La pédagogie active : bénéfique pour TOUS les enfants

Le handicap qui fait comprendre

C’est souvent dans des contextes de handicap ou dans un milieu social défavorisé que les grands inventeurs de la pédagogie active ont été amenés à bousculer la pédagogie traditionnelle. Confrontés à des situations difficiles, face à des enfants qui “n’entraient pas dans le moule” pour une raison ou pour une autre, ils ont été amenés à inventer des pratiques qui respectent mieux la différence de chacun, tournent résolument le dos à une compétition drastique et inutile, écoutent l’enfant, ses besoins, ses atouts, ses faiblesses, ses goûts, ses rythmes, sa forme originale d’intelligence et de communication. Et ce qu’il y a de formidable, c’est que cela souligne le fait qu’on ne peut pas compartimenter les enfants : cette pédagogie marche pour tous !

La pédagogie active n’est pas que « curative »

La pédagogie active place l’enfant (et non les connaissances) au cœur de l’enseignement. Il ne s’agit pas d’inculquer à des enfants passifs et souvent ennuyés ou même dégoûtés, un programme figé, indiscutable et identique pour tous. Il s’agit de faire aller chacun au maximum de ses propres possibilités, dans la confiance, le plaisir de l’effort utile, l’estime de soi, le droit à l’échec, l’envie de le surmonter et d’aller de l’avant. Pour parvenir à ce but, on permet à l’enfant d’être actif dans ses apprentissages, on lui donne l’occasion d’expérimenter, de créer, de s’impliquer, au lieu de lui demander d’emmagasiner, parfois sans les comprendre, des connaissances et des compétences. Pourquoi tout cela serait-il réservé aux enfants en désarroi dans l’enseignement traditionnel ?

Un choix de la dernière chance

Or, souvent, les parents ne se tournent vers la pédagogie active que lorsque leur enfant a des problèmes dans l’enseignement classique. Il ne « suit » pas, il est malheureux, il ne s’épanouit pas… C’est bien dommage et cela entraîne deux problèmes qu’il faudrait surmonter :

– Trop peu d’enfants ont l’occasion de bénéficier des bienfaits de la pédagogie active.

– La pression des parents pour que la pédagogie active devienne la norme dans l’Education nationale publique et gratuite est trop faible.

Voilà pourquoi il faut infatigablement expliquer, informer, décrire ce que sont Montessori, Freinet, Steiner…

Pour en savoir plus : http://ecole-vivante.com

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement. S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ?

Photo Vanessa Toinet. Ecole Montessori du Morvan

Montessori, Freinet… et après !?

L’angoisse du futur

J’assistais hier à une présentation-débat sur la pédagogie active, en assez petit comité. Un court film présentait des classes Freinet et Montessori en activité. Emerveillement dans la salle. Et puis, les premières exclamations passées (« Que les enfants sont concentrés ! » « Quelle ambiance détendue ! » « Quelle différence avec l’école de ma fille ! »…), les questions angoissées commencent : « Oui mais… c’est très joli, pas de compétition… mais dans la vie, APRÈS, il y en a de la compétition… Seront-ils ARMÉS ? » « Et comment ça se passe, APRÈS, quand ils entrent au collège ?”

Photo Vanessa Toinet (Ecole Montessori Morvan)

Une légère incohérence

Je voudrais relever quelque chose de paradoxal. Si vraiment le monde scolaire et professionnel était cet univers impitoyable où il faudrait être ARMÉ pour survivre, serait-il donc plus astucieux d’y plonger tout de go les enfants dès l’âge de 2 ans que de les laisser d’abord acquérir autonomie, confiance en soi, sérénité dans le dialogue, capacité d’argumentation et d’écoute… ? Personnellement, je n’ai pas le sentiment que le monde où nous vivons, malgré tous ses défauts, soit si angoissant. Mais c’est peut-être parce que j’ai fait toute ma scolarité du primaire… dans une école Freinet !

Malheureusement, les collèges Freinet ou Montessori sont encore une rareté en France. Il y a donc un moment où les enfants Montessori ou Freinet intègrent le système traditionnel. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a pas de choc : tout d’un coup l’obligation de rester assis pendant des heures, d’interrompre ce que l’on fait toutes les 55 minutes pour passer à autre chose. Tout d’un coup, des notes, des punitions, des récompenses. Tout d’un coup une myriade de professeurs différents que l’on a à peine l’occasion de connaître. Tout d’un coup une seule tranche d’âge dans la classe. Et surtout, l’impression d’être passif.

Mais très vite l’incroyable faculté d’adaptation, l’avance souvent importante prise dans tous les domaines, la grande autonomie et le fait de savoir organiser son travail font que ces enfants s’en sortent très bien, le plus souvent même très très bien ! Donc, pas d’angoisse !

Education : les parents ET l’école

Confier ses enfants

Nous sommes tellement habitués au principe de l’école comme complément de la famille dans l’éducation des enfants que la question ne se pose pas, le plus souvent : à 2 ans et demi ou 3 ans, presque tous les enfants entrent à l’école maternelle la plus proche de chez eux. Si les choses se passent à peu près bien, tous entrent ensuite à l’école primaire.

Quand on y réfléchit bien, confier ce que l’on a de plus cher sans avoir vraiment le choix de la personne à qui on le confie… quelle angoisse ! Car il ne s’agit pas simplement de faire garder ses enfants. Il s’agit d’accepter qu’une personne que l’on connaît très peu et dont on ignore les idées sur l’éducation, sur la vie, sur toutes sortes de valeurs qui, pour nous, sont fondamentales, soit en contact quotidien, 6 heures par jour, avec l’enfant. Qu’elle lui apprenne non seulement des connaissances mais aussi des comportements en société. Qu’elle participe au développement de sa personnalité d’une manière qui n’est pas forcément celle que l’on juge bonne pour lui. En même temps, si l’on n’est pas d’accord avec ce qui se fait en classe, on veut aussi éviter que l’enfant se trouve au centre d’un conflit encore plus nuisible pour son équilibre que le fait d’entendre deux sons de cloches différents à la maison et à l’école.

Le consensus autour de la soumission

Autrefois, l’instituteur avait un statut particulièrement respecté qui évitait les conflits entre la famille et lui. On n’attendait pas non plus de lui qu’il fasse plus que d’apprendre aux enfants un certain bagage de connaissances et des comportements de soumission à l’ordre établi. L’enfant recevait des claques physiques et psychologiques à la maison et à l’école, pour des motifs qui faisaient l’objet d’un consensus parfait (manque de respect envers les adultes, indiscipline, échec dans son travail). Les enfants sortaient de là au bout d’un nombre d’années plus ou moins grand, un peu cabossés, pas mal inhibés, et mûrs pour une vie professionnelle elle aussi le plus souvent fondée sur la soumission.

Le doute, le conflit, l’incohérence

Est-ce mieux aujourd’hui ? Pas vraiment. D’une part le consensus autour de la soumission existe encore dans nombre d’écoles et avec beaucoup de parents. D’autre part lorsqu’il n’y a pas de consensus, il est souvent bien difficile de savoir qui a tort et qui a raison et comment sortir du conflit. De nos jours, même s’il existe des enseignants formidables, il y en a aussi beaucoup qui n’ont pas reçu de véritable formation pédagogique. Cela ne veut pas dire automatiquement qu’ils ne font pas bien leur métier ! Mais cela empêche de leur faire aveuglément confiance. De leur côté, les parents ne sont pas informés sur ce que l’école devrait réellement apporter à leurs enfants. Uniquement des connaissances ? De quelle façon ? Egalement des comportements et des valeurs ? Le développement de leur autonomie ? Ou au contraire leur formatage en vue d’une insertion sans heurt dans la société ? Tout le monde est perdu. Tout le monde doute. Parents et enseignants s’affrontent au-dessus de la tête des enfants.

Pour une collaboration heureuse entre l’école et la famille

Pourtant, il suffit d’un peu de bon sens pour sortir de l’impasse. Et des exemples montrent, dans certains pays (la Finlande, toujours elle !) ou certaines écoles (Freinet, Montessori, Decroly, Steiner…), qu’une solution intelligente et harmonieuse est possible. Avoir de petites écoles de quartier au lieu des écoles énormes qui ne permettent pas un bon dialogue avec l’extérieur. Former les enseignants au point d’en faire de véritables experts de l’éducation (pédagogie, psychologie, connaissances). Reconnaître et valoriser cette expertise. Informer les parents sur la nécessité de faire confiance : à chacun son métier. Leur montrer que l’éducation à l’école n’est pas que scolaire. Leur permettre de participer à ce qui se fait en classe et de collaborer avec l’école.

Enfin, insister, dans un climat apaisé, sur la complémentarité école/famille pour le développement harmonieux et complet de l’enfant : confiance en lui, autonomie, rigueur, organisation de son travail, équilibre personnel, respect des autres, sens civique, auto-discipline, affirmation et argumentation de ses idées, etc.

La démocratie, ça s’apprend… ou pas !

S’exprimer

Comment a-t-on le culot de se plaindre de l’abstention des adultes ? Alors que, dans le même temps, par une pratique quotidienne et étalée sur toute leur scolarité, on apprend aux enfants que donner son opinion est souvent moins rentable et plus risqué que de fermer sa bouche. Dans l’enseignement magistral traditionnel et dans l’éducation que donnent de nombreux parents, l’opinion de l’enfant n’a, au mieux, pas de poids, au pire même pas l’occasion de s’exprimer.

Si l’on veut des citoyens qui réfléchissent puis s’expriment, qui défendent leur point de vue, qui l’argumentent, tout en écoutant l’opinion des autres, il faut leur montrer dès l’enfance que c’est utile et intéressant. J’ai vraiment l’impression d’enfoncer une porte ouverte ! Et pourtant…

Photo Ecole Freinet de Fox

Echanger

Dans l’enseignement participatif (Montessori, Freinet, Decroly, Steiner, etc.), il existe toujours des forums d’enfants, où sont débattus les grands et petits sujets qui concernent la classe. L’opinion des enfants est prise en compte. Elle a un impact. Ils apprennent à l’exposer et à la défendre de façon claire, convaincante et respectueuse. Un « bâton de parole » se transmet parfois de main en main pour matérialiser qui a le droit de parler et doit être écouté. Chacun a l’occasion de dire ce qu’il pense à son tour. Chacun apprend à écouter les autres et à analyser leurs propos avant de les faire siens ou de les contester.

Se faire une opinion personnelle

Comment a-t-on le culot de s’étonner de voir se formuler des votes protestataires plus ou moins moutonnesques ? L’analyse, la réflexion, l’argumentation, la contestation réfléchie, l’invention d’alternatives et la proposition de solutions ne sont pas innées ! Cela s’observe, s’apprend et se cultive.  Le remède à l’obscurantisme et au populisme est dans l’éducation. Est-ce que je ne viens pas d’enfoncer une deuxième porte ouverte ? Pourtant…

 

La classe Freinet : liberté et organisation

« La classe Freinet c’est la pagaille généralisée »(Faux !)

Les détracteurs de la pédagogie Freinet pensent et disent qu’une classe Freinet, c’est le désordre, la colonie de vacances… pour ne donner que les qualificatifs les plus polis. C’est méconnaître totalement le travail énorme mais discret, parfois même “en coulisses” de l’instituteur Freinet. Ce qu’un observateur superficiel peut prendre pour du désordre est en fait une liberté très grande pour les enfants et une rigueur aussi grande du côté de l’enseignant.

« L’enseignant Freinet se la coule douce » (Faux !)

Le but, et l’équilibre délicat qu’il faut atteindre, consistent à permettre aux enfants de s’épanouir pleinement, de chercher, d’expérimenter, de bouger dans la classe, de communiquer, de s’exprimer librement… tout en acquérant des méthodes de travail, de la rigueur, des compétences, des connaissances, un esprit curieux et créatif. Pour cela, l’enseignant doit toujours garder le contrôle dans sa tête. Il doit être disponible et réactif, pour sauter sur les bonnes occasions d’apprentissage, pour canaliser le foisonnement, pour vérifier qu’aucun enfant n’est laissé de côté ou ne se trouve en souffrance d’une façon ou d’une autre.

« Dans la classe Freinet on ne couvre pas le programme » (Faux !)

L’enseignant doit aussi garder en tête les buts généraux ou officiels à atteindre
(ex : apprendre à lire, “couvrir” tous les points fondamentaux du programme, etc.), mais sans imposer aux enfants un ordre et un rythme préétablis et communs à tous et sans les déposséder de leur faculté créative. En pédagogie Freinet, on couvre en général les programmes plutôt deux fois qu’une et de façon concrète, vécue, chargée de sens. Mais il est bon, surtout au début pour se rassurer et pour pouvoir opposer de bons arguments aux éventuelles critiques de la hiérarchie ou de l’inspection, de créer ses propres outils d’évaluation et de contrôle.

Enfant passif, enfant acteur, enfant auteur

L’enfant passif

Il est bien sûr très majoritaire dans l’enseignement traditionnel. Tout simplement parce qu’on accepte et, souvent, parce qu’on VEUT qu’il le soit. Il est timide et participe peu ? Dans une classe de trente avec cours magistraux, il est vite oublié dans son coin. Il est très « sage » ? Il écoute ce qui est dit, enregistre ce qu’il peut, apprend par cœur le reste à la maison et le régurgite le lendemain dans un contrôle où on notera surtout le résultat et très peu, voire pas du tout, le raisonnement. Quel qu’il soit, il se rend vite compte qu’il a tout intérêt à ne pas trop se manifester car, s’il le fait, il prend le risque de commettre des erreurs et d’être sanctionné pour cela. De toute façon, l’espace où il est prévu qu’il doive faire appel soit à son imagination soit à son initiative est très réduit.

L’enfant acteur

La pédagogie active donne à l’enfant un place toute différente. Elle le place dans des situations où c’est lui qui choisit, cherche, dialogue, collabore avec ses camarades, utilise à sa façon les documents et les outils mis à sa disposition par l’enseignant. Elle le responsabilise en le faisant participer à l’élaboration de son programme d’apprentissage (pédagogie de contrat) et à l’évaluation de son travail et de celui des autres (autoévaluation, évaluation par les pairs). Elle cultive sa confiance en lui en acceptant l’erreur comme une étape nécessaire pour progresser. Elle favorise son autonomie en mettant à sa disposition du matériel qu’il peut utiliser sans l’aide ou la censure de l’adulte (fichiers autocorrectifs chez Freinet, matériel avec contrôle de l’erreur intégré chez Montessori…).

L’enfant auteur

Voilà la troisième étape, celle qu’on ne rencontre pas dans toutes les classes, même en pédagogie active. Pour que l’enfant auteur se révèle, il faut une attitude et un esprit particuliers de la part de l’éducateur.

D’abord, qu’entend-on par enfant auteur ? C’est par exemple celui qui va réellement créer dans le domaine artistique : il dessine ou sculpte ou chante ou écrit ce qu’il veut, quand il veut. Il part sur des voies différentes de ses camarades parce qu’il suit sa propre personnalité et ses propres goûts. Il cherche à améliorer ses créations en se documentant et en se cultivant. Il a appris progressivement à se sentir libre de s’exprimer à sa manière. Ou c’est celui qui va faire des inventions techniques plus ou moins élaborées, des expériences originales… et se livrer, petit à petit, à ce qui l’intéresse le plus, découvrant et révélant ainsi sa propre voie d’excellence.

Cela n’est possible que lorsque l’enseignant favorise dès le départ l’initiative et l’indépendance d’esprit dans sa classe. Pour cela, il faut que cet enseignant soit lui-même capable de remettre en cause ce qu’on lui a appris dans sa formation, de se faire ses propres idées, de ne pas suivre une méthode comme s’il s’agissait d’une règle immuable et figée. Il faut qu’il invente lui-même en permanence selon le contexte, les enfants avec qui il travaille, les moyens du bord, etc. Il faut qu’il soit capable d’évoluer, de changer de cap, d’adapter et de s’adapter. Il faut qu’il soit lui-même acteur et auteur de son travail.

Connaissez-vous des enseignants de ce genre ? On les reconnaît tout de suite ! En général, ils adorent leur métier, le font sans compter, ne s’y ennuient jamais et… leurs élèves les adorent.

***

Un exemple au collège-lycée Freinet de La Ciotat : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/05/12052014Article635354691651630131.aspx

S’engager dans la pédagogie Freinet : extraits de l’introduction

Un paradoxe

La pédagogie Freinet a fait ses preuves, souvent de façon éclatante, dans nombre d’expériences scolaires officielles ou non, publiques ou privées. Elle offre des réponses avérées aux problèmes de désintérêt des enfants pour l’école, d’absentéisme, de violence, ou plus généralement d’échec scolaire. Elle est à la base de l’enseignement public en Finlande, présenté comme l’un des meilleurs du monde occidental et grand “gagnant” des enquêtes PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), l’évaluation internationale – d’ailleurs contestable – mise sur pied par l’OCDE, qui vise à tester les compétences des élèves de 15 ans.

Pourtant, elle est peu pratiquée en France, où elle est née, et même lorsqu’elle est connue, elle est souvent méconnue : les gens en parlent comme si elle était synonyme de laisser faire et de désordre.

Pourquoi, dans notre pays, si peu d’enseignants, débutants ou non, se tournent-ils vers la pédagogie Freinet ? Il ne s’agit pas d’un refus de la pédagogie “moderne” ou active. Loin de là. La pédagogie Montessori, par exemple, connaît au contraire un engouement croissant. Il ne peut s’agir non plus, seulement, de l’opposition évidente de l’Education nationale pour tout ce qui sort un tant soit peu du modèle classique.

Aider les enseignants à démarrer

Nous sommes parties de l’hypothèse que cette situation vient du fait que les jeunes enseignants ne savent pas par où commencer avec la pédagogie Freinet. Pas plus, d’ailleurs, que les enseignants lassés du modèle traditionnel et qui voudraient se reconvertir.

Pour la pédagogie Montessori, il y a le matériel, support attractif et commode, qui séduit les enfants et qu’accompagnent des démarches en apparence simples. Cela encourage les débutants. Sans les empêcher de continuer à chercher et à améliorer leurs pratiques une fois qu’ils sont “en chemin”.

Il n’existe pas de telle passerelle pour la pédagogie Freinet. Freinet lui-même craignait au plus haut point que l’on n’utilise que les “outils” Freinet sans en appliquer l’esprit. Au début d’un fascicule (de… 12 pages à peine !) intitulé “Comment démarrer ? Guide pratique pour le débutant”, il écrivait :

C’est contraints et forcés que nous offrons ce memento à nos camarades désireux de s’initier aux techniques Freinet.

Nous ne voudrions pas que la publication de ces notes puisse laisser croire que nous vous engageons ainsi dans une opération facile, et qu’en suivant nos conseils vous réaliserez la classe moderne de vos rêves.

Vous aborderez au contraire une des tâches les plus délicates : reconsidérer vos techniques de travail, celles qui vous sont presque naturelles parce que vous les avez subies pendant tant d’années, et qu’on vous a enseignées par surcroît à l’EN, celles qu’on pratique communément autour de vous, et dont vous ne vous dégagerez qu’à grand peine. (…) Ce memento n’est d’ailleurs pas un guide-âne. (…) Il ne peut y avoir de truc standard valable pour toutes les classes, mais l’essentiel à mon avis est de bien se pénétrer de l’esprit, de l’optique dans lesquels il faut travailler, et, nanti de toutes les idées glanées ça et là, de les adapter à sa personnalité et à la physionomie de sa classe.

Il en est ainsi. Le métier d’instituteur n’est jamais passif. Quiconque n’use que de trucs et de mécaniques qu’il répète au cours des ans ne saurait être un éducateur digne de ce nom. Et nous avons l’ambition de former des hommes conscients, aimant leur métier, capables de vivre avec leurs enfants sans routine ni œillères.”

Des pistes et non des recettes

Après une telle volée de bois vert, nous n’allons bien sûr pas faire ce que Freinet lui-même refusait. Mais dans la jungle touffue semée d’embuches que représente le chemin d’un enseignant débutant dans le contexte actuel, notre livre est là pour débroussailler le terrain et lui permettre de simplement faire les premiers pas. Aujourd’hui, il n’y a plus l’EN (Ecole Normale) dont parle Freinet. Il n’y a même plus de véritable formation pédagogique. Nous ne voudrions pas que les nouveaux enseignants laissent de côté la formidable pédagogie Freinet, simplement parce qu’ils sont déroutés, voire dégoûtés, et ne savent pas comment commencer. Ensuite, ils pourront se plonger dans la communauté de l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) pour se documenter plus avant, se former à des techniques particulières et échanger sur leurs pratiques : la pédagogie Freinet s’est toujours appuyée sur le groupe.

Pour le moment, avec ce livre, nous voulons simplement leur donner confiance. Nous voulons tenter de leur fournir les fondations sur lesquelles ils pourront construire progressivement leur propre démarche pédagogique, en toute liberté et en observant, au fil du temps, ce qui se passe dans leur classe. Ils pourront même remettre en cause ce que nous écrivons dans les pages qui suivent ! Peu importe : ils auront démarré.

Notre livre est là aussi pour souligner à quel point ils seront récompensés dans leurs efforts : la pédagogie Freinet est réellement gratifiante et efficace, pour les enseignants comme pour les élèves. Et, pour reprendre les propos de Freinet déjà cités, elle permet aux enseignants de devenir “ des hommes (et des femmes ! un peu macho, Freinet ? Non, simplement de son temps, bien que très moderne !) [des hommes et des femmes, donc], conscients, aimant leur métier, capables de vivre avec leurs enfants sans routine ni œillères”.

Pour vous procurer le livre : http://ecole-vivante.com/pedagogie-freinet.html

 

Ne crie pas sur les toits que tu vas faire de la pédagogie Freinet !

En train de travailler à un livre sur la pédagogie Freinet, je suis tombée par hasard sur cette page du groupe ICEM de Haute-Savoie, intitulée « Comment démarrer en pédagogie Freinet ? » : http://www.ac-grenoble.fr/ecole/74/icem/spip/spip.php?article52

Quand on la lit jusqu’au bout, on rencontre, écrit en capitales, ce conseil magnifique : NE CRIE PAS SUR LES TOITS QUE TU VAS FAIRE DE LA PEDAGOGIE FREINET.

Le pire, c’est que l’auteur a tout à fait raison.

Voilà où on en est, en France, en 2013, un siècle après l’invention, dans notre pays, de cette méthode extraordinaire. Pendant ce temps, en Finlande, on applique la méthode Freinet à grande échelle, sur volonté expresse du ministère de l’Education, avec l’appui d’une formation pédagogique très poussée, dans des classes de 20 enfants au maximum, avec le soutien d’une population ravie de ses enseignants, de leurs résultats et de l’éducation de leurs enfants. Et la Finlande caracole en tête des enquêtes comparatives internationales sur les performances scolaires, année après année.

Chez nous ? Annoncer que l’on va faire de la pédagogie Freinet, c’est, encore aujourd’hui, risquer de se mettre d’emblée une partie des parents à dos et d’éveiller la méfiance de ses collègues et de sa hiérarchie.

La seule solution pour les jeunes enseignants convaincus par la pédagogie Freinet consiste à retrousser discrètement leurs manches, à s’inscrire dans un groupe Freinet pour se sentir moins seuls, à mettre les enfants au travail dans une ambiance sereine et propice au développement harmonieux de chacun et à attendre février ou mars, comme le conseillait d’ailleurs Freinet lui-même, pour inviter les parents à assister à une classe et à découvrir, ébahis et enfin conquis, les productions et les compétences de leurs enfants.

Heureusement, une fois leur réputation assise grâce à des preuves évidentes de réussite éducative, ces enseignants pourront commencer à faire la promotion de leur pratique. On ne sait jamais… cela convaincra peut-être un jour un Ministre de l’Education.

Les intentions de la pédagogie Freinet

Freinet sur France culture

Enfin une excellente émission sur Freinet, ce matin, sur France Culture ! Pourquoi excellente ? D’abord parce qu’elle offrait l’occasion d’entendre la bonne grosse voix de Célestin Freinet et son merveilleux accent provençal. Ensuite et surtout parce que, pour une fois, on ne s’étendait pas sur les pratiques, qui commencent à être bien connues, en particulier parce qu’elles sont beaucoup passées dans la pédagogie traditionnelle (sans qu’on se souvienne que Freinet les a inventées et souvent sans que l’on retienne l’esprit qui doit les accompagner).

Au contraire, toute l’émission a tourné autour des intentions. A quoi doit servir l’école, selon Freinet ? Comment peut-on enseigner pour qu’elle remplisse son rôle ? Comment doit-on considérer l’enfant pour que son éducation lui serve à quelque chose ?

Pour tous ceux qui n’ont pas pu entendre l’émission, ou qui ne sont pas les rois du podcast, ou qui vivent sur les plateaux algériens, comme Nora :-)… voici un résumé des principales idées, citées dans l’ordre de l’émission.

Intentions et moyens de l’enseignement Freinet

– L’école Freinet établit en permanence un lien entre la classe et l’extérieur et doit préparer l’enfant à s’intégrer harmonieusement dans la société, en favorisant son accès à toutes sortes de disciplines.

– Elle cherche à préparer toutes les possibilités de chacun, sans privilégier l’intellect, contrairement à l’enseignement traditionnel, mais en tenant compte de ce qui est de l’ordre du sensible, de l’affectif. Freinet constate que l’individu n’est pas que connaissance et que sa part de sensibilité a une très grande résonance dans ses comportements. L’école doit donc tenir compte du fait que l’enfant est une personne complète, même si sa personnalité n’est pas encore achevée.

– L’enseignement Freinet intègre l’expérimentation comme une composante fondamentale de l’acquisition de connaissances et comme un moteur essentiel de créativité et de progrès. Pour cela, la classe devient un véritable atelier qui permet à l’enfant de se frotter à toutes sortes de matériaux et de techniques. Dans un tel cadre, les enfants font fonctionner leurs mains autant que leur cerveau et chacun trouve un jour ou l’autre les domaines où il excelle, qui ne sont loin d’être les mêmes pour tous.

– L’école Freinet se fait aussi avec la complicité des parents… Comme il n’est pas toujours faciles de les conquérir aux idées audacieuses et aux pratiques inhabituelles, inutile de chercher à tout leur expliquer dès le début. Mieux vaut les convaincre par l’exemple. Pour cela, l’instituteur organise, vers le milieu de l’année scolaire, une classe exposition : il dispose dans la salle les créations et les réalisations des enfants, il met les enfants au travail comme à l’habitude (chacun occupé à ce qu’il a en cours, seul ou en petit groupe) et il ouvre la classe aux parents. Ceux-ci peuvent ainsi voir la concentration des enfants, leur sérieux dans leur travail, la diversité de leurs activités et la réussite de leurs réalisations.

– Ce sérieux au travail vient du fait que l’enseignant redonne toute sa noblesse à l’idée-même de travail. L’enfant est heureux et fier de travailler parce qu’il réalise quelque chose d’utile, pour lui ou pour les autres. On ne cherche pas à le motiver. C’est son travail lui-même et ses enjeux difficiles et intéressants qui le motivent. On est loin des activités ludiques plus ou moins gratuites ou destinées à masquer l’ennui d’un apprentissage peu utile.

– L’école Freinet cherche à favoriser chez l’enfant l’acquisition de la confiance et de l’audace qui lui permettront d’exprimer ses idées avec courage et liberté, plus tard, dans la société, même si ces idées s’opposent au modèle ambiant. Les grands inventeurs ont tous eu besoin de cette audace et de ce courage pour trouver puis pour imposer la nouveauté de leur apport. Selon Freinet, l’école n’est pas faite pour adapter l’enfant à la société mais pour lui donner l’esprit critique et le sens des responsabilités nécessaires à sa vie d’adulte autonome, inséré dans la vie démocratique mais aussi dans ses débats.

– Enfin l’enseignant Freinet ne donne pas de notes qui ne servent qu’à classer les enfants et ne les aident pas à progresser. Quand un enfant échoue, il recommence, il se renseigne, il fait des efforts… puis il réussit. Il arrive aussi qu’il ne réussisse pas : nul n’est doué pour tout. L’école Freinet ne fait cependant pas l’impasse sur l’évaluation, utile à la progression. Chaque fin de semaine, les enfants présentent leurs réalisations au groupe et on en discute ensemble. Il existe aussi des brevets, assez nombreux pour couvrir un large éventail de compétences (brevet de mécanique, de récit, de calcul, de natation, d’électricité, d’orthographe, de chanson, de dessin, de grammaire de niveau 1, 2, 3…). En fonction de leurs réussites, les enfants obtiennent dix, douze, vingt brevets dans l’année. Certains brevets sont obligatoires et constituent un socle de connaissances ou de compétences nécessaires pour tous. D’autres sont facultatifs, liés aux talents et aux goûts de chacun. Ils devraient normalement servir à orienter intelligemment les enfants vers leur futures formations ou études et, plus tard, un métier qui leur convienne réellement.

Un résumé un peu sec

Cette énumération ne rend qu’imparfaitement compte de la fluidité de l’émission de ce matin, entrecoupée d’extraits d’une conférence donnée par Célestin Freinet en Suisse en 1958, de commentaires de Philippe Meirieu, d’extraits de la bande sonore du film L’école buissonnière, où Bernard Blier campait un Freinet à l’accent… étonnamment parisien !

Toutes mes excuses à Emmanuel Laurentin et à l’équipe de La Fabrique de l’Histoire et merci pour cette belle réussite.