Pourquoi nous avons publié
le livre de Trevor Eissler

Imaginez une école où les enfants apprennent sans stress et avec plaisir tout ce dont ils ont besoin pour leur développement psychologique, moral et intellectuel… une école où ils sont heureux d’aller et dont ils parlent à leurs parents avec enthousiasme en rentrant à la maison. Cette école existe. C’est celle qui prône l’autonomie de l’enfant, la créativité, le dialogue adulte-enfants, la coopération entre les enfants ; celle qui refuse les notes, les punitions arbitraires, le bachotage.
Pour le moment, elle est surtout privée* et n’entre que trop rarement dans l’enseignement public. C’est injuste ! Il est injuste que des questions d’argent privent un grand nombre d’enfants d’une école de qualité. Il est insupportable que tant d’enfants échouent dans leurs études parce que les méthodes ne conviennent qu’à un certain type d’élèves. Il est déplorable que même ceux qui réussissent à l’école traditionnelle n’aient pas la possibilité d’y développer tout leur potentiel créatif. Il est regret-table que nombre d’enseignants n’aient qu’une idée très vague de ce que peuvent apporter les pédagogies alternatives.
Il faut que l’école Montessori devienne l’école tout court, que la pédagogie active devienne la norme dans l’enseignement public. Pour cela, il faut seulement trois choses :
• des enseignants convaincus (ils le sont de plus en plus) et bien formés,
• des parents informés et convaincus,
• pour que tous rendent enfin possible un réel changement de l’école.


Le livre de Trevor Eissler Montessori, c’est fou ! a été écrit pour informer les parents et donner à tous ceux qui travaillent avec des enfants des arguments pour convaincre. Il est simple, enrichissant, convivial. Il se lit comme un roman.
Voilà pourquoi nous avons voulu traduire et publier ce live. C’est un fabuleux outil de communication.
Bonne lecture !

Sylvia Dorance et Vanessa Toinet

*Privée et de plus en plus nombreuse pour l’école Montessori, publique mais peu nombreuse pour l’école Freinet.

L’intérêt des jeux mathématiques dans l’éducation

Un article de Michel Criton*

Je suis nul en maths

Un minimum de compétences mathématiques devrait faire partie du bagage de tout citoyen. Or les mathématiques ont une place à part dans l’éventail des disciplines enseignées à l’école.

En effet, évoquez autour de vous les mathématiques et huit personnes sur dix feront la grimace ou vous répondront “Je suis nul(le) en maths”. Aucune autre matière, que ce soit la littérature, le dessin, la musique, l’histoire ou le sport qui sont aussi enseignés à l’école, ne provoquent une telle réaction.

Pourquoi un tel rejet qui touche une majorité de gens ?

Les baignoires et les robinets

Jusqu’au début du 20e siècle, dans l’enseignement secondaire, les mathématiques ont été enseignées sur le modèle des Eléments d’Euclide (vers – 300 de notre ère) qui sont une compilation de connaissances destinée à un public savant sur le modèle “axiomes, définitions, théorèmes”. Depuis un siècle, on a introduit dans l’enseignement secondaire des activités destinées à rendre les élèves plus actifs. Ces activités s’appuient généralement sur des exemples concrets, mais c’est souvent du “faux concret”. On ne rappellera que pour mémoire les problèmes de baignoires et de robinets (de tels problèmes se posent-ils réellement dans la vie ?). Depuis une quinzaine d’années, les jeux mathématiques entrent dans les manuels du collège, mais c’est trop souvent au titre d’amusettes pour “faire passer la pilule”.

Inventer des solutions

Il faudrait ici s’interroger sur ce qu’est une activité mathématique. Est-ce seulement appliquer des règles, des théorèmes, des “recettes”, résoudre des exercices balisés ? Bien sûr, tout cela en fait partie, mais faire des maths, c’est beaucoup plus que cela, c’est aussi explorer des pistes, faire preuve d’imagination et de créativité pour résoudre des problèmes comme on doit en résoudre dans la vie. Il faut en effet distinguer exercices et problèmes. Dans les premiers, on applique mécaniquement ce qu’on a appris, tandis que dans les seconds, on doit inventer une solution (en utilisant éventuellement ce qu’on a appris), un problème pouvant souvent se résoudre de plusieurs façons. On peut citer ici les ateliers “maths en jeans” où des lycéens explorent un sujet qu’ils ne connaissent pas (et que leur professeur ne connaît pas forcément non plus), en association avec un mathématicien chercheur. Ils rédigent ensuite un article et le présentent à d’autres lycéens au cours d’un congrès.

Des jeux mathématiques à l’école

La tentative d’introduire des jeux mathématiques dans l’enseignement n’est pas nouvelle. On trouve en effet des problèmes récréatifs dans des recueils mathématiques indiens ou arabes très anciens. En Europe, on attribue un recueil de tels problèmes à Alcuin d’York (vers l’an 800). Ce recueil de textes en latin, qui s’intitule “Problèmes pour aiguiser l’esprit de la jeunesse” contient le célèbre problème du loup, de la chèvre et du panier de choux auxquels on doit faire traverser une rivière sur un bateau qui ne peut transporter que deux de ces trois éléments. Il contient aussi d’autres problèmes moins connus et tout aussi intrigants comme le suivant :

Si deux hommes épousent chacun la mère de l’autre, quel sera le lien familial entre leurs fils ?

(Les solutions des jeux sont en bas de l’article)

De nombreux mathématiciens ont ensuite introduit des problèmes récréatifs dans leurs ouvrages de mathématiques : Fibonacci, Luca Pacioli, Nicolas Chuquet, Bachet de Méziriac, Leonhardt Euler, etc.

A la fin du 19e siècle, le mathématicien Edouard Lucas (1842 – 1892) pensait que chaque notion mathématique pouvait être introduite  et illustrée par un jeu. C’est dans ce but qu’il entreprit la rédaction de ses “Récréations mathématiques” (4 tomes dont 3 publiés après sa disparition).

Le mot “jeu” a évidemment plusieurs significations. Si un jeu est une récréation, un divertissement, c’est aussi un défi à relever et à vaincre en utilisant son intelligence, comme on utilise son corps (et aussi son intelligence) dans les jeux du sport.

Un exemple pour les jeunes enfants

Mathilde choisit deux jetons parmi les cinq suivants, mais elle veut que le total des nombres sur les deux jetons choisis soit un nombre pair. De combien de façons peut-elle choisir ses deux jetons ?

L’intérêt de ce jeu très simple est qu’il permet à l’enfant de découvrir les règles de base de la parité : on obtient toujours un nombre pair en additionnant deux nombres pairs ou deux nombres impairs, mais jamais en additionnant un nombre pair et un nombre impair.

Un exemple plus compliqué : la roue magique

Il s’agit de placer des pions portant les nombres de 1 à 7 de telle sorte que les sommes de trois nombres soient les mêmes sur les trois alignements.

Une tentative “au hasard” a peu de chances d’aboutir. Il faut donc réfléchir au rôle particulier joué par la case centrale qui appartient aux trois alignements. Si on enlève le pion de cette case centrale, les sommes sur les trois alignements sont encore égales, puisqu’on enlève à toutes le même nombre. Donc la somme de tous les nombres sauf celui de la case centrale doit être un multiple de 3. On ne peut donc placer dans la case centrale qu’un nombre qui laisse la somme de tous les autres divisibles par 3. La somme de tous les pions (1 + 2 + 3 + etc.) est de 28. Le plus grand multiple de 3 est 27 (en enlevant 1, que l’on mettra au centre). Divisé par 3, 27 donne 9, que l’on peut composer en posant les pions 5 et 4, puis 6 et 3, et enfin 7 et 2 de part et d’autre du 1 central, sur les trois alignements.

L’un des intérêts de ce jeu est que lorsque l’enfant (ou l’adulte) a trouvé une solution, on peut lui demander si c’est bien la seule ou s’il en existe d’autres. Voir solutions ci-dessous.

Pour les mordus… des prolongements

Ce qui est intéressant également avec certains jeux comme le dernier, c’est que l’on peut inventer des prolongements. Par exemple, on décide de partir de la solution dessinée ici :

et de remplacer chaque jeton par son complément à 8 (celui qui, additionné à lui, donne 8). 1 est remplacé par 7 car 1+7 = 8, 2 est remplacé par 6 car 2 + 6 = 8, etc. On obtient une autre configuration qui est elle aussi une solution au jeu :

Même chose avec la solution du 4 au centre :

Et si l’on a déjà le sens de l’esthétique des mathématiques, on constate que les solutions avec 1 au centre et avec 7 au centre sont duales l’une de l’autre, et que la solution avec 4 au centre est “autoduale”.

Solutions

jeu 1 : chacun sera à la fois l’oncle et le neveu de l’autre qui sera le fils de son demi-frère.

jeu 2 : Mathilde a 4 façons de choisir 2 jetons : 1+3 ; 1+5 ; 2+4 et 3+5.

jeu 3 : 1 ou 4 ou 7 au centre, avec des sommes de 10 dans le premier cas, de 12 et de 14 dans les deux autres.

*Michel Criton a enseigné les mathématiques et est aujourd’hui président du jury du Championnat International des jeux mathématiques et logiques et président de la Fédération Française des Jeux Mathématiques.
Il est rédacteur en chef de la revue Tangente Education et a également publié, entre autres, le Que-sai-je Les Jeux Mathématiques (PUF) et 121 Rapidos et autres énigmes mathématiques (POLE).

 

Enfin on entend parler les instituteurs ! En l’occurence, des institutrices.

Paru dans le Monde le 23 janvier, un éditorial stupide et démagogique a révolté les lecteurs avertis. Treize institutrices ont écrit des lettres virulentes et passionnantes au journal. On y voit l’amour de leur métier et la rage contenue d’être si peu consultées pour les réformes successives, alors qu’elles connaissent tant les conditions de leur travail et de la vie des enfants.

Lisez ces lettres. Elles sont magnifiques. Vous pouvez sauter l’article du Monde qui les précède.

Treize instits entre colère et galère

Elles sont treize. Treize institutrices ; jeunes ou vieilles, actives ou retraitées, parisiennes, provinciales, banlieusardes… Treize femmes meurtries par l’éditorial de leur journal qui, mercredi 23 janvier, dénonçait le corporatisme de la grève contre la réforme Peillon − un édito qui a fait des vagues parmi nos lecteurs, constate le médiateur dans sa dernière chronique (Le Monde du 27-28 janvier 2013).

Ces treize se sont mises à table pour nous écrire leur colère, nous décrire leur galère, nous inviter à venir vivre leur quotidien, à emprunter avec elle le chemin d’une école qui n’a rien de buissonnière…

Certaines assument une certaine forme de corporatisme, « seul rempart que nous ayons face à l’extrême difficulté de ce que nous vivons au quotidien », dit Caecilia Renault, de Bagnolet (Seine-Saint-Denis). «Ce que je ne souhaite pas pour mes enfants, je ne le souhaite pas non plus, pour mes élèves, est-ce du corporatisme ?», se demande Marianne Pidoux (Paris).

La plupart ne se retrouvent ni dans l’attitude «étriqué et lamentable» que déplore notre éditorial, ni dans le refus pur et simple de la réforme qui est engagée par Vincent Peillon. Plusieurs n’hésitent pas à proposer des améliorations, à formuler des contre-propositions.

Toutes sans exception affirment haut et fort leur amour des enfants dont elles ont la charge. « Ceux pour qui nous nous levons, nous réfléchissons, nous partageons, nous évoluons, nous travaillons bien plus que 35 heures ou quatre jours par semaine…», rappelle Sarah Sousa Domingos. Cette enseignante dans le 18e arrondissement de Paris, comme ses douze consœurs, assume sa «vocation», rappelant qu’« être professeur c’est passer plus de temps avec les enfants des autres qu’avec les siens. »

Entre galère et colère, entre résignation et vocation, entre amertume et porte-plume… Treize témoignages à lire… et à écouter.

Pascal Galinier, Médiateur du Monde

(les titres des courriers ci-dessous sont du médiateur)

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A quand l’Europe de l’enseignement ?

J’ai été scandalisée par le contenu de votre éditorial de mardi dernier concernant les enseignants du 1er degré.

Nous avons l’habitude d’être traités de corporatistes, passéistes, incapables d’accepter toutes réformes, seuls responsables des « mauvais » résultats dans les études PISA, mais là vous dépassez les bornes. Pourtant, on en a eu des changements : en 25 ans de carrière, je peux vous dire que mon travail a complètement changé (enseignement des langues, de l’informatique, application de réformes diverses et variées….). Tous les instituteurs sont d’accord sur le déséquilibre de nos horaires de travail et nous sommes tous d’accord pour raccourcir la journée de classe. Faisons comme la plupart des pays européens :

Allemagne : sortie entre 13h et 13h30, Espagne : 9h-14h, Angleterre : sortie vers 15h…. Moins d’heures par jour nous permettraient de pouvoir travailler sereinement le mercredi matin. Mais la fatigue de ces 4 jours (je vous rappelle que nous faisons 6h40 par jour devant élèves) est compensée par ce fameux mercredi, qui nous permet de « tenir ».

Pourquoi nous sommes contre cette réforme ? Les enfants sortiront à la même heure : 16h30, et même beaucoup à 18h.

En quoi allons-nous alléger leur journée de travail ? Ou bien faites-vous partie des gens qui ignorent encore que la fatigue de l’enfant est en grande partie due à ces longues heures en collectivité. Croyez-vous vraiment qu’un enseignement artistique ou scientifique demande moins d’attention à un élève qu’une leçon de grammaire ou de maths ?

Connaissez-vous un autre pays européen où la pause de midi va durer 2h45 ? Venez dans les écoles voir comment se passe cette pause de 2h, surtout en hiver : dans la cour, quand le temps le permet, devant une vidéo dans le préau quand il pleut, 20 élèves en BCD, 12 en informatique… Cette pause (trop longue) est déjà catastrophique et ils veulent la rallonger de 3/4 d’heure.

Qui va s’occuper des 300 enfants de mon école qui mangent à la cantine ? De quelles associations parle-t-on ? Comment va-t-on avoir les locaux nécessaires, alors que les instits sont dans leurs classes pour leur travail de correction et de préparation (et oui, nous travaillons plus de 40h par semaine avec un salaire parmi les plus bas de la zone OCDE).

Arrêtons d’être hypocrites : l’école sert de garderie depuis toujours et le lobby des hôteliers a toujours eu plus de poids que ce soi-disant bien-être des enfants.

Je propose 4h de classe par jour, tous les jours, les vacances intermédiaires plus courtes et là on pourra dire que l’intérêt de l’enfant aura été pris en compte.

Votre éditorial était minable et malveillant, pourtant je ne vais pas traiter tous les journalistes d’incompétents et de malhonnêtes.

Sophie Belchi, institutrice en ZEP dans le 11e arrondissement de Paris

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Instit et fière de l’être !

Je ne saurais dire à qui j’écris aujourd’hui puisque ce fameux édito du 22 janvier 2013 a le courage d’être anonyme!

Moi, je suis Sarah Sousa Domingos, professeur des écoles dans le 18e à Paris et fière de l’être avec tous mes défauts et mes qualités !

Je voudrais dire comme je suis choquée, après avoir lu ce texte qui ne reflète absolument pas ce que je vis depuis 10 ans dans ma carrière.

Les enfants, comme vous le dites sont nos élèves, ceux pour qui nous nous levons, nous réfléchissons, nous partageons, nous évoluons, nous travaillons bien plus que 35h par semaine ou 4 jours…

Être professeur c’est passer plus de temps avec les enfants des autres qu’avec les siens, c’est une vocation.

Alors, qu’un journal national de votre renommée ose publier un édito de la sorte est pour moi une honte ! Et je ne saurais admettre que vous réduisiez mon rôle en tant que professeur des écoles à ce qui est décrit dans ce texte!

Je tenais à ce que vous le sachiez !

Sarah Sousa Domingos, Paris

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Esprit de corps, le dernier rempart ?

Enseignante du premier degré depuis presque dix ans en Seine-Saint-Denis et abonnée au Monde, je suis scandalisée par l’article que vous avez osé présenter comme « éditorial» dans votre édition datée du mercredi 23 janvier.

Comment pouvez-vous vous contenter d’une analyse aussi partielle et démagogique du problème de l’école et de ses enseignants ? Pensez-vous réellement que 30 minutes de moins pas jour vont changer quoique ce soit à la réussite des enfants en difficulté ? La journée d’école est trop longue, je ne peux qu’approuver vos propos. Mais la raccourcir ne résoudra rien. Pensez-vous que la majorité des enfants vont pouvoir rentrer à la maison à l’issue de cette journée de classe raccourcie, qu’ils pourront se reposer chez eux durant les deux heures que durera obligatoirement la pause méridienne ? Connaissez-vous le rythme de travail des salariés en région parisienne ? Les enfants sont bien souvent présents à la garderie du matin, à la cantine et à l’étude le soir. Ils restent en collectivité largement plus de 35 heures par semaine.

La réforme ne changera rien à cela. De même qu’elle ne rendra pas la pause déjeuner à la cantine plus reposante tout simplement parce que les écoles n’ont pas les locaux et encore moins le personnel pour organiser des activités calmes à ce moment-là. Les élèves resteront donc, été comme hiver, une demi-heure de plus dans la cour, ce qui est très loin d’être reposant, croyez-moi. Les inégalités de richesses entre les communes accentueront encore plus les inégalités sociales et les enfants défavorisés vivant dans une commune pauvre n’auront pas les mêmes activités que ceux vivant dans une commune riche. Ce n’est pas la maigre dotation de l’Etat qui changera ça.

La question du mercredi, qui, outre le fait de changer le rythme de ces fainéants d’enseignants, tellement privilégiés et bien payés, va surtout alourdir la semaine des enfants. Ceux qui avaient la chance de pouvoir se reposer à la maison ne le pourront plus. Il me semble extraordinaire que ce nouveau rythme soit imposé de la maternelle (donc à partir de 3 ou même 2 ans) au CM2. C’est bien connu qu’un enfant de 3 ans a les mêmes besoins qu’un enfant de 11 ans…

Ce qui fatigue les enfants, c’est surtout le rythme de vie de leurs parents. La réforme ne changera rien à cela, les enfants auront toujours le même nombre d’heures en collectivité , seront encore plus fatigués le vendredi qui est déjà une journée très difficile et ne pourront pas se reposer du mardi après-midi où ils montrent un déficit d’attention évident. Mais après tout, je n’en sais rien, ce n’est qu’une expérience de terrain constatée par de multiples collègues qui n’a que peu de poids face à des experts chronobiologistes bien plus calés sur la question que nous.

La question de la difficulté scolaire ne se résoudra pas comme ça, par un coup de baguette magique du Dieu Chronos. Il faut repenser les programmes scolaires et se concentrer sur l’essentiel de ce qu’on attend de l’école primaire. Il faut moins d’élèves par classe dans les zones difficiles tout simplement parce qu’il est impossible physiquement d’apporter une aide efficace à des enfants noyés dans une masse d’élèves en grosse difficulté. Il faut nous remettre les postes de RASED, supprimés en grande partie depuis 2007. Il nous faut un maitre supplémentaire par école pour organiser de véritables groupes de besoin d’élèves et les aider du mieux que nous le pouvons. Il faut mieux former les enseignants sur la difficulté scolaire et ne plus les laisser seuls face à des enfants qu’ils ne savent pas aider. Il faut nous redonner les budgets culturels (et notamment ceux des classes à projet artistique et culturel qui sont devenus quasi-inexistants) pour que nous puissions pallier les inégalités sociales en matière de culture.

Je n’ose même pas vous répondre sur vos propos de café du commerce sur le corporatisme des enseignants qui devraient se concentrer sur l’intérêt de l’enfant et pas sur leurs avantages. Cet esprit de corps s’est délité depuis des années, le gouvernement précédent ayant scrupuleusement veillé à créer des inégalités de salaires et de conditions de travail entre les enseignants… Mais heureusement, il existe encore car c’est le seul rempart que nous ayons face à l’extrême difficulté de ce que nous vivons au quotidien. Vous en doutez ? Mais venez! Venez une semaine suivre un enseignant en ZEP ou en zone violence ! Venez-voir nos conditions de travail, venez voir à quel point les enseignants sont consciencieux et donnent d’eux-mêmes (souvent financièrement) pour donner aux enfants les meilleures conditions d’apprentissages avec de moins en moins de moyens. Venez voir à quel point nous nous faisons parfois insulter par les familles et si peu féliciter par notre hiérarchie pour notre dévouement.

Merci vraiment, encore une fois de pénétrer dans cette brèche ouverte et nous taper dessus de façon éhontée. Savez-vous combien d’enseignants craquent, nous qui n’avons aucune médecine du travail et aucun contrôle médical annuel pour voir si nous allons bien ? Et puisque vous avez l’air de vous préoccuper des enfants plus que nous, passez le concours, de nouvelles places sont ouvertes. Venez, nous sommes accueillants. D’ailleurs notre métier est un sacerdoce et je comprends tout à fait qu’il vous semble incongru que nous protestions contre un changement de nos conditions de travail, aucun autre corps de métier n’aurait cette idée-là !

Caecilia Renault, Bagnolet

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Ecouter les enseignants et les parents

Enseignante depuis 44 ans dont 30 ans de direction comment avez-vous pu laisser passer un tel édito non signé (ce qui veut dire que toute la rédaction est complice) tellement méprisant pour les enseignants ? Personne chez vous n’est parent d’élève à Paris ? Connaissez-vous les goûters récréatifs mis en place en maternelle connaissez-vous le recrutement des animateurs a Paris je peux vous assurer que les abonnements au Monde vont chuter … Ne nous laissez pas penser, s’il vous plaît, que vous êtes totalement acquis à la cause de M. Hollande parce qu il a laissé des avantages non négligeables aux journalistes…

Il ne s’agit pas de faire paraître un témoignage de lectrice du Monde très perturbée par ce qui a été écrit. Renseignez-vous sur ce qui se passe, venez écouter les enseignants et parents lors de réunions qui se déroulent dans nos écoles. Les parents sont très inquiets. Vous verrez qu’ils nous font confiance. Le tout est de savoir exactement et en toute objectivité l’impact de la réforme sur vos enfants, sur nos élèves.

Chantal Rolgen, Paris, directrice depuis 1982, enseignante depuis 1968 (uniquement un congé de maternité pas de congé de maladie salaire 2900 euros par mois, donc une vraie corporatiste fainéante…)

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Vous avez dit « palinodie » ?

L’édito de ce matin m’a profondément heurtée comme souvent les articles sur les enseignants mais pas toujours heureusement, je prends donc illico ma plume pour vous dire mon sentiment mais surtout pour tenter d’ analyser la situation, ce que d’ordinaire, vous savez faire mieux que moi !

VRAI, les journées scolaires des enfants en France sont bien trop longues et il est temps d’y remédier.

VRAI que les enseignants eux mêmes et depuis de longues années (ne vous déplaise, Monsieur ou Madame le/la journaliste, puisque les éditos ne sont plus signés), se plaignent de la fatigue subie par les élèves.

VRAI que le projet INITIAL prévu par M. Peillon semblait alléchant pour ne pas dire enfin intelligent et équilibré et,

VRAI que les enseignants le voyaient plutôt d’un œil serein (rappelez- vous, au début des concertations il y a quelques mois, TOUTES les organisations confondues accueillaient avec espoir cette réforme nécessaire… vous avez déjà oublié ?).

VRAI, terminer la journée à 15h30 − dans le projet initial − pour commencer des activités périscolaires jusqu’à 16h30, semblait un très grand pas vers une journée qui se terminait en douceur pour tous les enfants.

VRAI que le temps de « travail scolaire » perdu devait être rattrapé le mercredi matin, ce qui semblait logique.

Restait une interrogation très importante qui n’avait pas encore été débattue en ce début de projet, à savoir : activités encadrées par qui ? Financées par qui ? Les Mairies ? Les collectivités locales ? L’Etat ?

VRAI, les enseignants n’ont pas été concertés lors de la dernière mouture de la réforme qui est loin d’être un « allégement » des horaires. Jugez plutôt :

La journée se termine à 16 h au lieu de 16h30 . Je cite Le Monde, 23 janvier 2013, page 12: «des journées de 5h30 maximum et une demi-journée n’excédant pas 3h30».

En 4 jours, les enfants travaillent donc 2h de moins, et le mercredi, on leur en remet une petite dose de 3h, voire 3h30… Faites le calcul !!!

VRAI, à Paris, et seulement à Paris, les activités périscolaires (musique, arts plastiques et sport) sont assurés par des professionnels de la discipline,ce qui, loin d’être une lubie ou une particularité anormale, est une chance inouïe pour les petits parisiens, et au lieu de niveler par le bas (ah mais oui, mais non, si tout le monde avait la même chose, exactement, pas un brin de plus ni de moins, surtout pas de jaloux, mais surtout le moins parce que ça coûte moins cher, alors ce serait drôlement mieux !) ce sont les autres écoles de France et de Navarre qui aimeraient bien en avoir autant…Et, au fait, BRAVO aux instits de nos régions qui, non spécialistes, doivent tant bien que mal assurer plusieurs « jobs » en même temps, prof de sport, d’ art et de musique en plus du reste.

Mais pas de souci, hein, ils ont choisi de le faire, non ? Ils n’ont qu’à assumer, c’est une vocation, non ? Bon, il leur manque le voile ou la cornette mais, quoi, qu’est ce qu’ils veulent encore ? être reconnus, considérés ? mais quelle prétention ! Qu’ils fassent leur boulot et qu’ils se taisent, qu’ils s’occupent de nos mômes à 28-29 par classe et…Quoi, vous ne saviez pas non plus, vous les journalistes zélés, que nous sommes passés en quelques années de la classe à 22-24 à 28-30 dans le primaire ?

Vous avez raison, ce n’est pas un problème, vous qui avez du mal à tenir vos gentils marmots tranquilles pendant les weekends et les vacances (« vivement que l’école reprenne  qu’on souffle un peu ! »)

Bon, je m’égare, excusez moi, mon crayon non plus ne veut pas m’obéir. Je termine.

VRAI, les enseignants exagèrent, vouloir gagner plus parce qu’ils vont travailler plus, non mais c’est un comble tout de même ! Comment ? Ah on n’est plus sous le règne de M. Sarkozy et de sa bande ? Je me disais aussi…

Catherine Mottier, Fougères (Ille-et-Vilaine), prof d’anglais retraitée, mère de 3 enfants, grand’mère de 5 petits enfants

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Les enseignants, ces monstres d’égoïsme…

J’ai lu avec surprise d’abord, colère ensuite, l’éditorial du Monde en date du 23 janvier 2013.  Comment un journal sérieux, objectif ,  peut-il s’engouffrer dans une explication de la journée de grève des enseignants parisiens digne du Café du Commerce : « les enseignants sont des privilégiés, de surcroît corporatistes.»

Notre éditorialiste conduit-il chaque matin ses enfants dans une des 622 écoles parisiennes ? Si oui, il ne peut ignorer la réalité du fonctionnement de ce temps dit « périscolaire » c’est-à-dire du temps où les élèves ne sont plus avec leurs enseignants mais toujours au sein de l’école. Ce temps est assumé , dans une large mesure par des vacataires, non formés, de passage pour la majorité d’entre eux, en attente d’un réel emploi.

M. Peillon a un projet : raccourcir la durée de la journée de classe  en allongeant la semaine jusqu’à 4 jours et ½. Contrairement à ce qui se dit, à ce qui s’entend, les enseignants y sont favorables. L’objet de leur inquiétude, c’est le manque de qualité, de contenus de ce temps périscolaire qui doit, chaque jour, s’allonger de 45 mn. L’enveloppe budgétaire prévue est maigre au regard des besoins : former des intervenants culturels et sportifs ,  prévoir des lieux, des installations, des matériels pour permettre la mise en place de ces  activités nouvelles qui doivent être source d’enrichissement pour nos enfants, pour nos élèves aussi. Car n’oublions pas que l’école, la classe, sans être des sanctuaires, doivent rester des lieux d’enseignement.

Claudine Leclerc Raybaud, Paris

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Information partielle et partiale

Ce courrier m’a coûté, j’espère que vous prendrez le temps de le lire attentivement.

Je suis simple professeure des écoles à Paris, de ceux qui tiennent (tenaient ?) Le Monde en haute estime, de ceux, aussi, qui faisaient grève le 22 janvier. Pourtant, je suis pour la semaine de 4,5 jours et même pour le raccourcissement des grandes vacances (contre révision de nos salaires), comme beaucoup d’autres PE. Ce contre quoi je m’élève, comme mes collègues, sont les conditions de ce changement. Je suis navrée de constater à quel point les informations relayées sont partiales et partielles.

Vous oubliez de stipuler, dans votre article, que les journées des élèves (L, M, J, V) au sein de la collectivité ne seront pas plus courtes (ni celles des PE par la même occasion) puisque le projet est d’allonger la pause méridienne. Déjà trop longue, mal encadrée par un personnel non formé, elle est génératrice de stress, de cris, d’énervements et d’accidents divers (consultez les statistiques des assurances scolaires à ce sujet), elle sera allongée de 45 minutes quotidiennement.

Quand la mairie de Paris n’arrive pas à assurer l’encadrement élémentaire aujourd’hui comment croire qu’elle sera en mesure d’organiser des activités éducatives demain comme elle le prétend ?

Et nous, enseignants (excusez moi de parler aussi de moi… quel égoïsme !), qu’allons-nous faire de cette pause interminable durant laquelle nous n’auront pas accès à nos classes occupées. Qui accepte à salaire égal de rester 45 min de plus sur son lieu de travail chaque jour ?

Par ailleurs, comme presque tous les enseignants parisiens, faute de moyen, je n’habite pas Paris et ma commune de banlieue n’appliquera la loi qu’à la rentrée 2014. Travailler le mercredi m’obligerait donc à mettre mes enfants au centre aéré, soit une perte sèche de 150 euros par mois (sur un salaire qui n’atteint pas 2000 euros net), pour qu’ils soient laissés à leur ennui dans un préau vide approximativement surveillés par un personnel désinvesti 45 min de plus par jour (je vous invite dans les écoles à constater par vous même l’organisation des temps périscolaires)… Ça laisse songeur !

Je vous épargne le couplet sur l’aggravation des inégalités sociales : certaines communes pourront financer des activités éducatives vraies, mais toutes les autres….

Je dis oui aux quatre jours et demi, si mes journées sont réellement écourtées, si je n’ai à déplorer aucune perte de salaire. Ce que je ne souhaite pas pour mes enfants, je ne le souhaite pas non plus, pour mes élèves, est-ce du corporatisme ?

J’espère que ces quelques informations complémentaires vous auront éclairé, je suis disponible pour répondre à d’éventuelles questions. Je serai rassurée si ce témoignage pouvait être publié pour informer honnêtement le public sur ce qui nous pousse à faire grève.

Je ne sais encore si je vais renoncer à la lecture du Monde pour me préserver de la colère (mauvaise conseillère) ou continuer de le lire dans l’espoir d’y trouver un signe de sympathie à l’égard d’une corporation bafouée.

NB : Vous évoquez dans votre article, la particularité parisienne des PVP,  la présentant comme un privilège et laissant entendre par là que les enseignants parisiens travaillent moins. Mon inspection, à juste titre, exige que nous soyons toujours en présence d’élèves. Durant les heures de PVP, moi et mes collègues assurons  la classe auprès d’une partie des élèves. Lorsque la moitié de ma classe est avec un PVP, je mène des expériences scientifiques avec l’autre moitié, entreprise pédagogique impossible avec 30 élèves. Les PVP sont donc un privilège, d’abord pour les élèves mais pas un cadeau pour les enseignants.

Dans l’attente, d’une improbable réponse. Je suis triste et déçue de l’image négative et injuste que vous donnez de nous. En colère aussi.

Veuillez agréer mes salutations distinguées,

Marianne Pidoux, professeur des écoles en école élémentaire, Paris

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Etriquée et lamentable… les conditions d’accueil de nos enfants

Je suis abonnée au Monde depuis des décennies et n’envisage pas encore de rompre cet engagement bien que l’éditorial titré « l’école ou le triomphe du corporatisme » m’ait véritablement scandalisée. Aussi bien aimerais-je revenir sur l’argumentaire déployé en première page, reposant sur la dénonciation d’un prétendu corporatisme, obstacle à une réforme de bon sens et de bonne volonté, accusation reprise en termes encore plus désobligeants dans l’article central puisqu’il y est question de « l’égoïsme des adultes », entendons des enseignants qui, forts de leur capacité de nuisance, à savoir la grève , sacrifient le bien-être des élèves qui ne manifestent ni ne font grève, eux !

De quoi parle-t-on ? D’un ajustement a minima en terme de coups et d’investissement pour l’Etat qui dans la réalité, risque de se traduire par exactement le contraire de ce que cette partie de la réforme ambitionne, à savoir alléger les journées de classe . L’intention est louable et fait miroiter un monde scolaire harmonieux : les élèves quitteraient plus tôt l’école , voire à la même heure , mais une partie de leur temps serait consacré à des activités aussi éducatives qu’ épanouissantes ; les impératifs d’une chronobiologie enfantine toujours bafouée seraient enfin respectés puisque on alternerait temps scolaire proprement dit et temps récréatif, tandis que la pause de midi consacrée à ce dernier serait allongée , ce qui entre autres avantages permettrait aux enfants de quitter l’école sensiblement à la même heure pour le grand soulagement des parents an quête de mode de garde peri scolaire . Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible .

Hélas, la réalité est tout autre et je vais vous la décrire. Contrairement à l’auteur de l’éditorial, je ne parlerai que de ce que je connais : le premier degré et particulièrement la maternelle en zone urbaine. Pour un certain nombre d’élèves, l’école commence avant neuf heures par un accueil matinal à la charge des communes ; la matinée scolaire, trois heures d’apprentissages variés et non moins rigoureux qu’un maître (et un seul: pas d’assistant d’aucune sorte contrairement à certaines légendes urbaines bien ancrées) dispense à un groupe d’élèves pouvant aller jusqu’à 30, se termine vers midi. Une toute petite minorité d’enfants (entre zéro et cinq), rentrent à la maison déjeuner et le cas échéant se reposer un peu de la vie en collectivité ; les autres déjeunent dans des cantines bruyantes et surpeuplées, encadrés par des animateurs de bonne volonté mais pas toujours formés (les communes emploient souvent des vacataires en plus d’un personnel qualifié : ainsi dans ma commune, un monsieur déjà un peu âgé a surveillé la cantine avant d’être embauché à la voirie comme balayeur…) . Après le déjeuner, les enfants jouent dans la cour ou sont regroupés, en cas de mauvais temps, dans un préau à raison de plusieurs dizaines (dans mon école maternelle de quatre classes une centaine d’enfants sont concernés), assis par terre en tailleur devant une vidéo. Bien sûr on pourrait imaginer, et c’est certainement ce que le ministre a fait, des activités par petits groupes toutes plus intelligentes et créatives les unes que les autres : encadrées par qui ? Dans quels locaux ?

Pendant ce temps imaginez les enseignants, ces monstres d’égoïsme qui après avoir en amont préparé leur classe à la maison pendant le week-end, profitent de la «pause méridienne» pour installer matériellement les activités de l’après-midi, ce qui, en maternelle, nécessite pas mal de temps et beaucoup de soins : pas question donc pour eux d’ouvrir les classes à des activités périscolaires à ce moment-là. La classe reprend avec des élèves qui ont vécu cette fameuse pause méridienne dans l’excitation et le bruit. L’instituteur aura soin de ménager un moment de calme et de détente après le retour dans les classes ; ce qui, soit dit en passant, n’est pas toujours bien vu de la hiérarchie (pensez donc , un temps mort !). La classe reprend cahin-caha, avec des élèves de moins en moins attentifs et de plus en plus irritables car fatigués. A 16H30, pour un certain nombre, c’est la quille, pour beaucoup la « garderie » jusqu’au soir.

Oui, nos élèves subissent des journées d’école épuisantes et que leur propose-t-on ? Accroître encore l’amplitude du temps scolaire sous prétexte d’activités éducatives que personne en l’état actuel n’a les moyens d’assumer : car ce n’est pas en créant quelques postes d’animateurs qu’on résoudra le problème d’un encadrement exigeant, et à moins de construire dans chaque école des locaux adaptés, nos élèves continueront à se bousculer et à s’entasser dans les mêmes lieux, avec en prime une demi-journée supplémentaire, le mercredi matin .

Non cher Monsieur ce ne sont pas les enseignants qui font preuve d’une mentalité «étriquée et lamentable» mais bien plutôt les conditions d’accueil de nos enfants qui le sont ! Oui, la réforme des rythmes scolaires est très étriquée : des journées toujours aussi longues avec des moyens toujours aussi indigents et pour les enseignants un temps de mobilisation sur les lieux plus important, sans aucune compensation ni salariale ni en termes de conditions de travail !

Que Monsieur Peillon s’engage sur l’allègement des effectifs ! En maternelle 20 élèves par classe serait une avancée bien plus significative que ce bricolage autour des rythmes scolaires ! Qu’il généralise la mesure du « plus de maîtres que de classes » pour travailler en petits groupes.  Et pas seulement dans les zones où la marmite sociale menace d’exploser mais dans toutes les école ! Alors, j’en fais le pari , ces réformes ne provoqueraient ni protestation ni grève mais rencontreraient l’assentiment sans réserve des enseignants. Mais avouez qu’il y faudrait davantage de volonté, et bien plus de moyens humains et matériels que ce que requiert la réformette aux effets pervers qu’on nous propose.

Quant au ton blessant, voire infamant, que votre journal a cru bon d’adopter dans cet éditorial, permettez-moi d’y répondre en vous conseillant, la prochaine fois, d’enquêter sur le terrain avant de parler et de ravaler un peu votre morgue.

Salutations encore passablement irritées,

Martine Lascar, institutrice en école maternelle, Montreuil

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Oui, nous sommes en colère

Je suis enseignante à Paris et scandalisée par la lecture de votre édito.

La seule raison, qui me vient à l’esprit, face à ce résumé à l’emporte-pièce est que la polémique est un moyen de faire vendre comme un autre !

Comment pouvez-vous prétendre que tous les acteurs concernés ont été consultés alors que ni parents ni enseignants n’ont eu voix au chapitre sur les rythmes scolaires ? Pensez-vous que les enseignants font cette démarche uniquement en pensant à leur grasse matinée du mercredi matin ? Non, c’est justement en pensant au rythme des enfants, que nous côtoyons quotidiennement, que nous pensons que cette réforme est mauvaise. Surtout lorsqu’on apprend que la « réduction » de la journée se résumera à allonger la pause méridienne pour les Parisiens, sans connaître les modalités d’application !

Par qui les enfants seront-ils pris en charge, par les surveillants de cantine qui ne reçoivent aucune formation pour accueillir les enfants mais, comme leur fonction l’indique, ne sont là que pour « surveiller » ? Pour quelles activités en maternelle ? Où, je vous le rappelle, nous menons des activités sportives et artistiques sans l’aide de PVP. En élémentaire, les PVP permettent aussi une autre organisation de la classe en petits groupes et un travail différent avec l’enseignant.

Oui, nous sommes en colère, non par esprit de corps et par frilosité comme vous le martelez mais parce que nous attendions une réforme plus structurelle et plus réfléchie de notre système éducatif. Cette incessante remise en cause des rythmes scolaires nous parait, à nous enseignants, être une opportunité pour ne pas s’attaquer aux vrais sujets et vous, médias vous semblez tomber dans le panneau.

En outre, à Paris, M. Delanoé se garde bien de nous concerter et de communiquer sur les mesures d’application de la réforme. On nous propose juste, si nous avons des idées, d’animer des activités péri-scolaires, à l’heure où nous avons nos élèves !

Alors oui, nous sommes en colère et déçus et si l’on étudie vraiment la question, sans la survoler comme vous semblez le faire, l’on comprend pourquoi.

Christelle Cournut, enseignante à Paris

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Rappel de définition : «Le corporatisme désigne, de manière péjorative (1), l’attitude consistant à défendre les intérêts de sa corporation, de sa caste ou de son groupe social. C’est le cas lorsqu’un groupe puissant, ayant un comportement s’apparentant à celui des corporations de l’Ancien Régime (contrôle des recrutements par exemple), parvient à faire pression sur les pouvoirs économiques, sociaux et politiques et à contrôler leurs décisions au bénéfice de ses adhérents (2), plutôt qu’à celui de l’intérêt général (3).»

(1) Merci pour cette attaque en règle consistant à tirer à boulet rouge sur les enseignants de plus en plus dénigrés par la société. Société qui se tourne vers l’école pour solutionner tous les problèmes que les différents gouvernements n’arrivent pas à résoudre ni même à cerner !!

(2) Oui je dois finalement être corporatiste car je suis plutôt fière de vouloir faire pression sur les pouvoirs et contrôler leurs décisions au bénéfice de mes adhérents car il me semble que dans le cas présent, je me bats pour le bénéfice de mes élèves (ainsi que de mes enfants) même si cela va de pair avec mes propres intérêts puisqu’il s’agit pour chacun de pouvoir enseigner et apprendre dans les meilleures conditions possibles. Ce que la réforme que vous encensez ne semble à aucun moment prendre en compte !!

(3) A mon sens il me semble plutôt que cette réforme contre laquelle nous nous battons ne défend que l’intérêt particulier et l’ambition de certains politiques !!!!

En bref je suis scandalisée et outrée par votre article. Je suis depuis 15 ans face à mes élèves et jamais je ne me suis sentie aussi attaquée par le « corporatisme » des médias !!!

Je pense que je ne rachèterai pas votre journal de si tôt !!!

Fanie Battioni, une institutrice (ou professeur des écoles) encore un peu fière de l’être !!!

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La réforme oui, mais pas à nos frais

Dans l’éditorial du Monde du 23 janvier, vous faites un constat assez juste de la nécessaire évolution des rythmes scolaires de l’enfant, dont, à vous lire, les enseignants n’auraient cure, centrés une fois de plus sur leurs intérêts corporatistes. Il ne me semble pas que vous vous montriez aussi virulent, lorsque vos confrères de France 3 manifestent contre la nécessaire remise à plat de leur entreprise. Mais sans doute ne font-ils pas là, malgré des conditions d’exercice et de paie avantageuses − à la charge de l’Etat faut-il le rappeler…−, preuve du même «corporatisme étriqué» que les instits.

Je suis instit, j’enseigne quant à moi avec plaisir et, comme la plupart de mes collègues non parisiens, toutes les matières, y compris la musique, les arts plastiques et l’éducation physique.  Et je ne suis pas opposée à re-travailler, comme vous le dites si bien, une demi-journée de plus. Ce qu’il faudrait rappeler, pour que vos lecteurs comprennent ma colère, c’est le coût des déplacements pour beaucoup d’instituteurs de province (eh oui, 90km par jour avec autoroute, ça a un coût, à notre charge) et l’indécente différence de traitement entre les enseignants du premier et du second degré qui, elle, ne semble choquer personne. Trois heures de cours le mercredi, c’est encore ça de rogné sur un salaire qui, croyez-moi, n’a rien de mirobolant. C’est ce sentiment de mépris de notre situation qui est exaspérant.

La réforme oui, mais pas à nos frais. Mais c’est sans doute encore une considération de corporatiste « lamentable »…

Simone Bellifa, Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie)

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Enseigner à Paris sans pouvoir s’y loger…

«Lamentable et étriqué» : depuis plus de trente ans que je lis régulièrement votre journal, j’ai rarement lu de tels propos, étonnamment outranciers.

En quoi ces termes épidermiques peuvent-ils s’appliquer à la grève des instituteurs parisiens, suivie à 90% ?

Cette grève ne révèle-t-elle pas une fois de plus l’absence de dialogue et de communication du gouvernement vis-à-vis de ses propres salariés ?

En quoi est-ce lamentable de défendre des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader ? Et ce, pour un salaire fort modeste qui ne permet certainement pas aux instituteurs des écoles parisiennes de se se loger dans la capitale. Savez-vous ce que représente dans leur budget, le manque à gagner d’une journée de grève ?

Quant au sous-entendu induit par le terme « corporatisme », selon lequel les professeurs des écoles seraient indifférents au sort des enfants qui leur sont confiés, il est révélateur d’une méconnaissance profonde de leur engagement au quotidien et de leur déontologie. La preuve en est que les parents qui les côtoient régulièrement les soutiennent massivement dans leurs actions.

Odile Diot, Toulouse

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Enseigner, réformer… missions impossibles ?

Laissez-moi tout d’abord vous dire que NON un enseignant ne pense pas à son statut avant l’intérêt de ses élèves et ce pour deux raisons : la première parce que s’il enseigne c’est qu’il espère, à son petit niveau, faire avancer les choses vers un monde meilleur ; la deuxième parce qu’il sait d’expérience que des enfants reposés lui permettent d’accomplir sa mission dans des conditions d’exercice plus sereines.

Je tiens donc expressément à vous informer que le mépris à l’égard des enseignants que vous avez les uns et les autres exprimé ces derniers temps dans la presse m’a particulièrement choquée ! Et me semble totalement déplacé… N’avez-vous donc pas davantage d’arguments pour soutenir votre décret ?

Pour ma part, OUI à la réforme des rythmes scolaires mais pas celle-là… Réfléchissez encore un peu et nos élèves y gagneront ! Et profitez-en pour lier à cette réflexion d’autres points à améliorer d’urgence : les effectifs doivent diminuer dans nos classes, les réseaux d’aide doivent être remis en place, nous devons avoir des alternatives solides pour aider les élèves en difficulté…

OUI à une réforme pensée des rythmes scolaires mais NON, NON, et encore NON à la façon dont la mairie de Paris choisit de mettre en place ce décret !

Allonger la pause méridienne à 2H45 est une aberration sans nom : les enfants cumuleront 1h de réfectoire relativement bruyante et 1h45mn de « pas grand chose »… les taux d’encadrement actuels et les configurations des locaux ne permettant à l’heure actuelle de ne proposer le midi que peu de choses à part du temps en cour de récréation… Je suis profondément convaincue que ce n’est pas en allongeant ce temps intermédiaire que nous favoriserons les apprentissages de nos élèves ou leur repos…

D’autant plus que la mairie, visiblement incapable de faire face à l’inévitable exigence de recrutement liée à ces changements, envisage de changer le taux d’encadrement des enfants par les animateurs au détriment… des enfants !

Il est évident que tout ceci a encore besoin d’être pensé ! L’école n’est pas à un an près pour engager sa refondation en profondeur et selon différents axes complémentaires et indissociables.

Je réitère ma confiance en ce gouvernement et suis persuadée qu’il aura à cœur d’insuffler un projet ambitieux et d’envergure pour l’Éducation Nationale à laquelle nous tenons tant!

Marie Chuzeville, professeur des écoles à Paris

Montessori et l’innovation

Etonnant !

Que nous dit cette photo ? D’abord le bonheur de cette enfant dont l’œil rit de la bonne blague qu’elle vient de faire, bien sûr. Mais s’agit-il seulement d’une bonne blague ? Il y a dans ce regard joyeux et droit toute l’intelligence et la tranquille audace enfantine qui doivent être préservées et encouragées à tout prix. On oublie trop souvent que la pédagogie Montessori, ce n’est pas simplement la première partie bien alignée. Toute la richesse est dans le mélange de rigueur et de liberté que permet cette pédagogie. L’innovation est possible et s’appuie toujours sur la maîtrise d’une technique, un savoir ou un savoir-faire : l’outil solide dont on se sert pour aller plus loin.

La rigueur

L’éducatrice a montré à cette enfant la Tour Rose déjà montée dans un coin de la classe. Puis elle lui a montré comment la déconstruire pour la transporter, cube par cube, jusqu’à son petit tapis. Elle lui a ensuite montré comment reconstruire la Tour, en partant du plus gros cube, en cherchant le suivant, puis le suivant, etc. jusqu’au dernier, tout petit. L’enfant a peut-être monté la Tour plusieurs fois… ou pas. Peu importe. Ce qui est évident, quand on regarde ses cinq premiers cubes, c’est qu’elle a parfaitement assimilé la qualité des dimensions.

Le basculement

Tout d’un coup, un basculement s’est produit, au sens propre comme au figuré. A la manière des chercheurs scientifiques, cette petite fille a voulu faire des expériences (“Qu’est-ce qui se passerait si au lieu du petit cube j’en mettais un plus gros ?”). Et là, la porte s’est ouverte toute grande ! Imaginez tous les possibles selon la personnalité de chaque enfant ! Mine de rien, cette Tour Rose en forme de sablier est une prouesse :

–  à la fois dans son intention (on voit bien que l’enfant n’a pas commencé par les plus gros cubes : elle se les réservait pour la suite),

– dans sa conception (elle est équilibrée dans ses proportions)

– et dans la maîtrise gestuelle qu’a demandé sa construction (ce n’était pas évident de trouver les points d’équilibre et d’avoir la main assez sûre pour ne pas tout faire tomber).

Il est important aussi de constater que, même dans “l’aventure”, il y a de la rigueur : les cubes du haut, à l’exception du tout petit, sont dans l’ordre croissant, comme si la symétrie était parfaitement intentionnelle.

Et le petit cube, tout là-haut, n’est pas là par hasard non plus. Si on le mettait comme axe de la symétrie, le risque d’effondrement serait trop grand. Or, il n’a réellement sa place nulle part ailleurs dans le schéma rigoureux. Sa seule place possible est donc bien celle qui lui a été attribuée, plutôt du côté de l’humour et de la création artistique : au sommet, comme un point d’orgue ou une cerise sur le gâteau.

Savoir observer

Face à cette “bizarrerie” montessorienne, l’adulte peut être déstabilisé. Mais n’oublions pas que le matériel est là pour servir les besoins de l’enfant. Le but n’est pas la reproduction à l’identique, en soi, mais la compréhension d’un principe. Et l’enfant n’agit pas pour recueillir des félicitations mais parce qu’il en a envie.

Apprendre à observer en toute liberté d’esprit et savoir rester en retrait face à ce type de “surprises” est la grande préparation de l’enseignant Montessori. Une intervention extérieure trop rapide d’un adulte n’aurait pas permis à cette petite fille d’expérimenter ce à quoi elle avait pensé. La position de retrait de l’enseignant Montessori autorise l’enfant à “voir ce que ça fait” et lui laisse le champ de ses propres expériences.

Le retrait complet, l’incitation à expérimenter et l’incitation à reproduire

Tout est dans la nuance. L’intention est importante et la dose d’intervention aussi. On le voit bien à travers les différentes façons dont les adultes utilisent avec leurs enfants la Tour Rose et l’Escalier Marron, par exemple, sur ces blogs d’école à la maison. Pour nous, cela mérite un débat. Et pour vous ?

Chez Family and co

Chez Kaldeirael

Chez 3 dans le petit nid

Chez Devenir grand

Dans Le petit monde de Lisa

Chez Petit petit Montessori