Bien choisir un cadeau Montessori

Le matériel montessorien : des jouets ?

On voit ici ou là, à l’approche de Noël, vanter les mérites de tel ou tel cadeau montessorien. Une précision importante : les éléments du matériel de la pédagogie Montessori ne sont pas des « jouets », au sens où, si l’enfant s’en sert sans qu’on lui ait montré la façon de l’utiliser, il passera à côté des apprentissages liés à chaque matériel et s’en lassera vite. Autant lui offrir une boîte de cubes ou une poupée. De plus, le matériel montessorien est chronologique. C’est-à-dire qu’il correspond à des âges approximatifs et qu’il demande parfois des pré-requis. Faut-il donc renoncer à donner du matériel Montessori à Noël ? Non, bien sûr, mais en choisissant bien.

Comment opérer un choix ?

Tout d’abord, vous trouverez ici une chronologie d’utilisation du matériel de Vie pratique et Vie sensorielle pour les 2-6 ans : chrono-ecole-vivante.pdf
D’autre part, voici ce que nous vous conseillons de préférence :

    • Pour un enfant de 2 à 3 ans : Le tiroir de géométrie n°1, les boîtes de couleurs n° 1 et 2.
    • De 3 à 4 ans : La tour rose, les emboîtements cylindriques, les tiroirs de géométrie, le cube du binôme, les lettres rugueuses.
    • De 4 à 5 ans : La boîte de couleurs n° 3, les triangles constructeurs.
    • De 5 à 6 ans : La table de Pythagore, le cube du trinôme.

Le matériel Montessori : des outils pour des apprentissages heureux.

Et pour les parents…

Voici une première entrée simple dans le monde montessorien pour les parents qui s’y intéressent sans trop savoir par où commencer : Montessori – Les principes fondateurs
Ce livret est gratuit, offert par l’Ecole Vivante. Vous pouvez l’imprimer et le donner aux parents avec vos cadeaux pour les enfants. Il a un double avantage : il donnera une valeur plus importante à votre cadeau et il fera découvrir nos ouvrages. C’est notre façon, utile pour tous, de faire la promotion de nos livres et de mieux faire connaître la pédagogie Montessori au plus grand nombre.

Montessori, Freinet… au secours des enseignants

Des enseignants démunis

A la suite des attentats du 7 janvier, on a demandé tout-à-trac aux enseignants de l’Éducation nationale de faire de l’éducation civique. Certains se sont retrouvés dans des situations réellement pénibles. Contestation violente, refus d’observer une minute de silence, insultes… Même dans les cas où aucune opposition ne s’est manifestée, je serais très étonnée que cette intervention ponctuelle ait servi à quoi que ce soit. Et c’est tout à fait logique. Pour qu’une action des enseignants puisse être utile, surtout dans un moment d’émotion comme celui-là, il faudrait d’abord que les conditions soient réunies depuis longtemps : confiance et respect mutuels entre les élèves et les enseignants, habitude du débat dans la classe, respect et soutien de longue date des medias et de la population pour ses enseignants…

Enseigner la compétence au dialogue ?

Parmi les meilleures solutions évoquées dans les discussions et les propositions qui fleurissent une semaine après les attentats, on parle d’apprendre aux enfants « la compétence au dialogue ». On parle d’enseigner le « savoir-être ». Autrement dit, on présente encore la solution comme un n-ième apprentissage. Il s’agit de plaquer sur l’enfant quelque chose d’extérieur à lui. A mon sens, cela ne peut mener qu’à une modification des comportements, ce qui n’est déjà pas si mal, mais ce qui est insuffisant. D’un enfant « mal-élevé » qui n’écoute ni ce que disent les autres, ni les conseils qu’on lui donne, on va faire un adolescent puis un adulte policé qui SAIT écouter, parler à son tour, argumenter… On n’aura pas aidé à développer une personnalité qui VIT profondément l’échange et du dialogue.

Aider au développement de personnalités solides et ouvertes

La pédagogie active (Montessori, Freinet et tant d’autres) ne cherche pas seulement à développer des compétences. Elle favorise le développement harmonieux des personnalités. Le but est de faire émerger en chacun un adulte assez à l’aise avec lui-même et avec les autres pour ne pas se sentir attaqué, remis en cause personnellement, lorsque quelqu’un n’est pas de son avis. Cet adulte est paisible et aime le débat parce qu’il le ressent comme un enrichissement. S’il argumente, c’est parce qu’il réfléchit et a des convictions qu’il est prêt à défendre courageusement mais en respectant celles des autres. S’il écoute, c’est parce qu’il est intéressé par le débat d’idées et la nouveauté. Il sait qu’il peut continuer à apprendre, éventuellement modifier ses opinions, changer d’idée, ou pas… sans se mettre en danger. C’est si profondément ancré en lui qu’il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle tout le temps. Ne pensez-vous pas que, parvenir à cela, c’est justement le but de l’éducation ?

Photo Vanessa Toinet. Ecole Montessori du Morvan

La mode Montessori : c’est bien ?

Comment se moucher en Montessori… hi hi !

On voit fleurir partout sur le web des « conseils » en pédagogie montessorienne liés à toutes sortes d’activités parfaitement banales de la vie quotidienne. Comment mettre ses chaussures sauce Montessori, comment créer des mobiles pour la chambre montessorienne de votre enfant, comment ceci Montessori, comment cela Montessora… On en voit aussi en librairie : sans citer de vrais titres, ce qui serait particulièrement discourtois de ma part, on trouve 1000 et une activités pour votre enfant « à la manière de » Montessori, éveiller votre chérubin grâce à des jeux « d’inspiration » montessorienne, etc. Bref, Montessori a la cote.

Tortues montessoriennes ??? !!!

Montessori au rabais ?

Cela pourrait avoir des effets négatifs, que dénoncent d’ailleurs certains articles de blogs (comme ici : http://www.hellocoton.fr/mapage/miss-barjabulle). D’une part cela transforme la pédagogie Montessori en produit marketing, avec tous les écueils que cela entraîne d’habitude. D’autre part cela ne montre qu’une partie très superficielle et même fallacieuse de cette pédagogie formidable. On ne voit que la pratique sans l’esprit, les « recettes » sans les intentions. On peut donc se désoler de voir ainsi se répandre une version très appauvrie de Montessori qui risque de fausser complètement l’image que s’en fait le grand public.

Montessori élitiste ?

Parallèlement, on voit fleurir les écoles Montessori. On dirait qu’il s’en ouvre une chaque semaine ! Malheureusement, elles sont toutes privées. Cela signifie que « l’information » qui résulte de la médiatisation de la pédagogie Montessori n’aide à la faire entrer ni dans le bagage de formation des enseignants du public ni dans les classes de l’école républicaine, gratuite et laïque (à part quelques exceptions qui prouvent que c’est pourtant possible, comme ici :  http://lamaternelledesenfants.wordpress.com/).

Montessori for everybody !

On peut encore agir pour que le phénomène de mode soit réellement utile. Pour cela, il faut continuer infatigablement à informer les parents sur les principes réels et les fondements de la pédagogie Montessori autant que sur ses pratiques et techniques. Des forums ou des pages Facebook s’y emploient avec une belle énergie (par exemple : https://www.facebook.com/groups/pedagogiemontessori/).

Il faut aussi faciliter l’accès de tous les enseignants non seulement à la formation dans ce domaine, mais à des exemples réussis, à des expériences fructueuses, à des preuves irréfutables des bienfaits de cette pédagogie pour les enfants et pour les éducateurs eux-mêmes. Nombre de nos livres ont été écrits dans ce but (ici : pédagogie montessori expliquée aux parents et aux enseignants).

A nous tous de transformer le phénomène de mode en réel progrès pour l’enseignement en France.

 

 

La démocratie, ça s’apprend… ou pas !

S’exprimer

Comment a-t-on le culot de se plaindre de l’abstention des adultes ? Alors que, dans le même temps, par une pratique quotidienne et étalée sur toute leur scolarité, on apprend aux enfants que donner son opinion est souvent moins rentable et plus risqué que de fermer sa bouche. Dans l’enseignement magistral traditionnel et dans l’éducation que donnent de nombreux parents, l’opinion de l’enfant n’a, au mieux, pas de poids, au pire même pas l’occasion de s’exprimer.

Si l’on veut des citoyens qui réfléchissent puis s’expriment, qui défendent leur point de vue, qui l’argumentent, tout en écoutant l’opinion des autres, il faut leur montrer dès l’enfance que c’est utile et intéressant. J’ai vraiment l’impression d’enfoncer une porte ouverte ! Et pourtant…

Photo Ecole Freinet de Fox

Echanger

Dans l’enseignement participatif (Montessori, Freinet, Decroly, Steiner, etc.), il existe toujours des forums d’enfants, où sont débattus les grands et petits sujets qui concernent la classe. L’opinion des enfants est prise en compte. Elle a un impact. Ils apprennent à l’exposer et à la défendre de façon claire, convaincante et respectueuse. Un « bâton de parole » se transmet parfois de main en main pour matérialiser qui a le droit de parler et doit être écouté. Chacun a l’occasion de dire ce qu’il pense à son tour. Chacun apprend à écouter les autres et à analyser leurs propos avant de les faire siens ou de les contester.

Se faire une opinion personnelle

Comment a-t-on le culot de s’étonner de voir se formuler des votes protestataires plus ou moins moutonnesques ? L’analyse, la réflexion, l’argumentation, la contestation réfléchie, l’invention d’alternatives et la proposition de solutions ne sont pas innées ! Cela s’observe, s’apprend et se cultive.  Le remède à l’obscurantisme et au populisme est dans l’éducation. Est-ce que je ne viens pas d’enfoncer une deuxième porte ouverte ? Pourtant…

 

Les TICE et la pédagogie

Où l’on reparle de pédagogie

Ce matin, quand j’ai lu les propositions du rapport Mariton (projet UMP) sur l’école, je n’en croyais pas mes yeux. On y reparle de formation des enseignants et de pédagogie ! Quel incroyable nouvelle après les coupes sombres opérées dans ce domaine pendant la présidence Sarkozy. Hélas, j’ai vite déchanté. Dans les propositions 10  (Intensifier la formation initiale et continue des enseignants aux nouvelles pratiques pédagogiques) et 11 (Accélérer la modernisation de la pédagogie), on confond, ou on feint de confondre, pour la énième fois, la pédagogie et les TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement).

Les TICE sont-ils la pédagogie ?

Est-ce qu’un crayon est pédagogique ? Est-ce qu’un cahier est pédagogique ? Est-ce qu’un ordinateur, un iPad, sont pédagogiques ? Bien sûr que non. La preuve ? On peut très bien faire un cours magistral en utilisant les TICE. On peut utiliser les TICE dans un enseignement traditionnel. Les TICE, ce n’est pas de la pédagogie, c’est de la technologie.

Un logiciel d’enseignement peut certes s’appuyer sur de bonnes pratiques pédagogiques. Encore faut-il qu’il soit conçu par des pédagogues et que les enseignants aient été réellement formés à la pédagogie pour être capables de différencier les logiciels effectivement intéressants de la poudre au yeux et des gadgets.

Parler des TICE pour NE PAS parler de pédagogie

Donc, comme d’habitude, on évite les vraies questions : comment former les enseignants à la pédagogie et à quelle pédagogie les former ? Cela permet d’éviter de remettre en cause la pédagogie traditionnelle qui continue vaille que vaille à faire des ravages, à coup de cours magistraux, de tests standardisés, de notes inutiles voire dangereuses, de devoirs à la maison… C’est bien évidemment cela qu’il faudrait changer d’abord. Pour une école où les enfants agissent, s’engagent, sont responsabilisés, sont libres de leurs choix et apprennent à leur rythme.

Lorsque les enseignants seront formés à mettre cela en place dans leur classe, le besoin des ordinateurs et des tablettes se fera sûrement sentir à certains moments. Parce qu’ils font partie de la vie extérieure à la classe, qu’ils peuvent être des outils fabuleux quand ils sont bien utilisés et qu’ils doivent donc être accueillis dans l’école, comme la cuisine, le bricolage, la lecture-plaisir, etc.

Guide COMPLET (?) de l’enseignant débutant

Une bouée de sauvetage ?

Certaines Inspections académiques diffusent un petit guide gratuit pour les enseignants débutants, élaboré l’année dernière par l’Inspection académique du Val de Marne. Il est présenté comme « COMPLET ». Du moins, c’est le titre donné au fichier pdf qui se propage sur internet. Pour être tout à fait honnête, il faut préciser que la couverture du document se contente du titre « Quelques outils pour débuter dans la classe ».

Bien entendu, au départ, il y a une intention louable. Les auteurs ont tenté de jeter une bouée de sauvetage aux jeunes enseignants que l’Education nationale a eu l’inconscience et le culot de lancer dans le flot d’une classe sans formation. On voit bien, par exemple dans le chapitre consacré à la gestion d’une classe hétérogène (p.16), que l’idée de départ, généreuse et désespérée, est de parer au plus compliqué et de fournir quelques pistes de travail aux débutants au bord de la noyade.

Mais présenter ce guide comme complet me semble assez grave. D’une part parce que, bien évidemment, l’apprentissage du métier d’enseignant est difficile, complexe et ne peut se résumer à la lecture de quelques recettes (le guide parle de « ficelles » du métier, p.11). D’autre part parce que ce qui s’exprime dans les choix et le contenu des informations fournies ne fait pratiquement référence qu’à l’éternelle méthode traditionnelle.

Un outil assez pauvre

Bien sûr, personne ne pense qu’il suffise de quelques recettes de cuisine pour faire un bon cuisinier. Alors comment quelques « ficelles » pourraient-elles suffire pour savoir

• faire des choix pédagogiques documentés et adaptés aux élèves,

• aborder un groupe d’enfants avec suffisamment de confiance pour leur transmettre cette confiance (en l’enseignant et en eux-mêmes),

• créer dans la classe une atmosphère sereine propice aux échanges et aux apprentissages,

• éveiller l’envie d’apprendre des enfants et ne pas inhiber leurs initiatives,

• faciliter le travail de chacun avec rigueur tout en restant ouvert aux événements extérieurs ou intérieurs à la classe susceptibles de fournir matière à l’éducation,

• adopter une attitude appropriée dans les situations de crise,

• s’organiser dans son propre travail de préparation et de documentation, etc.

… pour ne citer que quelques unes des innombrables composantes du métier d’enseignant ?

Et comment interpréter le fait que les expressions « pédagogie active », « pédagogie de contrat », « pédagogie de projet » ne soient présentes nulle part dans le document, mais que le mot « punition » revienne 12 fois, « sanction » 8 fois, « maîtrise » 11 fois, « gestion » 16 fois… ? Ce que l’on conseille ainsi implicitement aux débutants, c’est la posture magistrale de l’enseignant qui dispense un savoir, maîtrise sa classe et en évite les débordements.

Un outil contestable

Si le guide est présenté comme complet, en cas d’échec, le débutant se sentira seul coupable. Or on ne l’aura pas réellement préparé à sa tâche. Et on ne lui aura pas donné l’occasion d’expérimenter par lui-même dans de bonnes conditions, sans le stress du travail seul face à une classe. C’est exactement la même attitude que dans le pire enseignement traditionnel : on donne un bagage d’informations à l’enfant. A lui de les faire siennes comme il peut et d’être capable de les utiliser non seulement pour réussir les sacro-saints contrôles mais aussi pour s’en servir dans la vie. S’il échoue, c’est de sa faute.

L’intention de départ était donc louable… mais si l’on veut réellement rendre service aux enseignants débutants, il faut les former en pédagogie, voire en psychologie, leur donner l’occasion de pratiquer et d’expérimenter avant de se retrouver seuls dans une classe, les payer correctement et revaloriser leur image, leur faire confiance, faciliter leur travail en équipe, adapter les emplois du temps aux besoins réels des élèves, donner des budgets pour le matériel et les activités, etc. J’ai presque honte d’écrire cela : ça ressemble tellement à une lapalissade !!!!

La morale, encore un serpent de mer républicain

Excellent article dans le Monde de l’éducation du 4 septembre (ci-dessous). Pour mémoire, aussi bien chez Montessori que chez Freinet, la morale ne s’apprend pas, elle se vit. Elle ne s’enseigne pas, elle se montre par l’exemple.

Deux liens intéressants, avant l’article du Monde : La morale en version Freinet sur le site d’une enseignante ; Un site de ressources sur l’éducation à la non-violence.

Le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, a annoncé lors de sa conférence de rentrée, mercredi 29 août, qu’il souhaitait développer l’enseignement de la morale laïque « du plus jeune âge au lycée ». A la suite d’un appel à témoignages lancé sur lemonde.fr, des enseignants nous ont fait part de leur expérience en classe. Pour nombre d’entre eux, l’enseignement de la morale fait déjà partie du quotidien.

  • « Une conduite irréprochable » plus importante qu’un cours, par Nicole L. C.

Ancienne directrice en élémentaire, je pense que la morale se pratique tout au long de la journée, un cours ne remplace pas le vécu dans la classe, dans la cour… C’est en priorité une conduite irréprochable que doivent avoir les enseignants : être a l’heure, dire bonjour aux élèves, être présent dans les activités parascolaires, respecter chaque élève…

D’autre part, l’enseignement de la morale laïque a une connotation trop politique. Les parents ont aussi le choix des valeurs à enseigner à leurs enfants. Il faut aussi garder du temps pour les matières fondamentales, savoir bien lire permet de choisir des textes permettant à chacun de s’identifier et de se former.

  • « Le professeur est déjà un vecteur d’éducation morale » par Jean-Jacques B., 60 ans, professeur de lettres en lycée en Bretagne.

En tant que professeur de lettres, il me semble difficile de ne pas aborder les problèmes de morale en cours au travers des œuvres étudiées. Par ailleurs, régulièrement, la vie de classe amène l’enseignant que je suis à rappeler aux élèves les droits de l’homme, les valeurs de la République, les principes fondamentaux de l’humanisme au quotidien. Donc le professeur, à mon sens, est déjà – c’est une lapalissade – un vecteur d’éducation… morale entre autres.

Tout cela pour souligner la tendance, en France, qu’ont les instances dirigeantes à enfoncer les portes ouvertes et à préconiser officiellement des mesures qui existent déjà dans la pratique. Plutôt que d’observer ce qui se fait et de l’encourager sur le terrain, on annonce d’en haut de grandes décisions comme s’il s’agissait d’un grand tournant de la politique éducative dans ce pays. C’est ridicule !

  • Des « débats philo » pour éveiller des « consciences citoyennes », par Anne B., professeure de français.

Je suis enseignante de français dans le secondaire et, plus que des cours de morale, nous animons avec les élèves de 3e des « débats philo », dont la forme est très simple : un élève apporte une citation, une image d’actualité, un support quelconque qui, pour lui, donne lieu à discussion. En général, l’élève est en accord avec le propos qu’il rapporte en classe mais il arrive qu’il apporte une phrase qu’il désapprouve. Il expose son point de vue en l’argumentant.

Dans un second temps, les élèves prennent la parole pour exposer leur point de vue puis l’enseignant lance alors le débat sous la forme d’une question posée à la classe qui élargit le sujet à une question philosophique. Je termine la séance par la lecture d’une des « philofables » de Michel Piquemal qui illustre par un récit le thème abordé par l’élève. Ainsi, les sujets qui préoccupent ces jeunes de 3e – de la violence à la justice en passant par l’apparence, l’héroïsme ou la différence – sont abordés.

Est-ce de la morale ? Nous travaillons plutôt l’éveil des consciences citoyennes et l’écoute des opinions diverses, la nécessité d’argumenter pour donner une opinion qui soit le fruit d’une réflexion et non d’une simple émotion.

  • « Il n’est de morale qu’en action », par Alain C.

Il n’est de morale qu’en action. On peut connaître par cœur beaucoup de « règles » et être un parfait aigrefin. Les « leçons de morale » de la IIIe République soigneusement calligraphiées n’ont jamais fait disparaître voleurs ou escrocs.

Je pense avoir beaucoup fait pour la « moralité » (je préfèrerais cependant le terme « éthique ») de mes élèves, et je me suis toujours refusé à faire des cours de morale. C’est en étant moi-même très rigoureux dans le respect dû aux élèves et en instaurant un travail collectif fait de franchise et de solidarité que je les ai amenés à développer leur attention aux autres – ce qui est l’essentiel de la « morale ».

  • « La morale est assénée, la philosophie élève », par Manu L., professeur des écoles.

Le mot « morale » me gêne. Est-ce l’expression « faire la morale » qui me guide à le dénigrer ? J’enseigne depuis sept ans exclusivement en ZEP [REP, réseau d’éducation prioritaire, maintenant] et j’ai toujours favorisé, lors d’un enseignement spécifique, une réflexion sur les valeurs qui fondent de près ou de loin le « vivre ensemble ».

Mais c’est plus la philosophie, même avec des enfants de CP que j’utilise pour y parvenir. Partir de situations anodines qui mettent en jeu des valeurs (je dirais plutôt des concepts philosophiques), permet de se décentrer de son propre point de vue, de comprendre que la discussion même peut faire avancer la pensée.

La morale laïque semble pompeuse et poussiéreuse. Alors que confronter sa pensée au concept philosophique de liberté amène celui de l’égalité. C’est ce qui amène à la compréhension active des règles de vie, c’est ce qui amène à considérer la loi comme un garde-fou pour le bien de tous. La morale semble assénée, imposée à l’esprit humain. La philosophie l’élève en douceur, prépare les jeunes esprits à devenir des êtres qui pensent et qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Je me refuserai donc à imposer une pensée.

  • Des cours de morale aux parents ?, par M-C B.

Je trouve que la morale « laïque » est une bonne idée, reste qu’elle se pratique déjà plus ou moins au sein des cours d’éducation civique. Il me semble urgent de redonner aux élèves des cours de savoir-vivre et de savoir-être, fondés sur le respect et les règles à suivre dans la société.

Le problème, c’est que l’école doit de plus en plus pallier les insuffisances voire incompétences des parents, se substituer aux familles sans que l’autorité parentale soit ancrée comme base incontournable dans l’éducation des enfants. Je dispense des cours de morale à chaque fois qu’une déviance intervient dans mes classes, mais les élèves ne parviennent pas à faire le lien avec ce qui est pratiqué au sein de l’encadrement éducatif et celui qu’ils rencontrent chez eux. Alors oui, ces cours de morale sont intéressants mais ne devraient-ils pas déjà être dispensés auprès des parents au préalable ?

  • « Des notions insuffisamment intégrées par les élèves », par Charlotte G., 25 ans, Paris.

Je suis professeur d’histoire, de géographie, d’éducation civique et d’histoire des arts. Je suis républicaine, plutôt attachée à la tradition, et je n’envisage pas d’enseigner l’Histoire de France ou de donner des cours d’éducation civique (qui portent sur les institutions de la République) sans faire appel aux valeurs de la République que mentionnent par ailleurs les programmes officiels : liberté, égalité, fraternité (souvent remplacée par solidarité).

Le principe d’une morale laïque est assez aisé à comprendre quand on se replace dans le contexte historique, c’est une morale qui doit être accessible à tous et entièrement désolidarisée de la question religieuse. C’est une morale qui s’inscrit dans l’héritage des idées progressistes du XVIIIe siècle. Malheureusement, j’ai bien peur que ces notions ne soient pas toujours suffisamment intégrées par les élèves, à moins qu’ils les perdent en devenant adultes et en entrant dans une société de l’individuel, de l’égoïsme, de l’anti-social.

  • « Plus que jamais, on a besoin de morale en classe », par François L., professeur en lycée agricole.

J’ai enseigné les sciences en lycée agricole pendant cinq ans. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir avancer dans mon programme parce que des élèves perturbateurs gênaient le cours. Alors, je prenais le temps de « perdre du temps », ce temps nécessaire pour faire réfléchir toute la classe sur des sujets tels que les valeurs d’entraide, de solidarité, d’altruisme, d’humanisme et, surtout, je leur apprenais le sens de ce mot : l’empathie.

En acceptant de « perdre du temps » sur mon programme, j’ai pu créer dans mes classes des débats sur la morale. Les perturbateurs, jusque-là meneurs de mauvais coups, se voyaient subitement perdre leur leadership. Des élèves plus timides s’enhardissaient à décrire combien, pour eux, l’entraide et la solidarité étaient importants. J’avais réussi : les fauteurs de troubles étaient calmés pour le reste de l’année, et ils avaient eu un cours de morale et de civisme donné par les autres élèves. Oui, plus que jamais, on a besoin de morale en classe.

Les notes en classe : on “expériemente” encore !

C’est reparti ! Avec la rentrée, on sort les enfants de la plage et les serpents de la mer. FR3 pose la question cruciale : “Faut-il supprimer les notes ?”, Metro fait un nième sondage, et le ministre de l’Education parle de faire “évoluer” le système de notation scolaire.

Bref… on va encore attendre.

Pourtant : les notes accentuent le stress des enfants en difficulté ; elles sont propices à diverses injustices ; elles constituent une sanction (positive ou négative) venue d’en haut, pas de l’enfant lui-même, ce qui l’empêche de s’autoévaluer ; elles manquent de nuances, même si l’on ajoute des “,5” ou des “+” ou “++” ; elles habituent l’enfant à la compétition, pas à l’émulation. On s’arrêtera là pour ne pas lasser.

Les gens qui les soutiennent affirment :

– qu’elles facilitent le classement des élèves… mais à quoi sert le classement ?

– qu’elles permettent aux parents de savoir où en est leur enfant… mais ne serait-il pas plus intéressant de leur envoyer périodiquement des travaux faits à l’école par l’enfant ou de discuter avec eux, ou encore de les inviter à voir ce qui se passe en classe ?

Imaginez la vie courante avec des notes 🙁 Et imaginez l’école sans les notes ! 🙂

La refondation de l’école

Une telle chance !

C’est une telle chance et une telle nouveauté que les politiques fassent de l’école un sujet de concertation et un projet de travail, que nous avons eu envie d’en parler dans le premier article du blog. Tant que le changement ne sera pas accompagné d’une forte volonté “d’en haut”, nous le savons tous, rien ne pourra se faire. Et le programme montre que, pour une fois, les vrais problèmes sont identifiés par le ministère.

Des doutes

En même temps, nous ne nageons pas dans la naïveté. 3 mois pour éplucher un tel programme, pour analyser les propositions et pour en faire une synthèse qui puisse être transformée en textes de lois à appliquer malgré la crise… c’est court-court-court, voire déraisonnable. En plus, l’équipe pléthorique qui a été mise à contribution ne nous rassure pas vraiment : c’est bien d’écouter des avis différents, évidemment, mais il faudrait un an entier pour que chacun puisse développer ses idées correctement.

De plus, comme dans toutes les concertations, on n’écoute pas forcément ceux qui ont le plus d’idées ou d’informations intéressantes. Dans l’équipe actuelle il y a des chercheurs, des pédagogues, des enseignants et aussi des spécialistes de la famille et du côté “parents”. Ces gens ont depuis longtemps une bonne connaissance des problèmes. Ils ont toujours cherché, malgré le vent contraire, parfois même jusqu’à la « désobéissance”, à inventer une école intelligente, centrée sur l’enfant, efficace, donnant toutes ses chances à chacun. Il y a aussi des politiques de tous bords qui croient à leur mission et sont là pour faire entendre la voix des collectivités locales. Ils sont là aussi pour établir le lien avec le parlement qui permettra de transformer en lois et de faire appliquer les idées retenues. Bien sûr, on ne peut éviter qu’il y ait aussi quelques “grenouilleurs” de tout poil, à l’ego surdimensionné qui se débrouillent pour être de tous les comités de consultation. Comme ils parlent fort et longtemps, ils peuvent noyer le débat et faire s’enliser le projet. Ils peuvent faire que la montagne accouche d’une souris et, qu’au passage, il soit possible de dire : “Vous voyez où mène la concertation.”

Des signes encourageants

Faut-il pour autant abandonner tout espoir ? Non, non et non ! Pierre Frackowiak, auteur de “Pour une école du futur” (Ed. Chronique sociale) et, par chance, membre de l’équipe sollicitée, le dit dans un plaidoyer très énergique.

Autre signe encourageant : nous ne connaissons pas tous les membres du comité de pilotage, mais il y en a une au moins qui a l’habitude de connaître ses sujets et de parler franc : écoutez ici la courte interview de la journaliste Marie-Françoise Colombani.

Enfin, et surtout, on trouve sur le site officiel les contributions de gens et d’associations qui réfléchissent depuis longtemps sur le sujet de la refondation. Cela prouve que leurs idées sont vraiment présentes dans le débat et qu’elles ont une bonne chance d’être prises en compte. En voici quelques unes qui nous paraissent essentielles, mais il y en a beaucoup d’autres :

celle du collectif “Stagiaire impossible” sur les questions fondamentales de la formation des enseignants.

celle de l’ICEM (Freinet) sur le temps scolaire, qui fait du bien-être de l’enfant l’axe de réflexion central.

Il y a aussi celles du collectif “Ecole changer de cap”, qui a déjà formulé de façon claire, concrète et concise des propositions complètes et raisonnables dont il serait judicieux de s’inspirer.

Et si c’était possible ?

Imaginez ! Imaginez que l’on arrive à prendre des décisions qui révolutionnent progressivement notre enseignement public. Bien sûr il ne faut pas rêver : nous n’aurons pas dès demain

– des enseignants formés (en formation initiale et en formation continue) à la pédagogie Montessori ou Freinet ou à la pédagogie active en général

– les conditions pour que cette pédagogie puisse être appliquée (pas de notes, pas d’évaluations inutiles mais les moyens pour que s’ouvre la frontière entre l’école et l’extérieur et pour que les enfants apprennent l’autoévaluation, l’autodiscipline, le dialogue, le respect mutuel, le bonheur et l’envie d’apprendre)

– une revalorisation du métier des enseignants, mieux payés, soutenus par l’Etat, par leur hiérarchie et même par les médias (il est grand temps de réaliser à quel point il est ringard de dénigrer les enseignants)

– des écoles plus décentralisées, moins grosses, avec des classes ne dépassant pas 20 élèves, dans des locaux spacieux et clairs

– des formations de formateurs pour pérenniser tout cela et pour que les IUFM (ou quel que soit le nom qu’on donnera au centres de formation pédagogique) se renouvellent et deviennent réellement performants

Mais quand même ! Le but à atteindre, au fond, tout le monde le connaît. On nous rabat les oreilles avec la Finlande, pourquoi ne pas appliquer leurs méthodes ? Et pourquoi, surtout, oublier que leurs méthodes viennent de… la pédagogie Freinet ?!!! C’est quand même un monde, non, d’aller chercher des tas de solutions ailleurs et de ne même pas voir celles qui nous crèvent les yeux ?

Pour terminer, nous voudrions vous inviter à une démonstration rapide et éclatante de la différence entre l’école qu’il faut et celle qu’il ne faut pas avoir, qu’elle soit publique ou privée. Nombre d’entre vous connaissent sans doute déjà cette vidéo qui a pas mal circulé sur Internet, en anglais d’abord, puis en français, grâce à la traduction de Vanessa Toinet (Atelier graine de curieux). Elle a été créée par Trevor Eissler, l’auteur de “Montessori Madness”, un livre que l’Ecole Vivante est entrain de traduire en français et publiera bientôt. Elle parle de Montessori, mais tout ce qu’elle en dit est valable pour la pédagogie active en général. Régalez-vous :

Pour conclure, voici encore quelques liens intéressants :

– de nouvelles contributions

le site d’enseignants courageux qui ont résisté dans la tourmente

les questions posées aux citoyens si vous voulez vous-mêmes participer au débat.