L’après Montessori

Le grand plongeon

Mes enfants ont passé toute leur enfance dans une école Montessori. Il y a une semaine, ils ont fait le grand plongeon : une rentrée dans un collège public.

Ce changement provient tout d’abord de la volonté de notre fille aînée.  Les petits effectifs d’une structure alternative ne la satisfaisaient plus. Il lui fallait élargir son cercle d’amis.

Maria Montessori avait une jolie expression pour décrire le jeune enfant : c’est un être « à la recherche de sa forme ». Nos adolescents, eux, sont à la recherche de leur contour.

En revanche, nos interrogations concernant cette transition penchaient toutes du côté de notre fils, 11 ans, car ce n’était pas du tout sa demande première de découvrir un nouvel environnement. Après des jours et des nuits de réflexion, nous nous sommes dit que pour prendre le train du collège en route, il serait peut-être préférable qu’il entame son collège dès la 6ème lorsque tous les enfants découvraient ensemble leurs nouveaux repères.

Le doute était d’autant plus grand que dans un cursus Montessori, l’enfant de 11 ans a encore toute sa place dans une ambiance multi-âges 6 -12 ans. Il y aborde tranquillement les contenus d’enseignement allant plus ou moins jusqu’au niveau de 5e du système traditionnel, tout en restant dans l’univers sécurisant et stimulant de l’environnement préparé, plus adapté à son développement affectif. Ce n’est pas l’âge précisément qui est pertinent mais le stade de développement de l’enfant.

C’est un des grands paradoxes des enfants précoces qui manifestent souvent un décalage entre le développement intellectuel et émotionnel. Même avec 2 ou 3 ans d’avance, ils restent avant tout des enfants.

C’est ce que j’avais pu effectivement observer : les élèves de 6ème sont en pleine année charnière. A la rentrée de septembre, ils ne sont pas tout à fait mûrs pour ce nouvel environnement et pour supporter un rythme soutenu. Le soir, de retour chez eux, ils apprécient encore les jeux d’enfants du primaire.

Le bus comme source de motivation

Loin d’être un détail, prendre le bus en toute autonomie a été leur première motivation. Rien de surprenant, jusque- là, pour des enfants ayant suivi une scolarité montessorienne où l’autonomie est au cœur de la démarche pédagogique.

Un PAI (Projet d’Accueil Individualisé) pour des besoins vitaux

J’ai reçu un appel téléphonique de l’infirmière qui m’a proposé de mettre en place un PAI informant tous les professeurs du besoin de notre garçon de boire à volonté et d’aller aux toilettes librement. Elle souligne qu’il est important de mettre toutes les chances de son côté pour une bonne scolarisation. J’étais à la fois soulagée par cette prise en charge du bien-être de mon enfant mais aussi perplexe que les besoins vitaux des autres enfants ne puissent pas être automatiquement satisfaits s’ils ne le signalaient pas.

Cette prise en compte des besoins vitaux de nos enfants est la force de proposition des écoles dites « alternatives ». C’est toujours cette vérité qui sort en premier de la bouche des enfants qui ont connu la différence entre les deux types écoles.

De l’innovation dans le public

Le jour de la rentrée, notre fille est arrivée à la maison avec une annonce étonnante : son voyage en Norvège avec sa classe pour aller sauver les petits renards polaires ! Une continuité pédagogique inespérée et cohérente pour des enfants ayant passé toute leur scolarité de primaire dans une école en pleine nature et très « verte ».

Quant à notre fils, il se retrouve dans une classe de 6ème bilingue à petits effectifs, un vestige de toutes les réformes passées. Sa classe de 6ème n’est pas soumise aux notes. Ses professeurs travaillent ensemble pour alléger le poids des cartables et se lancent dans l’aventure collégiale d’une ruche pour créer un lien dans leurs cours.

A l’heure actuelle, opposer l’école publique et l’école privée pour ce qui est de l’innovation me semble un faux débat dès lors que l’enfant peut se construire dans un environnement soucieux de sa réceptivité aux apprentissages.

Pour l’anecdote, notre fille adôôore l’agréable sonnerie de son collège qui ne retentit plus en un son affreux comme nous avions tous connu.

Ce que les enfants ont cultivé en Montessori

Nos enfants ont gardé de leurs années Montessori ce bel élan et une forte disponibilité aux apprentissages. Je vous avouerai tout de même que leur compréhension et leur analyse du pourquoi de certaines consignes s’apparentent encore parfois au décodage d’une langue étrangère. Mais c’est un casse-tête qu’ils aiment résoudre.

C’est cela la force des enfants qui ont pu se construire au sein d’une ambiance favorable à leur épanouissement : être capable de déployer des ressources insoupçonnées grâce à une confiance en leur capacité à trouver des solutions.

Vanessa Toinet. Auteur de Montessori Pas à Pas  et Montessori : Quand les enfants commencent après 6 ans. Editions Ecole Vivante

La lecture n’est pas une bataille !

Quand j’ai appris à marcher…

Quand j’ai appris à marcher, papa se mettait un peu loin de moi, maman me tenait par un doigt puis me lâchait progressivement la main, Mamie m’encourageait… tout le monde était fier de moi. Tout le monde riait. Nous étions contents. Quand j’ai appris à manger tout seul, maman ne m’en voulait pas de me barbouiller le visage en ratant la bouche avec la cuillère, papa coupait patiemment ma viande en petits morceaux, Papi me racontait des histoires drôles… Nous étions contents.

Quand j’ai appris à lire…

Quand j’ai appris à lire, – la maîtresse était stressée parce qu’elle avait peur qu’on la juge incompétente si je n’y arrivais pas assez vite – maman était anxieuse parce que ma cousine Lucie a su lire à 4 ans – papa surveillait du coin de l’œil parce qu’il ne voulait pas le montrer mais ça commençait à l’agacer que son rejeton ne soit pas le premier de la classe – Papi et Mamie interrompaient à tout bout de champ les histoires qu’ils me lisaient par des « A toi, maintenant… C’est quoi, cette lettre ?… Tu ne reconnais pas ce mot ?… »

Et pourtant…

On peut apprendre à lire sans stress ! Dans le plaisir ! C’est une découverte si extraordinaire de se rendre compte qu’il existe un code qui nous permet de garder des traces, de s’envoyer des messages à distance, de découvrir un monde magique d’histoires et d’informations… Alors… quelle est LA BONNE MÉTHODE ? La bonne méthode pour apprendre la lecture est celle où : • l’enfant est captivé par ce qu’il fait au point d’oublier ses craintes d’échouer ; • toutes ses qualités sont sollicitées (intelligence, sens de l’observation, mémoire, curiosité, persévérance) pour parvenir à comprendre les mécanismes et à retenir les informations ; • il peut avancer à son rythme, sans précipitation et sans forcing ; • il apprend à BIEN lire, c’est-à-dire à comprendre ce qu’il lit ; • il maîtrise la combinatoire syllabique et peut appliquer ses nouvelles compétences à toutes sortes de contextes de lecture.

La lecture à l’Ecole Vivante

Pour aider les enseignants, les parents, les grands-parents… et surtout l’enfant, chez nous, à l’Ecole Vivante, il y a Pilou et Lalie, le plaisir de lire AVANT TOUT : Un univers chaleureux où l’humour a sa place, de même que des sentiments forts comme la tendresse, la peur ou la tristesse. L’enfant est pris par les histoires. Il veut savoir la suite. Il a une très bonne raison de faire l’effort de comprendre et de lire. La séance de lecture devient un vrai jeu, un dialogue joyeux avec l’adulte qui l’accompagne dans ses découvertes. Les personnages qui composent cet univers et reviennent dans les différentes histoires ont tous une vraie personnalité : ce sont des héros auxquels l’enfant peut s’identifier, s’attacher. Il y en a des petits et des grands, des féminins et des masculins, des timides et des fanfarons. Chacun à son tour a son heure de gloire dans l’histoire, comme dans la vie. Illustrations : Catherine Nouvelle. (Les textes des livres de Pilou et Lalie sont de Françoise Demars).

L’après Montessori (ou Freinet)

L’angoisse du futur

J’entends et je lis assez souvent les mêmes questions angoissées au sujet de Montessori : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?” Cela me donne envie de republier cet article, déjà paru à l’origine il y a 1 an et demi.  D’une part ce serait vraiment dommage de priver les enfants de cette pédagogie sous prétexte que cela ne durera pas toute leur scolarité.

D’autre part, les choses ne se passent heureusement pas comme les parents le craignent.

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant.

Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire…

dans une école Freinet !

Les faits prouvent le contraire

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France.

Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe.

Et surtout, l’impression d’être passif.

Les TICE et la pédagogie

Où l’on reparle de pédagogie

Ce matin, quand j’ai lu les propositions du rapport Mariton (projet UMP) sur l’école, je n’en croyais pas mes yeux. On y reparle de formation des enseignants et de pédagogie ! Quel incroyable nouvelle après les coupes sombres opérées dans ce domaine pendant la présidence Sarkozy. Hélas, j’ai vite déchanté. Dans les propositions 10 (Intensifier la formation initiale et continue des enseignants aux nouvelles pratiques pédagogiques) et 11 (Accélérer la modernisation de la pédagogie), on confond, ou on feint de confondre, pour la énième fois, la pédagogie et les TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement).

Les TICE sont-ils la pédagogie ?

Est-ce qu’un crayon est pédagogique ? Est-ce qu’un cahier est pédagogique ? Est-ce qu’un ordinateur, un iPad, sont pédagogiques ? Bien sûr que non. La preuve ? On peut très bien faire un cours magistral en utilisant les TICE. On peut utiliser les TICE dans un enseignement traditionnel. Les TICE, ce n’est pas de la pédagogie, c’est de la technologie.

Un logiciel d’enseignement peut certes s’appuyer sur de bonnes pratiques pédagogiques. Encore faut-il qu’il soit conçu par des pédagogues et que les enseignants aient été réellement formés à la pédagogie pour être capables de différencier les logiciels effectivement intéressants de la poudre au yeux et des gadgets.

Parler des TICE pour NE PAS parler de pédagogie

Donc, comme d’habitude, on évite les vraies questions : comment former les enseignants à la pédagogie et à quelle pédagogie les former ? Cela permet d’éviter de remettre en cause la pédagogie traditionnelle qui continue vaille que vaille à faire des ravages, à coup de cours magistraux, de tests standardisés, de notes inutiles voire dangereuses, de devoirs à la maison… C’est bien évidemment cela qu’il faudrait changer d’abord. Pour une école où les enfants agissent, s’engagent, sont responsabilisés, sont libres de leurs choix et apprennent à leur rythme. Lorsque les enseignants seront formés à mettre cela en place dans leur classe, le besoin des ordinateurs et des tablettes se fera sûrement sentir à certains moments.