Un réseau de collèges alternatifs, en construction

“Nous souhaitons travailler de concert avec les autres expériences de collèges « autrement » existant en France, publics et privés, et de pédagogie Montessori mais aussi Freinet ou institutionnelle. Ces échanges peuvent nous permettre à la fois de créer un centre de ressources solide, permettant à d’autres porteurs de projet de mettre en œuvre des solutions nouvelles au collège, de mutualiser des compétences, des formations, des expériences, et de créer une dynamique d’échanges entre collégiens, nécessaire et positive.” Voici ce qu’annonce le Collège international écologique Montessori de Rennes, en préambule d’un séminaire autour de la création d’une école, d’un collège ou d’un lycée différent, et création d’un réseau d’établissements laïcs associatifs. D’autre part, le site présente un liste intéressante de collèges alternatifs. Nous pensons à tous ces parents qui nous écrivent régulièrement pour nous demander des adresses de collèges de ce type pour leurs enfants.

Expliquer la pédagogie Freinet : pas toujours réussi

On trouve rarement un reportage un peu complet ou surtout assez clair sur l’école Freinet.

Cette petite vidéo de Capcanal nous semble s’en sortir plutôt bien.

Qu’en pensez-vous ? Deux petits bémols. C’est bizarre, normalement on ne parle jamais ni de notes ni de classement des enfants, en pédagogie Freinet, même attribués et établis par les enfants eux-mêmes. En même temps, cela souligne la liberté d’interprétation de la part des enseignants qui appliquent la méthode Freinet. Autre chose… nous aimons bien Philippe Mérieu à l’Ecole Vivante car il défend depuis des années des idées très fortes et importantes à propos de l’école. Mais pourquoi aller toujours le chercher, lui, dès qu’il s’agit de parler de pédagogie ? A force, le public doit franchement se lasser de le retrouver toujours comme MONSIEUR pédagogie. Il y en a d’autres ! Le film s’en sort pourtant très bien pour montrer que – Freinet ne signifie pas désordre, – l’enseignant fixe un cadre rigoureux compris et accepté par tous dans lequel les enfants agissent en grande liberté et en toute autonomie – les enfants apprennent les compétences habituelles mais aussi à vivre ensemble, à dialoguer, à prendre des responsabilités, à être un citoyen qui a des idées, les défend, vote, etc. – il y a beaucoup de créativité dans la pédagogie Freinet – l’école n’est pas séparée de la vie de tous les jours et les parents y sont les bienvenus. On voit aussi, grâce au film, des enfants qui se parlent sans crier, en s’écoutant mutuellement, qui bougent naturellement dans la classe et dans l’école, qui s’expriment avec clarté, qui travaillent calmement et avec attention, seuls ou à plusieurs.

La morale, encore un serpent de mer républicain

Excellent article dans le Monde de l’éducation du 4 septembre (ci-dessous). Pour mémoire, aussi bien chez Montessori que chez Freinet, la morale ne s’apprend pas, elle se vit. Elle ne s’enseigne pas, elle se montre par l’exemple. Deux liens intéressants, avant l’article du Monde : La morale en version Freinet sur le site d’une enseignante ; Un site de ressources sur l’éducation à la non-violence. Le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, a annoncé lors de sa conférence de rentrée, mercredi 29 août, qu’il souhaitait développer l’enseignement de la morale laïque « du plus jeune âge au lycée ». A la suite d’un appel à témoignages lancé sur lemonde.fr, des enseignants nous ont fait part de leur expérience en classe.

Pour nombre d’entre eux, l’enseignement de la morale fait déjà partie du quotidien.

    • « Une conduite irréprochable » plus importante qu’un cours, par Nicole L.

Ancienne directrice en élémentaire, je pense que la morale se pratique tout au long de la journée, un cours ne remplace pas le vécu dans la classe, dans la cour… C’est en priorité une conduite irréprochable que doivent avoir les enseignants : être a l’heure, dire bonjour aux élèves, être présent dans les activités parascolaires, respecter chaque élève…

D’autre part, l’enseignement de la morale laïque a une connotation trop politique. Les parents ont aussi le choix des valeurs à enseigner à leurs enfants. Il faut aussi garder du temps pour les matières fondamentales, savoir bien lire permet de choisir des textes permettant à chacun de s’identifier et de se former.

  • « Le professeur est déjà un vecteur d’éducation morale » par Jean-Jacques B., 60 ans, professeur de lettres en lycée en Bretagne.

En tant que professeur de lettres, il me semble difficile de ne pas aborder les problèmes de morale en cours au travers des œuvres étudiées. Par ailleurs, régulièrement, la vie de classe amène l’enseignant que je suis à rappeler aux élèves les droits de l’homme, les valeurs de la République, les principes fondamentaux de l’humanisme au quotidien.

Donc le professeur, à mon sens, est déjà – c’est une lapalissade – un vecteur d’éducation… morale entre autres. Tout cela pour souligner la tendance, en France, qu’ont les instances dirigeantes à enfoncer les portes ouvertes et à préconiser officiellement des mesures qui existent déjà dans la pratique. Plutôt que d’observer ce qui se fait et de l’encourager sur le terrain, on annonce d’en haut de grandes décisions comme s’il s’agissait d’un grand tournant de la politique éducative dans ce pays. C’est ridicule !

  • Des « débats philo » pour éveiller des « consciences citoyennes », par Anne B., professeure de français.

Je suis enseignante de français dans le secondaire et, plus que des cours de morale, nous animons avec les élèves de 3e des « débats philo », dont la forme est très simple : un élève apporte une citation, une image d’actualité, un support quelconque qui, pour lui, donne lieu à discussion. En général, l’élève est en accord avec le propos qu’il rapporte en classe mais il arrive qu’il apporte une phrase qu’il désapprouve. Il expose son point de vue en l’argumentant.

Dans un second temps, les élèves prennent la parole pour exposer leur point de vue puis l’enseignant lance alors le débat sous la forme d’une question posée à la classe qui élargit le sujet à une question philosophique.`

Je termine la séance par la lecture d’une des « philofables » de Michel Piquemal qui illustre par un récit le thème abordé par l’élève. Ainsi, les sujets qui préoccupent ces jeunes de 3e – de la violence à la justice en passant par l’apparence, l’héroïsme ou la différence – sont abordés. Est-ce de la morale ? Nous travaillons plutôt l’éveil des consciences citoyennes et l’écoute des opinions diverses, la nécessité d’argumenter pour donner une opinion qui soit le fruit d’une réflexion et non d’une simple émotion.

  • « Il n’est de morale qu’en action », par Alain C.

Il n’est de morale qu’en action.

On peut connaître par cœur beaucoup de « règles » et être un parfait aigrefin. Les « leçons de morale » de la IIIe République soigneusement calligraphiées n’ont jamais fait disparaître voleurs ou escrocs. Je pense avoir beaucoup fait pour la « moralité » (je préfèrerais cependant le terme « éthique ») de mes élèves, et je me suis toujours refusé à faire des cours de morale. C’est en étant moi-même très rigoureux dans le respect dû aux élèves et en instaurant un travail collectif fait de franchise et de solidarité que je les ai amenés à développer leur attention aux autres – ce qui est l’essentiel de la « morale ».

  • « La morale est assénée, la philosophie élève », par Manu L., professeur des écoles.

Le mot « morale » me gêne. Est-ce l’expression « faire la morale » qui me guide à le dénigrer ? J’enseigne depuis sept ans exclusivement en ZEP [REP, réseau d’éducation prioritaire, maintenant] et j’ai toujours favorisé, lors d’un enseignement spécifique, une réflexion sur les valeurs qui fondent de près ou de loin le « vivre ensemble ». Mais c’est plus la philosophie, même avec des enfants de CP que j’utilise pour y parvenir. Partir de situations anodines qui mettent en jeu des valeurs (je dirais plutôt des concepts philosophiques), permet de se décentrer de son propre point de vue, de comprendre que la discussion même peut faire avancer la pensée. La morale laïque semble pompeuse et poussiéreuse. Alors que confronter sa pensée au concept philosophique de liberté amène celui de l’égalité. C’est ce qui amène à la compréhension active des règles de vie, c’est ce qui amène à considérer la loi comme un garde-fou pour le bien de tous.

La morale semble assénée, imposée à l’esprit humain. La philosophie l’élève en douceur, prépare les jeunes esprits à devenir des êtres qui pensent et qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Je me refuserai donc à imposer une pensée.

  • Des cours de morale aux parents ?, par M-C B.

Je trouve que la morale « laïque » est une bonne idée, reste qu’elle se pratique déjà plus ou moins au sein des cours d’éducation civique.

Il me semble urgent de redonner aux élèves des cours de savoir-vivre et de savoir-être, fondés sur le respect et les règles à suivre dans la société. Le problème, c’est que l’école doit de plus en plus pallier les insuffisances voire incompétences des parents, se substituer aux familles sans que l’autorité parentale soit ancrée comme base incontournable dans l’éducation des enfants. Je dispense des cours de morale à chaque fois qu’une déviance intervient dans mes classes, mais les élèves ne parviennent pas à faire le lien avec ce qui est pratiqué au sein de l’encadrement éducatif et celui qu’ils rencontrent chez eux.

Alors oui, ces cours de morale sont intéressants mais ne devraient-ils pas déjà être dispensés auprès des parents au préalable ?

  • « Des notions insuffisamment intégrées par les élèves », par Charlotte G., 25 ans, Paris.

Je suis professeur d’histoire, de géographie, d’éducation civique et d’histoire des arts.

Je suis républicaine, plutôt attachée à la tradition, et je n’envisage pas d’enseigner l’Histoire de France ou de donner des cours d’éducation civique (qui portent sur les institutions de la République) sans faire appel aux valeurs de la République que mentionnent par ailleurs les programmes officiels : liberté, égalité, fraternité (souvent remplacée par solidarité). Le principe d’une morale laïque est assez aisé à comprendre quand on se replace dans le contexte historique, c’est une morale qui doit être accessible à tous et entièrement désolidarisée de la question religieuse.

C’est une morale qui s’inscrit dans l’héritage des idées progressistes du XVIIIe siècle. Malheureusement, j’ai bien peur que ces notions ne soient pas toujours suffisamment intégrées par les élèves, à moins qu’ils les perdent en devenant adultes et en entrant dans une société de l’individuel, de l’égoïsme, de l’anti-social.

  • « Plus que jamais, on a besoin de morale en classe », par François L., professeur en lycée agricole.

J’ai enseigné les sciences en lycée agricole pendant cinq ans. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir avancer dans mon programme parce que des élèves perturbateurs gênaient le cours. Alors, je prenais le temps de « perdre du temps », ce temps nécessaire pour faire réfléchir toute la classe sur des sujets tels que les valeurs d’entraide, de solidarité, d’altruisme, d’humanisme et, surtout, je leur apprenais le sens de ce mot : l’empathie. En acceptant de « perdre du temps » sur mon programme, j’ai pu créer dans mes classes des débats sur la morale. Les perturbateurs, jusque-là meneurs de mauvais coups, se voyaient subitement perdre leur leadership. Des élèves plus timides s’enhardissaient à décrire combien, pour eux, l’entraide et la solidarité étaient importants. J’avais réussi : les fauteurs de troubles étaient calmés pour le reste de l’année, et ils avaient eu un cours de morale et de civisme donné par les autres élèves.

La pédagogie active est-elle (trop) ludique ?

Certains détracteurs de la pédagogie active lui font le reproche d’être “trop ludique”. Bien entendu, c’est parce qu’ils ne la connaissent pas. Mais que veulent-ils dire exactement ? Que ce n’est pas sérieux ? Que cela manque de rigueur ? Que les enfants n’apprennent rien ? Que les enseignants font de la garderie et de la démagogie ? Un peu tout cela à la fois, sans doute.

Est-ce que les enfants Montessori ou Freinet passent leur temps à jouer ?

Bien sûr que non. Il suffit d’entrer dans une classe Freinet pour voir des enfants concentrés sur ce qu’ils font, souvent en groupes, parfois seuls et sérieux à une table, parfois autour de l’enseignant.

Chez Montessori, il y a du matériel de toutes les couleurs, des perles, des cubes, des enfants par terre sur des tapis. Ils sont même souvent en chaussettes ! Ce qui donne l’illusion du jeu, c’est que le travail n’a pas toujours besoin de cahiers, de stylos, de doigts levés, et jamais besoin de notes. C’est aussi le fait que les enfants ont l’air captivés par ce qu’ils font et que l’enseignant n’est pas obligé de les rappeler au besoin de silence. On ne les contraint pas à rester immobiles. Mais ils sont toujours entrain d’apprendre, d’expérimenter, de s’entraîner, de s’entraider, de dialoguer, d’évaluer leur travail, de le programmer, de le commenter…

La vieille croyance du médicament amer

Il y a donc sous la critique du “trop ludique”, quelque chose d’irrationnel. L’apprentissage doit forcément être un peu ennuyeux et demander des efforts, sinon ce n’est pas un véritable apprentissage. Comme une pilule doit absolument être amère sinon ça ne peut pas être un médicament efficace. Or justement, la force de la pédagogie active, c’est de rendre les apprentissages si intéressants pour l’enfant qu’il ne se pose pas la question de savoir si c’est du travail ou du jeu. Il n’a pas non plus hâte d’abandonner le premier pour le second. Un peu comme un adulte passionné par son métier ne compte pas ses heures et continue à le faire quand il est en vacances.

Enfin, comme on ne donne pas de devoirs aux enfants le soir, en pédagogie active, et que donc, ils peuvent jouer, se défouler et se détendre, ils ne sont pas saturés pendant la journée.

L’erreur n’est pas une faute !

Un mauvais rapport à l’erreur

L’un des pires reproches que l’on peut faire à l’école traditionnelle, c’est de très mal gérer l’erreur :

– on interroge souvent l’enfant sur des sujets qu’on ne lui a pas appris (la dictée !),

– on le culpabilise quand il ne connaît pas la réponse (une erreur est appelée une faute),

– on le sanctionne pour ses erreurs (mauvaise note, comparaison avec ses camarades “qui connaissent la réponse, eux !”, ironie dans le pire des cas),

– on finit par l’inhiber tellement qu’il préfère se taire ou dire qu’il ne sait pas plutôt que de risquer de donner une réponse qui ne convient pas.

L’erreur est productive

Prenons l’exemple d’un labo de recherche. On y fait très souvent des erreurs. Puis on tire les conclusions de ces erreurs pour s’approcher progressivement du succès. Si le droit à l’erreur n’existait pas dans un labo, qui oserait émettre la moindre hypothèse ? On pourrait fermer tout de suite.

Dans les apprentissages, c’est la même chose. Ou cela devrait l’être ! Viendrait-il à l’idée de qui que ce soit de reprocher à un bébé de tomber sur son derrière un nombre incalculable de fois avant d’arriver à se tenir debout et à marcher ? Zéro, le bébé !

Justement, c’est en tombant qu’on apprend à ne plus tomber… et qu’on s’en souvient car on a mal aux fesses. Inutile d’en rajouter. D’essai en essai, on cherche à mieux poser les pieds, à établir son équilibre. Et comme nous découvrons tout cela par notre propre expérience, l’apprentissage est volontaire, consenti, opiniâtre. A quoi servirait qu’on nous ordonne : “Marche !” ? Et cela nous encouragerait-il qu’on nous dise : “Comment ? Tu n’y arrives toujours pas ?”

Tout le monde à droit à l’erreur

Dans une classe ou dans toute situation d’apprentissage, le droit à l’erreur est donc très important. Et il est valable pour tous, enseignant compris. Comme d’habitude, c’est à l’enseignant de montrer l’exemple. En reconnaissant sans honte qu’il s’est trompé ou qu’il ne connaît pas la réponse, l’enseignant transmet plusieurs messages : 1) Je ne sais pas tout, c’est normal. Personne n’est infaillible et on a le droit de se tromper. 2) Le fait de le reconnaître m’honore plutôt que cela ne me dessert. 3) Je vais faire tout ce que je peux pour trouver la réponse là où elle est disponible. Ainsi, j’aurai appris quelque chose de nouveau. C’est ainsi qu’on apprend.

L’auto-correction et l’auto-évaluation

Chez Montessori, le matériel comprend très souvent ce qu’on appelle “le contrôle de l’erreur” : un système qui permet à l’enfant de découvrir tout seul s’il s’est trompé, sans que la sanction vienne de l’éducateur. La Tour rose tombe si l’on ne centre pas correctement tous les cubes ; il reste des perles en trop ou il en manque si l’on ne calcule pas correctement le serpent positif, etc.

Chez Freinet, pour le calcul ou la grammaire, par exemple, les enfants travaillent sur des fichiers auto-correctifs. C’est-à-dire qu’ils peuvent à tout moment vérifier la solution, sans avoir recours au maître, sauf s’ils ne comprennent pas POURQUOI c’est juste ou faux. Le travail de groupe permet aussi une correction par les pairs, plus facile à accepter que celle qui vient de l’adulte censeur.

Grâce à de tels procédés, l’enfant apprend vite à s’auto-évaluer. Il sait très bien où il en est et ce qu’il doit faire pour progresser. Il ne demande de l’aide à l’adulte que lorsqu’il en a vraiment besoin, et il le fait sans crainte de se déconsidérer à ses yeux. Au contraire. Enfin sa confiance en lui n’est pas sapée quotidiennement. Il sait qu’il peut s’améliorer et cela lui donne envie de faire des efforts.