enfants choisiront peut-être d’orienter leurs recherches vers l’histoire des sciences et les découvreurs, ce qui va avec l’idée montessorienne des héros et des personnages à qui s’identifier. Tout cela servira à alimenter l’immense, voire l’intarissable curiosité que l’on aura fait naître grâce aux grands récits.

S’engager dans la pédagogie Freinet : extraits de l’introduction

Un paradoxe

La pédagogie Freinet a fait ses preuves, souvent de façon éclatante, dans nombre d’expériences scolaires officielles ou non, publiques ou privées. Elle offre des réponses avérées aux problèmes de désintérêt des enfants pour l’école, d’absentéisme, de violence, ou plus généralement d’échec scolaire. Elle est à la base de l’enseignement public en Finlande, présenté comme l’un des meilleurs du monde occidental et grand “gagnant” des enquêtes PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), l’évaluation internationale – d’ailleurs contestable – mise sur pied par l’OCDE, qui vise à tester les compétences des élèves de 15 ans. Pourtant, elle est peu pratiquée en France, où elle est née, et même lorsqu’elle est connue, elle est souvent méconnue : les gens en parlent comme si elle était synonyme de laisser faire et de désordre. Pourquoi, dans notre pays, si peu d’enseignants, débutants ou non, se tournent-ils vers la pédagogie Freinet ? Il ne s’agit pas d’un refus de la pédagogie “moderne” ou active. Loin de là. La pédagogie Montessori, par exemple, connaît au contraire un engouement croissant. Il ne peut s’agir non plus, seulement, de l’opposition évidente de l’Education nationale pour tout ce qui sort un tant soit peu du modèle classique.

Aider les enseignants à démarrer

Nous sommes parties de l’hypothèse que cette situation vient du fait que les jeunes enseignants ne savent pas par où commencer avec la pédagogie Freinet. Pas plus, d’ailleurs, que les enseignants lassés du modèle traditionnel et qui voudraient se reconvertir. Pour la pédagogie Montessori, il y a le matériel, support attractif et commode, qui séduit les enfants et qu’accompagnent des démarches en apparence simples. Cela encourage les débutants. Sans les empêcher de continuer à chercher et à améliorer leurs pratiques une fois qu’ils sont “en chemin”. Il n’existe pas de telle passerelle pour la pédagogie Freinet. Freinet lui-même craignait au plus haut point que l’on n’utilise que les “outils” Freinet sans en appliquer l’esprit. Au début d’un fascicule (de… 12 pages à peine !) intitulé “Comment démarrer ? Guide pratique pour le débutant”, il écrivait : “C’est contraints et forcés que nous offrons ce memento à nos camarades désireux de s’initier aux techniques Freinet. Nous ne voudrions pas que la publication de ces notes puisse laisser croire que nous vous engageons ainsi dans une opération facile, et qu’en suivant nos conseils vous réaliserez la classe moderne de vos rêves. Vous aborderez au contraire une des tâches les plus délicates : reconsidérer vos techniques de travail, celles qui vous sont presque naturelles parce que vous les avez subies pendant tant d’années, et qu’on vous a enseignées par surcroît à l’EN, celles qu’on pratique communément autour de vous, et dont vous ne vous dégagerez qu’à grand peine. (…) Ce memento n’est d’ailleurs pas un guide-âne. (…) Il ne peut y avoir de truc standard valable pour toutes les classes, mais l’essentiel à mon avis est de bien se pénétrer de l’esprit, de l’optique dans lesquels il faut travailler, et, nanti de toutes les idées glanées ça et là, de les adapter à sa personnalité et à la physionomie de sa classe. Il en est ainsi. Le métier d’instituteur n’est jamais passif. Quiconque n’use que de trucs et de mécaniques qu’il répète au cours des ans ne saurait être un éducateur digne de ce nom. Et nous avons l’ambition de former des hommes conscients, aimant leur métier, capables de vivre avec leurs enfants sans routine ni œillères.”

Des pistes et non des recettes

Après une telle volée de bois vert, nous n’allons bien sûr pas faire ce que Freinet lui-même refusait. Mais dans la jungle touffue semée d’embuches que représente le chemin d’un enseignant débutant dans le contexte actuel, notre livre est là pour débroussailler le terrain et lui permettre de simplement faire les premiers pas. Aujourd’hui, il n’y a plus l’EN (Ecole Normale) dont parle Freinet. Il n’y a même plus de véritable formation pédagogique. Nous ne voudrions pas que les nouveaux enseignants laissent de côté la formidable pédagogie Freinet, simplement parce qu’ils sont déroutés, voire dégoûtés, et ne savent pas comment commencer. Ensuite, ils pourront se plonger dans la communauté de l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) pour se documenter plus avant, se former à des techniques particulières et échanger sur leurs pratiques : la pédagogie Freinet s’est toujours appuyée sur le groupe. Pour le moment, avec ce livre, nous voulons simplement leur donner confiance. Nous voulons tenter de leur fournir les fondations sur lesquelles ils pourront construire progressivement leur propre démarche pédagogique, en toute liberté et en observant, au fil du temps, ce qui se passe dans leur classe. Ils pourront même remettre en cause ce que nous écrivons dans les pages qui suivent ! Peu importe : ils auront démarré. Notre livre est là aussi pour souligner à quel point ils seront récompensés dans leurs efforts : la pédagogie Freinet est réellement gratifiante et efficace, pour les enseignants comme pour les élèves.

La démocratie, ça s’apprend… ou pas !

S’exprimer

Comment a-t-on le culot de se plaindre de l’abstention des adultes ? Alors que, dans le même temps, par une pratique quotidienne et étalée sur toute leur scolarité, on apprend aux enfants que donner son opinion est souvent moins rentable et plus risqué que de fermer sa bouche. Dans l’enseignement magistral traditionnel et dans l’éducation que donnent de nombreux parents, l’opinion de l’enfant n’a, au mieux, pas de poids, au pire même pas l’occasion de s’exprimer. Si l’on veut des citoyens qui réfléchissent puis s’expriment, qui défendent leur point de vue, qui l’argumentent, tout en écoutant l’opinion des autres, il faut leur montrer dès l’enfance que c’est utile et intéressant. J’ai vraiment l’impression d’enfoncer une porte ouverte ! Et pourtant…

Photo Ecole Freinet de Fox

Echanger

Dans l’enseignement participatif (Montessori, Freinet, Decroly, Steiner, etc.), il existe toujours des forums d’enfants, où sont débattus les grands et petits sujets qui concernent la classe. L’opinion des enfants est prise en compte.

Elle a un impact.

Ils apprennent à l’exposer et à la défendre de façon claire, convaincante et respectueuse.

Un « bâton de parole » se transmet parfois de main en main pour matérialiser qui a le droit de parler et doit être écouté. Chacun a l’occasion de dire ce qu’il pense à son tour. Chacun apprend à écouter les autres et à analyser leurs propos avant de les faire siens ou de les contester.

Se faire une opinion personnelle

Comment a-t-on le culot de s’étonner de voir se formuler des votes protestataires plus ou moins moutonnesques ? L’analyse, la réflexion, l’argumentation, la contestation réfléchie, l’invention d’alternatives et la proposition de solutions ne sont pas innées ! Cela s’observe, s’apprend et se cultive. Le remède à l’obscurantisme et au populisme est dans l’éducation.

Est-ce que je ne viens pas d’enfoncer une deuxième porte ouverte ? Pourtant…