Bien choisir un cadeau Montessori

Le matériel montessorien : des jouets ?

On voit ici ou là, à l’approche de Noël, vanter les mérites de tel ou tel cadeau montessorien. Une précision importante : les éléments du matériel de la pédagogie Montessori ne sont pas des « jouets », au sens où, si l’enfant s’en sert sans qu’on lui ait montré la façon de l’utiliser, il passera à côté des apprentissages liés à chaque matériel et s’en lassera vite. Autant lui offrir une boîte de cubes ou une poupée. De plus, le matériel montessorien est chronologique. C’est-à-dire qu’il correspond à des âges approximatifs et qu’il demande parfois des pré-requis. Faut-il donc renoncer à donner du matériel Montessori à Noël ? Non, bien sûr, mais en choisissant bien.

Comment opérer un choix ?

Tout d’abord, vous trouverez ici une chronologie d’utilisation du matériel de Vie pratique et Vie sensorielle pour les 2-6 ans : chrono-ecole-vivante.pdf
D’autre part, voici ce que nous vous conseillons de préférence :

    • Pour un enfant de 2 à 3 ans : Le tiroir de géométrie n°1, les boîtes de couleurs n° 1 et 2.
    • De 3 à 4 ans : La tour rose, les emboîtements cylindriques, les tiroirs de géométrie, le cube du binôme, les lettres rugueuses.
    • De 4 à 5 ans : La boîte de couleurs n° 3, les triangles constructeurs.
    • De 5 à 6 ans : La table de Pythagore, le cube du trinôme.

Le matériel Montessori : des outils pour des apprentissages heureux.

Et pour les parents…

Voici une première entrée simple dans le monde montessorien pour les parents qui s’y intéressent sans trop savoir par où commencer : Montessori – Les principes fondateurs
Ce livret est gratuit, offert par l’Ecole Vivante. Vous pouvez l’imprimer et le donner aux parents avec vos cadeaux pour les enfants. Il a un double avantage : il donnera une valeur plus importante à votre cadeau et il fera découvrir nos ouvrages. C’est notre façon, utile pour tous, de faire la promotion de nos livres et de mieux faire connaître la pédagogie Montessori au plus grand nombre.

Montessori : l’éducation cosmique

Cosmique ? Un drôle de mot un peu inquiétant

Bien étrange, ce terme de cosmique, sous la plume de Maria Montessori, pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’approfondir la question. De quoi s’agit-il ?

Selon Maria Montessori, il est fondamental que l’enfant découvre et ressente profondément, dès que son imagination lui permet de s’écarter de ce qui le touche de très près (vers 6 ans), qu’il fait partie d’un tout interdépendant : il est un être humain qui vit sur la Terre, dans l’Univers. Il se rattache à l’Histoire par une longue lignée de personnes qui ont vécu et agi avant lui. Il se rattache à la vie sur Terre par une évolution qui remonte à la première cellule. Il se rattache au Monde et à toutes ses populations diverses, qui, chacune, apporte sa pierre à l’édifice de l’humanité. Il se rattache à l’Univers : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » dit joliment Hubert Reeves. Il doit se sentir lié à la nature, la respecter et la préserver.

Les Grands récits : moteurs de l’éducation cosmique

Ce que Maria Montessori propose, pour que les enfants prennent conscience de cette interdépendance extraordinaire, ce sont 5 Grands récits qui apprennent à l’enfant d’où il vient, dans quel espace il évolue et quelles ont été les grandes inventions de l’humanité dont il bénéficie aujourd’hui et dont il doit être reconnaissant. Ces récits sont ce que l’on appelle en anthropologie et en ethnologie des « récits cosmogoniques » : on en rencontre dans toutes les civilisations. Ils permettent à chacun de se sentir membre d’une communauté et, plus largement, d’expliquer autant que faire se peut notre présence sur Terre. Ces 5 Grands récits sont : L’histoire de la Terre, L’histoire de la vie sur Terre, L’histoire de l’Homme, L’histoire de l’écriture et L’histoire des chiffres.

D’où vient la fascination des enfants pour les fossiles ? Sentent-ils de façon intuitive qu’il s’agit là d’une trace du passé de la vie sur Terre et donc de notre propre passé ?
© Vanessa Toinet

Un outil pédagogique formidable

En dehors de l’aspect fondamental qui est de donner à l’enfant des repères chronologiques et des références dans l’espace, les Grands récits permettent une pédagogie sans manuel, une pédagogie de la recherche, où l’enfant est réellement l’acteur autonome de ses propres apprentissages. Non seulement les Grands récits lui donnent une faim inextinguible de connaissances, mais ils lui fournissent l’armature à laquelle il va pouvoir relier tout ce qu’il découvre. Il va pouvoir tout rattacher dans le temps et dans l’espace, ce qui fait que toutes ses connaissances forment petit à petit un tout cohérent dans lequel il peut se situer.

En savoir plus : http://ecole-vivante.com/montessori-grands-recits.html

Quelques clichés contre Montessori

Une « nouvelle méthode » qui date du début du XXe (sic)

Je viens de lire un article (que je ne citerai pas – inutile d’en parler plus) qui constitue un condensé si copieux et haineux des clichés contre Montessori qu’il me semble une occasion parfaite de les réfuter un par un. Le premier, éculé mais toujours vivace, s’étonne qu’on appelle moderne une méthode qui date de plus d’un siècle. Ce qui est curieux, c’est que les gens qui pensent cela sont souvent ceux qui voudraient que l’on revienne… à l’école de Jules Ferry (devoirs, notes, classements, punitions, apprentissages par cœur…). Or, justement, vouloir supprimer toutes ces entraves inutiles pour permettre le développement harmonieux et autonome de l’enfant au lieu de l’inhiber et de le brimer… oui, c’est moderne !

L’école Montessori ne fonctionne que pour les enfants doués ou pour les déficients (sic)

Commençons par la contradiction inhérente à la formulation : n’est il pas étrange qu’une pédagogie fonctionne aussi bien pour les enfants à haut potentiel et pour ceux qui ont des difficultés si, justement, elle ne fonctionne pas pour tous ? Ce que cette phrase souligne surtout, c’est justement le fait qu’en tenant compte des particularités de chacun et en s’y adaptant, la pédagogie Montessori évite que l’on laisse sur la touche tous ceux qui ne sont pas absolument dans la « norme ». Et d’ailleurs qu’est-ce que cette norme et qui la définit ? Et sur quel critères ?

Elle est dangereuse pour les autres (sic)

Dangereuse parce qu’elle les laisse libres. L’auteur de l’article s’affole à l’idée de ces enfants à qui on n’impose rien et qui, forcément, vont en profiter pour se vautrer dans l’indolence et la paresse. C’est avoir une vision bien négative des enfants. C’est aussi se tromper lourdement : il suffit de passer quelques heures dans une école Montessori pour se rendre compte du fait que non seulement les enfants travaillent mais qu’en plus ils le font volontairement et avec plaisir. Et c’est justement quand on les laisse libres de faire un travail qui a du sens qu’on leur donne l’occasion de devenir volontairement actifs à l’école et, plus tard, dans la vie, sans avoir besoin d’un gendarme à leur côté.

L’école ne peut se permettre d’attendre des années pour qu’un enfant apprenne à lire et calculer, et juste, travailler (sic)

Lorsqu’on sait à quel point le forçage est peu productif pour la plupart et nuisible pour un certain nombre, cette phrase fait rire. Mais rire jaune quand même ! Cette école qui n’a pas la capacité (ou la patience) d’attendre, échoue si bien qu’elle prive notre société et l’avenir de notre pays de toute une partie de ses forces vives. Au lieu de laisser à ceux qui en ont besoin le temps de s’épanouir à leur rythme pour qu’en fin de compte chacun puisse entrer de plain pied dans une vie active et créative pour le bien de tous, elle fonce bille en tête vers le mur sans se soucier des dégâts. Belle réussite !

Les contraintes sociales sont des biens précieux pour nous apprendre à vivre ensemble (sic)

Sous-entendu : les écoles Montessori sont bien trop agréables pour préparer (armer !) les enfants à l’horreur de la vie qui les attend ensuite : compétition, égoïsme, avidité, envie de pouvoir… que sais-je ? Autrement dit : Puisque dans la vie, on prend des coups de marteau sur la tête, autant commencer le plus tôt possible. C’est inepte. D’abord parce que si la société est réellement aussi mauvaise, on ferait mieux de commencer par essayer de la réformer… en éduquant mieux les enfants pour qu’ils deviennent des adultes moins égoïstes, moins avides, etc. Ensuite parce que, justement, c’est en donnant confiance aux enfants et en leur apprenant le dialogue qu’on les prépare à vivre en société de façon équilibrée, indépendante, ouverte.

CQFD 🙂

 

 

Un beau moment, presque émouvant

Je suis enseignante de SVT dans un collège public du Vaucluse. J’ai découvert avec plaisir les livres de la collection Montessori Pas à Pas, aussi ai-je souhaité les utiliser dans mon enseignement.

Avec les 27 élèves de ma classe de 3°, en dernière heure de matinée, nous avons fait ce matin une séance un peu différente des autres.  Nous devions commencer la partie « évolution des êtres vivants et histoire de la terre ». Dernière séance avant les vacances de Noël, l’objectif de la séance était de faire une entrée en matière pour cette partie qui les interpelle, les questionne, les émerveille.

Nous avons commencé la séance par la lecture du récit : « L’histoire de la terre ». (Livre Les Grands récits, p.15).  Les élèves ont été très attentifs et très calmes. Le cadre était posé et l’ambiance sérieuse, presque rêveuse comme si je les avais emmenés ailleurs.

Le récit se termine par : « 1 milliard d’années […] Vous imaginez ? Mille millions d’années ! […] ».

Les Lignes du temps. J’ai utilisé les explications fournies dans le livre des Grands récits p.35 pour leur raconter les grandes étapes de l’histoire de la terre.

Un élève s’est porté volontaire pour tenir le bout du ruban. Il était « là où la terre s’est formée ». Nous avons commencé à dérouler le ruban, doucement. A chaque étape, je leur indiquais l’évolution de la terre : « planète  feu », « planète mer », « apparition de la vie au fond des océans », « sortie de l’eau des animaux », etc. et, enfin, le tout petit morceau rouge : « la présence de l’homme sur terre ».

La première réaction des élèves a été « Ah oui quand même ! » Nous avons regardé un moment en silence le ruban¸ sa longueur et les différents repères. Ensuite nous sommes remontés en classe. Nous avons échangé un court moment sur leurs impressions, ils étaient vraiment étonnés de « voir  le temps » qui s’est écoulé entre l’apparition de la vie et la sortie des animaux de l’eau, de découvrir à quel point l’homme occupe si peu de place dans l’histoire de la terre…

Nous avons terminé la séance par les 15 premières minutes du film Genesis (Nuridsany et Perennou).

L’heure a vraiment été très calme, l’ambiance était presque solennelle. Le visionnage de cette courte séquence du film leur a permis d’illustrer le récit. Ils étaient surpris d’y trouver les mêmes faits, presque les mêmes mots.

Pour les élèves, cette séance était une phase « d’accroche », au cours de laquelle ils ont voyagé à travers le temps, ils se sont évadés. Pas de trace écrite, pas d’évaluation, mais je l’espère, l’envie d’en savoir plus.

Pour moi, c’était un beau moment, presque émouvant. J’ai pris beaucoup de plaisir à leur raconter cette histoire. Au cours des prochaines séances, je pourrai apprécier l’impact de cette activité, mais la satisfaction d’aujourd’hui est déjà une réussite.

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*Le montage du ruban noir n’a pas été une mince affaire. Nous avons fait le nombre de photocopies nécessaires, les avons toutes découpées, puis nous avons agrafé les différentes longueurs. C’était un peu long, mais c’est faisable. Le dévidoir est simple à monter, nous avons mis une règle carrée en bois au milieu. Au moment de dérouler le ruban nous avons été un peu embêtés par des agrafes qui se sont accrochées ensemble et il fallait faire très attention de ne pas déchirer le ruban qui reste fragile. Pour les années à venir, je pense réaliser cet outil avec un vrai rouleau de 46m de ruban noir de 6 ou 7cm de large.

Pour repérer l’apparition de la vie au fond des océans et la sortie des animaux de l’eau, des élèves se sont portés volontaires pour tenir le ruban à ces endroits-là. Cela nous a permis d’avoir une assez bonne vision de l’emplacement de ces étapes à la fin. Sur le prochain ruban je prévoirai un lien d’attache au début pour l’accrocher à un arbre, et des repères visibles pour les différents évènements, ce qui m’évitera de compter mes pas.

Fanny Cavallo

 

 

Montessori : Les grands récits. Points forts pédagogiques

Un repère pour l’enfant

Les cinq grands récits fournissent une trame, une suite de repères. Ils ne sont en aucun cas des leçons (bien entendu, il ne doivent pas faire l’objet d’évaluations !). Ils sont au contraire – critère innovant ! – un outil d’éveil de la curiosité. Ils peuvent même servir à réveiller cette curiosité chez certains enfants chez qui elle a déjà été émoussée pour diverses raisons. Ils constituent le pivot chronologique sur lequel vont s’articuler toutes les investigations et tous les apprentissages ultérieurs : astronomie, géologie, climatologie, étude de la nature et du vivant (botanique, étude des écosystèmes, zoologie), préhistoire, histoire, étude des civilisations, des langues, géographie…

Un outil pour l’interdisciplinarité et la pédagogie active

Il sont également un outil d’interdisciplinarité tout à fait adapté à la pédagogie active, où les enfants font du français en écrivant sur la reproduction des manchots empereurs, du calcul en convertissant en kilomètres la dimension de notre galaxie exprimée en années-lumière ou en matérialisant la taille phénoménale de certains dinosaures, etc. Ils ouvrent sur une culture bien plus vaste que celle, “prémâchée”, des manuels. Par les grands récits, on permet à l’enfant de classer par rapport à lui-même, dans l’espace et dans le temps, tout ce qu’il découvre : les éléments les plus lointains et anciens (étoiles, galaxies, dinosaures, Homo erectus…) comme les plus proches et récents (géographie de la France, histoire de la deuxième Guerre mondiale…). Il devient le point de repère fixe. Il sait où se situer et où situer tout le reste.

Une source de motivation

Pour tirer un bénéfice maximum des grands récits, vous devez vous préparer aux élans explorateurs des enfants, être disponible et encourager ceux qui posent des questions à entreprendre eux-mêmes des recherches, seuls ou en petit groupe, dans des livres, sur internet, etc.
On comprend immédiatement à quel point il est important de mettre à leur disposition une bibliothèque riche et abondante, de leur permettre l’accès à internet (en prenant les précautions nécessaires, bien sûr, que permet l’utilisation de la fonction de contrôle parental !), de les emmener dans les musées et de leur donner la possibilité de s’immerger le plus souvent possible dans la nature. L’environnement préparé doit aussi comporter une collection de fossiles et de minéraux, un aquarium, un herbier à enrichir, un globe Montessori rugueux, un globe plus classique, un atlas, etc. Les fossiles et autres trésors naturels (roches volcaniques, etc.) peuvent servir de déclencheur ou, à l’inverse, de prolongement aux grands récits. Idéalement, l’école devrait se trouver dans la nature.
Certains enfants choisiront peut-être d’orienter leurs recherches vers l’histoire des sciences et les découvreurs, ce qui va avec l’idée montessorienne des héros et des personnages à qui s’identifier.
Tout cela servira à alimenter l’immense, voire l’intarissable curiosité que l’on aura fait naître grâce aux grands récits.

Pour en savoir plus : Les Grands récits

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement. S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ?

Photo Vanessa Toinet. Ecole Montessori du Morvan

Erdkinder : Montessori pour les 12-15

L’adolescent : en déséquilibre permanent

Conflits, ennui, désintérêt, incompréhension, absentéisme, parfois même rupture du dialogue, violence, fugue, gestes désespérés… même lorsque tout semble bien se passer, le mal-être est parfois caché. L’adolescence est une période bien difficile pour les jeunes eux-mêmes, pour les parents, pour les enseignants. Force est de constater que la pédagogie traditionnelle gère la crise plutôt qu’elle ne propose des solutions satisfaisantes pour tous. Maria Montessori part du principe que tout cela n’est difficile que parce qu’on n’offre pas assez aux jeunes adolescents, qui sont en plein changement et questionnement, ce dont ils ont réellement besoin.

Une réponse originale, humaine, d’une remarquable intelligence

La réponse de Maria Montessori aux paradoxes, aux aspirations et aux difficultés des 12-15 ans est tout à fait originale. Elle combine la sécurité ET l’indépendance, la confiance ET le soutien, les projets, l’engagement, les responsabilités, la convivialité, la collaboration des ados avec leurs pairs… dans le but de permettre aux adolescents de se construire sereinement. Comme toujours dans la pédagogie Montessori, tout passe par une posture particulière de l’éducateur et une préparation très étudiée de l’environnement. Ce que propose Maria Montessori, c’est une grande maison à la campagne, un lieu de vie, de travail, de créativité et de détente pour les adolescents encadrés par quelques adultes.

Une petite exploitation agricole, une hôtellerie, un magasin

Maria Montessori propose une véritable petite entreprise gérée par les adolescents soutenus par un groupe d’adultes. Les adolescents vivent là toute la semaine et rentrent dans leur famille pour le weekend. Ils s’occupent des cultures, des élevages, de la gestion des comptes, des choix stratégiques… Ils vendent leur production dans le magasin et gèrent leur budget. Ils reçoivent des visiteurs (dont des parents s’ils le désirent) dans les quelques chambres de l’hôtellerie. L’idée n’est bien évidemment pas d’en faire forcément des fermiers, des hôteliers ou des commerçants, mais de leur permettre de prendre de vraies responsabilités, en groupe, au contact bénéfique de la nature. Il s’agit d’un environnement préparé particulier, adapté aux besoins d’autonomie, d’expérimentation et de sécurité des 12-15 ans. Le matériel pédagogique, c’est « la vraie vie ». Et on ne délaisse pas pour autant les études « académiques ».

Work in progress 🙂

Maria Montessori était elle-même consciente du fait qu’une telle organisation n’est pas facile à mettre en place. Pour des raisons économiques et liées à l’organisation, il n’existe actuellement que quelques exemples dans le monde (en Suède et aux Etats-Unis). En France, on rencontre plutôt quelques rares essais de collège à la campagne, sans l’aspect « internat ». Mais des initiatives commencent à pointer le nez en s’adaptant au contexte, soit à la campagne, soit, plus souvent, en ville, en lien avec un centre équestre, une AMAP, un club d’orientation en forêt, et en remplaçant l’exploitation agricole par un projet plus modeste mais réellement géré par les adolescents (travail en vue de gagner l’argent d’un voyage, micro-entreprise, etc.). A suivre et encourager !

A lire pour en savoir plus : Montessori pour les 12-15 de Françoise Cova Correa.

Montessori, Freinet… et après !?

L’angoisse du futur

J’assistais hier à une présentation-débat sur la pédagogie active, en assez petit comité. Un court film présentait des classes Freinet et Montessori en activité. Emerveillement dans la salle. Et puis, les premières exclamations passées (« Que les enfants sont concentrés ! » « Quelle ambiance détendue ! » « Quelle différence avec l’école de ma fille ! »…), les questions angoissées commencent : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?”

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant. Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire… dans une école Freinet !

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France. Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe. Et surtout, l’impression d’être passif.

Mais très vite l’incroyable faculté d’adaptation, l’avance souvent importante prise dans tous les domaines, la grande autonomie et le fait de savoir organiser son travail font que ces enfants s’en sortent très bien, le plus souvent même très très bien ! Donc, pas d’angoisse !

La dictée muette Montessori.
Des limites ?

Tous les exemples visuels de l’article sont extraits de l’album « Langage » du Canadien Daniel Jutras. DR.

La dictée muette est l’un des matériels Montessori qui n’ont pas été inventés par Maria Montessori elle-même mais par l’un de ses adeptes. En l’occurrence, il s’agit de la pédagogue Hélène Lubienska de Lenval. Quand nous avons créé la collection Montessori Pas à Pas, nous avons longuement débattu avant de décider de ne pas l’intégrer au matériel dont nous décrivons la démarche et le rôle. Il y avait quelques arguments pour. Et beaucoup d’arguments contre.

Certains enfants aiment la dictée muette

Comme tous les autres matériels montessoriens, elle peut être utilisée en autonomie et certains enfants aiment s’en servir. Elle a un côté ludique. Son principe est simple. Le nombre limité de cartes de mots sert de contrôle de l’erreur. Elle permet une mémorisation photographique de certains mots. Elle aide à mémoriser les différentes façons d’écrire le même son.

Mais elle a aussi des limites

Tout d’abord, elle ne permet d’écrire que les mots qui représentent des objets (au sens large, par opposition aux concepts). Tout ce qui ne peut être photographié ou dessiné sort de son champ d’action. Elle est aussi problématique si l’on est un peu négligent sur la qualité des documents visuels. Par exemple, il est un peu difficile d’identifier le « mur » sur la photo de l’exemple ci-dessous ou de ne pas chercher (et être tenté de lire !) le mot « skieur » au lieu de « ski » dans le choix des mots possibles.

Enfants… et éducateurs… en difficulté

L’un des atouts majeurs de la plupart du matériel Montessori est de placer toujours l’enfant dans une situation qui lui permette de réussir, sans pour autant lui mâcher le travail. A cet égard, que pensez-vous de l’image choisie pour le mot « sage » dans l’exemple ci-dessous (ou même pour « cage ») ? Pensez-vous qu’un enfant ait la moindre chance de comprendre ? Et l’éducateur la moindre possibilité d’expliquer facilement ?

De ce fait, il peut arriver que le parent ou l’éducateur soit obligé d’affirmer sans argumenter, ou que l’enfant conteste et se sente abusé s’il n’est pas d’accord. Par exemple, s’il cherche « ciel » pour la dernière image au lieu de « nuage », ou s’il dit « papillon » pour la deuxième, au lieu de « cage ». On peut en arriver à ce que l’enfant perde un peu de sa confiance dans les affirmations du parent ou de l’éducateur.

Un petit jeu

A vous d’imaginer les mots qui correspondent aux images ci-dessous :

Vous donnez votre langue au chat pour certaines images ? Ou vous voulez vérifier ? C’est ici :

Troublant, non ?

Les limites du dogme et l’intelligence de la souplesse

Voilà une bonne occasion de répéter que rien n’est dogmatique ou figé chez Montessori. L’important, c’est d’être cohérent, intelligent, libre et d’utiliser les outils avec ouverture d’esprit. Voilà l’esprit Montessori !

Montessori : des albums et des guides

Un post sur Facebook m’a fait prendre conscience de la nécessité de faire le point sur deux types d’ouvrages existant sur la pédagogie Montessori : les albums et les guides, très souvent confondus par les néophytes.

photo Vanessa Toinet, école Montessori Morvan

Les albums montessoriens : des aide-mémoire

Les albums sont le pense-bête personnel de l’éducateur montessorien qui a investi énormément de temps en formation et qui sait ce qui se passe entre deux actions sans que ce soit forcément écrit. Ils sont en général rédigés au cours de la formation, de manière succincte avec une économie de mots, comme lorsque l’on prend des notes. Ils ne sont donc pas suffisants pour un montessorien débutant, qui prendra les informations au pied de la lettre sans comprendre le cadre général dans lequel elles deviennent pertinentes.

Les albums indiquent des séries d’actions enchaînées. Ils n’expliquent pas ces actions et encore moins leur rôle.

Les guides : des outils pédagogiques

Les guides ne sont pas des résumés ou des aide-mémoire. Ils expliquent pas à pas non seulement les démarches, mais aussi leur raison d’être, leur esprit, la logique de leur enchaînement, et l’impact de l’utilisation du matériel sur le développement de l’enfant. Ils permettent au lecteur qui n’a pas pu assister à une formation de comprendre néanmoins la pédagogie qu’il applique. Ils ne remplacent pas la formation. Mais ils permettent de s’imprégner de points essentiels comme par exemple l’attitude particulière de l’éducateur montessorien (à la fois présent et en retrait) ou la question fondamentale de l’environnement préparé. La collection Montessori Pas à Pas se classe dans cette deuxième catégorie. C’est un outil pédagogique.