Elever des enfants curieux

La plupart des gens, et surtout les parents, disent apprécier la curiosité de leurs enfants. Tous les parents voudraient que leurs enfants soient curieux, créatifs et imaginatifs. Ces qualités restent-elles pertinentes dès lors que nous prenons en compte les comportements des enfants attendus par leurs parents ?

Voici cinq qualités que presque tous les enfants curieux possèdent : la curiosité, l’imagination, l’inventivité, l’élan du test, l’intrépidité. Tous les jeunes enfants ont ces qualités. Pourtant, au fur et à mesure qu’ils grandissent la plupart deviennent un peu moins inventifs ou un peu plus craintifs. Pourquoi ? Que pouvons-nous faire pour éviter cela ?

Des enfants chercheurs

Les enfants curieux aiment poser des questions, des tas et des tas de questions. Tous les parents le savent. Avant que mes enfants commencent à poser des questions, je me souviens d’avoir songé combien ce serait amusant quand ils le feraient. J’imaginais alors nos conversations profondes et l’apprentissage qui en découlerait.

Eh bien, ce n’est pas toujours comme je l’avais imaginé. C’est vrai, il y a eu beaucoup, beaucoup de fois où j’ai aimé répondre à leurs questions. Leurs questions nous ont amenés à parler de tant de sujets différents insoupçonnables pour un si jeune âge ! D’un autre côté, je n’étais pas assez préparée pour TANT de questions –les unes après les autres, après les autres. C’est carrément épuisant !

Mais il est impossible d’étouffer ces questions sans étouffer aussi leur curiosité. Il peut y avoir des moments où je dois dire à mes enfants que j’ai besoin de faire une toute petite pause, mais j’essaie ensuite de toujours revenir en arrière et de leur demander s’ils ont d’autres questions, d’autres sujets dont ils ont besoin de parler. Plus les enfants se sentent libres de poser des questions quand ils sont jeunes, (sans peur que quelqu’un leur demande de s’arrêter ou ne se moque d’eux), plus ils se sentiront libres de poser des questions difficiles ou de demander des conseils lorsqu’ils seront plus âgés.

Prenez au sérieux les questions de vos enfants. Ils VOUS demandent une réponse. Je vois souvent des gens qui essaient de transformer les questions en d’autres questions pour que les enfants y répondent ou de les transformer en « moments d’enseignement», du type leçon sur le sujet. Si vous avez posé une question à quelqu’un, comment voudriez-vous qu’il vous réponde ? C’est ce que j’essaie de garder à l’esprit quand mes enfants me posent des questions.

Des enfants imaginatifs

Les enfants curieux ont généralement l’imagination profonde et fertile. Ils se posent des questions à eux-mêmes et pensent à toutes les façons possibles de répondre à ces questions. Très souvent, les écarts de conduite des enfants correspondent à une envie de tester une idée qui vient de leur imagination. Des questions comme : à quoi cela va ressembler, ou qu’est-ce qui va se passer si je fais cela, sont très importantes pour de jeunes enfants.

Les écoles disent attribuer de la valeur à l’imagination, mais l’imagination réelle ne peut se limiter à l’écriture ou au fait de raconter une histoire intelligente, de faire semblant de jouer pendant le temps de récréation ou même d’imaginer des façons de résoudre des problèmes de mathématiques ou de sciences (si toutefois c’est encouragé).

Que faire si un enfant imagine ce que ce serait de voler dans les airs ?  Lui serait-il permis de rêver à ce qui pourrait arriver ? Lui serait-il permis de dessiner des machines volantes pendant des heures … dans le style Léonard de Vinci ou de rêver d’un avenir où les êtres humains pourraient voler ou se téléporter eux-mêmes ? Il ne sera probablement pas à même de comprendre comment ça vole ou comment fonctionne le faisceau pour se téléporter dans un autre monde, mais il va explorer de nouveaux sujets et apprendre toutes sortes de choses amusantes. Plus important, il saura que son imagination est très appréciée et ne se limite pas à des sujets « appropriés ».

Des enfants inventifs

Les enfants curieux veulent faire de leur imagination une réalité concrète. Je pense que la plupart des enfants sont des petits inventeurs. S’ils y sont autorisés, ils inventent leur propre façon d’apprendre à marcher et à parler, de sortir de leur lit (à condition qu’ils dorment dans un lit), de lire, de résoudre des calculs et bien plus encore lorsqu’ils seront plus âgés.

C’est seulement lorsque nous, adultes, intervenons et imposons la « bonne » solution que cette inventivité naturelle disparaît progressivement. Certains enfants gardent cette qualité à l’âge adulte, ils deviennent généralement des inventeurs professionnels, des ingénieurs, des scientifiques, et ainsi de suite. Mais beaucoup plus de personnes seraient inventives et créatives dans leur vie quotidienne si elles n’avaient pas été convaincues que seuls les « experts » ou tous ceux qui ont des diplômes ou des certificats ont les bonnes solutions.

Des enfants testeurs

Les enfants curieux aiment « patouiller ». Je connais pas mal de gens qui pensent que le désordre et la curiosité ne doivent pas aller de pair. Je ne peux pas être plus en désaccord. Pour savoir comment les choses se passent, il faut pouvoir expérimenter et affronter les éventuels dégâts. Les jeunes enfants ont particulièrement besoin de faire leurs expériences.

Croyez-moi, ce n’est pas toujours une chose facile à retenir. En tant que parent, cela signifie souvent beaucoup plus de travail de négociation. Et parfois, cela peut être incroyablement frustrant. Mais, qu’on le veuille ou non, l’imagination et les dégâts vont de pair. Ma théorie est la suivante : plus l’enfant a de l’imagination, plus grands sont les dégâts qu’il va faire.

A deux ans, mes jumeaux ont emporté une tablette de beurre à l’étage et ont enduit la totalité de la chambre : les murs, les portes, les tapis et les fenêtres. Est-ce que j’ai été très heureuse de cette merveilleuse imagination à l’époque ? Non, ma première pensée a été de crier à cause de tout le travail que j’avais devant moi. Mais, je suis contente de ne pas avoir immédiatement hurlé et de ne pas les avoir « punis » à cause de leur curiosité. En plus, c’était des jumeaux !

Au lieu de cela, comme nous avons nettoyé la pagaille ensemble, nous avons parlé du beurre, d’où il provient et comment il peut tacher ; nous avons parlé de la façon dont les gens font parfois des sculptures en beurre, et, oui, nous avons aussi parlé de la façon dont ce n’est pas une bonne idée de l’étaler sur les murs ou n’importe quoi d’autre sans demander à maman et papa en premier.

Une autre fois, ils ont pris vingt-quatre bouteilles d’eau et les ont déversées dans un évier. Encore une fois, ils étaient petits et curieux de savoir ce qui se passerait. Dans ces cas, vous avez un choix à faire. Vous pouvez hurler et punir. Ou anticiper leur curiosité et leur fournir d’autres moyens de tester leurs théories qui ne causeront pas de dommages aux biens ou aux personnes.

Des enfants sans crainte

Les enfants curieux sont audacieux. Si vous avez peur que quelqu’un se moque de vos questions, vous aurez peur d’en poser. Si vous êtes limité dans la façon d’exprimer votre imagination, vous aurez peur d’imaginer quelque chose de plus grand et de plus imposant. Si vous êtes puni pour avoir créé du désordre, vous aurez peur de créer et d’inventer.

Les enfants qui sont encouragés à être curieux n’ont peur de rien. Je ne veux pas dire qu’ils n’ont pas les craintes et les inquiétudes naturelles, mais ils n’ont pas peur d’être forts, audacieux et expressifs. Ils ne sont pas préoccupés par l’insécurité et l’opinion des autres. Nous avons besoin de plus de curieux dans ce monde, des gens qui ne s’arrêtent pas automatiquement au dernier mot des autres. Les enfants intrépides, courageux se transforment en leaders, inventeurs, artistes et adultes compatissants qui résolvent des problèmes.

D’après l’article paru en anglais sur le blog “Interest-led learning » de Christina Pilington le 28/05/2011.

http://christinapilkington.com/

Une rentrée qui dépote : quel terreau pour les apprentissages scolaires ?

L’enfant et la plante

Les enfants sont des êtres en plein développement qui ont besoin d’une nourriture intellectuelle correspondant à leurs propres besoins.

Chaque nouvelle rentrée scolaire dans une classe supérieure traditionnelle correspondrait à un dépotage d’enfant pour un rempotage dans un pot plus grand dans lequel toute jeune pousse doit trouver une terre nouvelle et surtout plus riche.

La culture d’une plante demande une prise en compte précise de ses besoins biologiques. Il devrait en être de même pour les enfants. Leur éveil et leur éducation devraient prendre en compte LEUR programme de développement, leurs véritables besoins.

Maria Montessori avait observé les conditions optimales pour un développement harmonieux des enfants. L’observation scientifique des manifestations spontanées des enfants a révélé « le secret de l’enfance* » et cela sans avoir besoin d’entrer dans leur cerveau.

Semer de la graine de curieux

Le manque de concentration et d’attention des élèves en classe contraste avec la curiosité naturelle et remarquable des enfants.

C’est un constat implacable que font en majorité les enseignants en charge de classes mono-âge. D’où cela vient-il ?

  • L’élan de la rentrée et de la nouveauté (nouveaux amis, cartable, agenda …) fournit une belle énergie qui, reconnaissons-le, ne se poursuit pas à proportion du poids du cartable, de la répétition des consignes scolaires arides, du rythme des devoirs sans oublier la pression familiale.
  • La présence obligatoire des enfants est physique mais leur esprit est ailleurs … Un jeune garçon de maternelle avait même déclaré à sa maîtresse « Mon esprit est ailleurs et il ne reviendra pas ! ».
  • L’imagination enfantine déborde des lignes des cahiers, du format standard A4 des polycopiés, des cases à réponses prémâchées, des programmes bien définis et donc limités.
  • Les enfants aiment questionner, explorer, expérimenter pour apprendre.
  • Parmi les difficultés ordinaires formulées par des enseignants démunis arrivent en première place les difficultés d’incompréhension, et ce à de multiples niveaux (français, mathématiques …).
  • Les consignes scolaires sont parfois opaques ou imprécises dans leur formulation (car implicites) ou dans leur forme (ex : pas assez de place pour écrire la réponse). Situation d’autant plus absurde alors qu’on exige des enfants une restitution de leurs connaissances, de la précision, une bonne gestion de l’espace …
  • Les élèves qui « bloquent » sont souvent ceux qui refusent de marcher sur un terrain piégé où leur intelligence et estime de soi sont directement menacées.
  • Nos enfants ont besoin d’activités porteuses de sens POUR eux et surtout de BON sens.

Eliminer les mauvaises herbes (les leçons parasites)*

Les leçons parasites révèlent une réalité scolaire tabou : ce sont toutes les leçons que nos enfants apprennent malgré eux dans un système éducatif coercitif où la peur de la punition et de l’erreur associée à la compétition génère des comportements sociaux déviants comme la délation, la tricherie, le fait de ne pas aider son voisin, le manque d’initiatives …

Un engrais naturel

L’entraide entre enfants est un formidable « engrais ».

Mêler cette joyeuse énergie coopérative à une salle de classe apporte une valeur ajoutée qui bénéficie à tous (enfants et enseignants).

Il n’y a pas que le seul tutorat organisé et immuable tout au long de l’année. Les binômes les plus improbables peuvent apporter des collaborations étonnantes.

Non seulement les enfants apprennent autrement et parfois mieux mais surtout ils s’enrichissent mutuellement de leurs personnalités uniques et donc de leurs différences.

Un enfant dit « lent » devra s’ajuster au rythme d’un enfant plus rapide ; un enfant peu intéressé par la géographie y trouvera un intérêt grâce à la passion pour les pays d’un autre enfant ; un enfant manuel apportera son sens pratique à un autre enfant.

La motivation des enfants est le meilleur terreau sur lequel pourra pousser la semence précieuse de la graine de curieux.

« On ne tire pas sur la salade pour la faire pousser ».

  • Titre d’un ouvrage de Maria Montessori
  • L’expression des « leçons parasites » a été développée par Trevor Eissler, auteur de « Montessori c’est fou » (ecole-vivante.com).

Vanessa Toinet

Educatrice (AMI) et directrice d’une école Montessori. Auteure aux éditions Ecole Vivante, entre autres, de Montessori : Quand les enfants commencent après 6 ans.

La méthode naturelle d’apprentissage de la lecture

Ce texte émane de mes très heureux souvenirs d’enfant à l’école Freinet. Sylvia Dorance

Partir du texte des enfants

Nous étions tout un petit paquet, debout devant le tableau, certains se tenant par le cou ou la taille, d’autres sautillant d’un pied sur l’autre d’excitation, d’autres encore sur la pointe des pieds ou même, pour les plus petits, perchés sur des chaises, tendus vers le texte écrit en très gros et en lignes bien espacées, sur une grande affiche bleue. Nous avions tous le nez en l’air car l’Education nationale posait les tableaux trop haut. Madame avait pourtant essayé de palier l’inconvénient en punaisant le plus bas possible ce qui captait notre attention du jour.

Le texte affiché, c’était celui de l’un d’entre nous, écrit librement pour raconter un événement sans doute très fort puisqu’au vote du matin il avait fait l’unanimité. La grand-mère de Laurent avait plongé comme un joueur de rugby, tout tablier en avant, pour capturer un lapin sauvage qui s’attaquait à ses carottes. Martine avait reçu un fossile d’ammonite envoyé par son cousin (le fossile en question trônait sur une table dans un coin de la classe, promesse de toutes sortes de manipulations, recherches, dessins). Les pompiers étaient venus chez Hervé pour emporter son grand-père à l’hôpital : Hervé balançait entre la tristesse pour le grand-père et le bonheur pour le camion rouge. La fontaine du village coulait plus fort que d’habitude et Sylvie faisait des rêves de navigation échevelée. Les textes libres ! Une mine. L’élue du jour, c’était la grand-mère rugbywoman.

Collaborer pour apprendre

Luc et Louise avaient reconnu la première lettre de leurs prénoms respectifs ici. Et là, et là. Pierre avait remarqué qu’à cet endroit précis, c’était bien un L, mais qu’il n’était pas en majuscule comme pour Luc et Louise. Chacun avait alors cherché SA lettre. On avait aussi repéré toutes les majuscules. Celles qui marquaient des débuts de phrases car elles étaient précédées d’un point. Et les autres. La structure du texte se dévoilait progressivement. Au fur et à mesure, Madame entourait ce que le groupe de mini-détectives avait ainsi découvert de connu. Petit à petit, l’affiche se couvrait de cercles, de flèches reliant des lettres, des syllabes ou des mots « pareils ». Puis elle posait des questions sur les mots presque entièrement lus. A la fin, le groupe arrivait à lire tout le texte, dans l’ordre, et avec tout son sens.

Qui avait lu quoi ? On ne s’en occupait pas. Qui savait mieux lire que d’autres ? Personne ne s’en souciait. Qui n’avait pas ouvert la bouche mais seulement écarquillé les yeux et les oreilles pour préparer son propre plongeon dans la lecture, un jour prochain ? Nul n’y avait fait attention. Le groupe avait lu. Et tous savaient ce qui était écrit. Chacun comprenait très bien que les lettres représentaient les sons de nos paroles, qu’ensemble elles formaient des mots qui voulaient dire quelque chose, et que ce texte, si nous le laissions de côté jusqu’au lendemain ou même l’année prochaine, nous permettrait de retrouver exactement la même histoire car il était un moyen de la conserver et de la transmettre.

Le rôle de l’enseignant

Bien sûr, Madame avait repéré au passage les avancées ou les difficultés de tel ou tel enfant, ce qui lui permettrait, lors des travaux individuels, d’adapter à chacun ses conseils et ses pistes de travail. Elle gardait le cap de la progression de chaque enfant. Elle gardait la trace, sur ses tableaux de suivi, de chaque nouvelle acquisition individuelle. Mais c’est par la coopération et l’émulation que le groupe tout entier avançait dans l’apprentissage de la lecture, comme un petit train plein d’énergie, tiré par les plus à l’aise et remorquant ceux qui n’en étaient qu’aux premières découvertes. Nous aimions apprendre à lire. Il n’y avait aucun stress, aucune fierté particulière, aucune humiliation non plus, aucune compétition. Nous ne nous occupions que du seul but qui importe dans l’apprentissage de la lecture, comme dans celui de la parole ou de la marche : découvrir, comprendre, apprendre, maîtriser, et enfin jouir des immenses possibilités offertes par cette nouvelle compétence.

Améliorer la société

Cette coopération s’exerçait dans tous les domaines. Elle est l’un des points forts de la pédagogie Freinet mais est aussi encouragée dans d’autres pédagogies actives. Il ne s’agit pas d’une coopération imposée par des leçons de morale mais suggérée et vécue quotidiennement, agréablement, sans qu’il soit besoin de la théoriser. Elle s’applique dans le tutorat d’un enfant avec un plus jeune ou un moins talentueux dans un domaine précis, qui peut à son tour apporter son soutien dans un domaine où il excelle. Les enfants apprennent aussi très vite que la coopération permet de réaliser des tâches insurmontables seul ou de parvenir à un résultat bien plus riche et abouti que lorsqu’on réfléchit isolé. Ils vont naturellement demander de l’aide lorsqu’ils en ont besoin, gagnent du temps, comprennent plus vite. Ils deviennent plus conscients des autres, plus empathiques, plus simplement généreux et partageurs.

Vous imaginez la société qui résulterait d’une telle éducation si elle concernait non pas de petits groupes mais tous les enfants, génération après génération ? Sans faire d’angélisme, le simple bon sens permet de comprendre que, par exemple, la vie des entreprises en serait transformée. Le partage des biens et des services aurait forcément une tout autre allure. L’open source serait une évidence. La juste répartition des responsabilités et l’équilibre des rémunérations aussi.

Voir aussi  :

https://ecole-vivante.com/pedagogie-freinet.html

Quelques clichés contre Montessori

Une « nouvelle méthode » qui date du début du XXe (sic)

Je viens de lire un article (que je ne citerai pas – inutile d’en parler plus) qui constitue un condensé si copieux et haineux des clichés contre Montessori qu’il me semble une occasion parfaite de les réfuter un par un.Le premier, éculé mais toujours vivace, s’étonne qu’on appelle moderne une méthode qui date de plus d’un siècle. Ce qui est curieux, c’est que les gens qui pensent cela sont souvent ceux qui voudraient que l’on revienne… à l’école de Jules Ferry (devoirs, notes, classements, punitions, apprentissages par cœur…). Or, justement, vouloir supprimer toutes ces entraves inutiles pour permettre le développement harmonieux et autonome de l’enfant au lieu de l’inhiber et de le brimer… oui, c’est moderne !

L’école Montessori ne fonctionne que pour les enfants doués ou pour les déficients (sic)

Commençons par la contradiction inhérente à la formulation : n’est il pas étrange qu’une pédagogie fonctionne aussi bien pour les enfants à haut potentiel et pour ceux qui ont des difficultés si, justement, elle ne fonctionne pas pour tous ? Ce que cette phrase souligne surtout, c’est justement le fait qu’en tenant compte des particularités de chacun et en s’y adaptant, la pédagogie Montessori évite que l’on laisse sur la touche tous ceux qui ne sont pas absolument dans la « norme ».  Et d’ailleurs qu’est-ce que cette norme et qui la définit ? Et sur quel critères ?

Elle est dangereuse pour les autres (sic)

Dangereuse parce qu’elle les laisse libres.

L’auteur de l’article s’affole à l’idée de ces enfants à qui on n’impose rien et qui, forcément, vont en profiter pour se vautrer dans l’indolence et la paresse.C’est avoir une vision bien négative des enfants. C’est aussi se tromper lourdement : il suffit de passer quelques heures dans une école Montessori pour se rendre compte du fait que non seulement les enfants travaillent mais qu’en plus ils le font volontairement et avec plaisir.

Et c’est justement quand on les laisse libres de faire un travail qui a du sens qu’on leur donne l’occasion de devenir volontairement actifs à l’école et, plus tard, dans la vie, sans avoir besoin d’un gendarme à leur côté.

L’école ne peut se permettre d’attendre des années pour qu’un enfant apprenne à lire et calculer, et juste, travailler (sic)

Lorsqu’on sait à quel point le forçage est peu productif pour la plupart et nuisible pour un certain nombre, cette phrase fait rire. Mais rire jaune quand même ! Cette école qui n’a pas la capacité (ou la patience) d’attendre, échoue si bien qu’elle prive notre société et l’avenir de notre pays de toute une partie de ses forces vives.Au lieu de laisser à ceux qui en ont besoin le temps de s’épanouir à leur rythme pour qu’en fin de compte chacun puisse entrer de plain pied dans une vie active et créative pour le bien de tous, elle fonce bille en tête vers le mur sans se soucier des dégâts.

Belle réussite !

Les contraintes sociales sont des biens précieux pour nous apprendre à vivre ensemble (sic)

Sous-entendu : les écoles Montessori sont bien trop agréables pour préparer (armer !) les enfants à l’horreur de la vie qui les attend ensuite : compétition, égoïsme, avidité, envie de pouvoir… que sais-je ? Autrement dit : Puisque dans la vie, on prend des coups de marteau sur la tête, autant commencer le plus tôt possible. C’est inepte. D’abord parce que si la société est réellement aussi mauvaise, on ferait mieux de commencer par essayer de la réformer… en éduquant mieux les enfants pour qu’ils deviennent des adultes moins égoïstes, moins avides, etc.

Ensuite parce que, justement, c’est en donnant confiance aux enfants et en leur apprenant le dialogue qu’on les prépare à vivre en société de façon équilibrée, indépendante, ouverte.

Montessori, Freinet : un pas a été fait

Ça bouge… un peu

Je me réjouis de voir que la pédagogie Montessori commence à intéresser pas mal de gens. Je ne parle pas des grandes surfaces qui apposent l’étiquette Montessori sur tout et n’importe quoi. Ceux-là me font peur parce que loin de participer à une démocratisation dont ils pourraient tirer une réelle gloire (et un beau profit !), il galvaudent complètement l’essentiel. Je parle des parents qui cherchent à faire des activités Montessori avec leurs enfants, des blogs qui fleurissent ici ou là (expériences vécues, tutoriels…), des écoles qui se créent, des enseignants du public qui demandent des formations Montessori (hélas sans obtenir de financement de l’Education nationale), des journaux, des radios, des télés qui font des articles et des émissions.
Ça bouge ! Et c’est valable aussi, dans une moindre mesure, pour la pédagogie Freinet.

Encore un effort !

Cet engouement ne doit pas nous endormir, nous qui militons depuis des années pour que la pédagogie active devienne LA pédagogie. Au contraire ! D’abord parce qu’il y a encore une majorité de gens qui, soit n’ont jamais entendu parler de la pédagogie active, soit restent très attachés aux vieux principes traditionnels qu’ils croient, en toute bonne foi, efficaces (cours magistral, devoirs à la maison, notes, classements, récompenses et punitions…). Ensuite et surtout pour éviter ce que craignaient aussi bien Célestin Freinet que Maria Montessori : que l’on ne s’empare des pratiques et du matériel en laissant de côté l’essentiel.

Je prendrai deux exemples, l’un chez Freinet, l’autre chez Montessori.

• Imprimer un journal en classe, c’est bien une pratique Freinet.

Mais pour qu’elle soit réellement utile aux enfants et riche d’éducation autant que d’enseignements, il faut qu’elle soit l’occasion de créations libres (textes, dessins, photos, vidéos), de travail collaboratif, d’un projet pris en main en totale responsabilité par les enfants, de contacts de la classe avec l’extérieur, etc.

Sinon, ce n’est qu’une activité scolaire parmi d’autres, juste à peine plus ludique.

Photo Reuters

• Utiliser les Lettres mobiles, c’est bien se servir d’un matériel montessorien. Mais pour que ce ne soit pas un « rabachage » d’apprentissage de l’alphabet, il faut que cela intervienne à un moment précis du développement de l’enfant, lorsqu’il a envie de former des mots pour créer ses propres textes, alors même qu’il ne sait pas encore écrire. Il faut que cela se fasse quand il le demande et non quand on le lui impose. Il faut qu’on ne mêle pas deux activités au même moment : celle de créer des mots et même des textes et celle d’apprendre l’orthographe. Il faut qu’on ne censure pas ce que fait l’enfant mais qu’on le laisse profiter librement du plaisir de la découverte des symboles. L’utilisation du matériel et la mise en œuvre des pratiques reposent sur des intentions pédagogiques fortes.

Montessori : Les grands récits. Points forts pédagogiques

Un repère pour l’enfant

Les cinq grands récits fournissent une trame, une suite de repères. Ils ne sont en aucun cas des leçons (bien entendu, il ne doivent pas faire l’objet d’évaluations !). Ils sont au contraire – critère innovant ! – un outil d’éveil de la curiosité. Ils peuvent même servir à réveiller cette curiosité chez certains enfants chez qui elle a déjà été émoussée pour diverses raisons. Ils constituent le pivot chronologique sur lequel vont s’articuler toutes les investigations et tous les apprentissages ultérieurs : astronomie, géologie, climatologie, étude de la nature et du vivant (botanique, étude des écosystèmes, zoologie), préhistoire, histoire, étude des civilisations, des langues, géographie…

Un outil pour l’interdisciplinarité et la pédagogie active

Il sont également un outil d’interdisciplinarité tout à fait adapté à la pédagogie active, où les enfants font du français en écrivant sur la reproduction des manchots empereurs, du calcul en convertissant en kilomètres la dimension de notre galaxie exprimée en années-lumière ou en matérialisant la taille phénoménale de certains dinosaures, etc. Ils ouvrent sur une culture bien plus vaste que celle, “prémâchée”, des manuels. Par les grands récits, on permet à l’enfant de classer par rapport à lui-même, dans l’espace et dans le temps, tout ce qu’il découvre : les éléments les plus lointains et anciens (étoiles, galaxies, dinosaures, Homo erectus…) comme les plus proches et récents (géographie de la France, histoire de la deuxième Guerre mondiale…). Il devient le point de repère fixe. Il sait où se situer et où situer tout le reste.

Une source de motivation

Pour tirer un bénéfice maximum des grands récits, vous devez vous préparer aux élans explorateurs des enfants, être disponible et encourager ceux qui posent des questions à entreprendre eux-mêmes des recherches, seuls ou en petit groupe, dans des livres, sur internet, etc. nike dunk 2007 On comprend immédiatement à quel point il est important de mettre à leur disposition une bibliothèque riche et abondante, de leur permettre l’accès à internet (en prenant les précautions nécessaires, bien sûr, que permet l’utilisation de la fonction de contrôle parental !), de les emmener dans les musées et de leur donner la possibilité de s’immerger le plus souvent possible dans la nature. L’environnement préparé doit aussi comporter une collection de fossiles et de minéraux, un aquarium, un herbier à enrichir, un globe Montessori rugueux, un globe plus classique, un atlas, etc. Les fossiles et autres trésors naturels (roches volcaniques, etc.) peuvent servir de déclencheur ou, à l’inverse, de prolongement aux grands récits. Idéalement, l’école devrait se trouver dans la nature. Certains enfants choisiront peut-être d’orienter leurs recherches vers l’histoire des sciences et les découvreurs, ce qui va avec l’idée montessorienne des héros et des personnages à qui s’identifier. Tout cela servira à alimenter l’immense, voire l’intarissable curiosité que l’on aura fait naître grâce aux grands récits.