Les intentions de la pédagogie Freinet

Freinet sur France culture

Enfin une excellente émission sur Freinet, ce matin, sur France Culture ! Pourquoi excellente ? D’abord parce qu’elle offrait l’occasion d’entendre la bonne grosse voix de Célestin Freinet et son merveilleux accent provençal. Ensuite et surtout parce que, pour une fois, on ne s’étendait pas sur les pratiques, qui commencent à être bien connues, en particulier parce qu’elles sont beaucoup passées dans la pédagogie traditionnelle (sans qu’on se souvienne que Freinet les a inventées et souvent sans que l’on retienne l’esprit qui doit les accompagner). Au contraire, toute l’émission a tourné autour des intentions. A quoi doit servir l’école, selon Freinet ? Comment peut-on enseigner pour qu’elle remplisse son rôle ? Comment doit-on considérer l’enfant pour que son éducation lui serve à quelque chose ? Pour tous ceux qui n’ont pas pu entendre l’émission, ou qui ne sont pas les rois du podcast, ou qui vivent sur les plateaux algériens, comme Nora :-)… voici un résumé des principales idées, citées dans l’ordre de l’émission.

Intentions et moyens de l’enseignement Freinet

– L’école Freinet établit en permanence un lien entre la classe et l’extérieur et doit préparer l’enfant à s’intégrer harmonieusement dans la société, en favorisant son accès à toutes sortes de disciplines. – Elle cherche à préparer toutes les possibilités de chacun, sans privilégier l’intellect, contrairement à l’enseignement traditionnel, mais en tenant compte de ce qui est de l’ordre du sensible, de l’affectif. Freinet constate que l’individu n’est pas que connaissance et que sa part de sensibilité a une très grande résonance dans ses comportements. L’école doit donc tenir compte du fait que l’enfant est une personne complète, même si sa personnalité n’est pas encore achevée.
– L’enseignement Freinet intègre l’expérimentation comme une composante fondamentale de l’acquisition de connaissances et comme un moteur essentiel de créativité et de progrès. Pour cela, la classe devient un véritable atelier qui permet à l’enfant de se frotter à toutes sortes de matériaux et de techniques. Dans un tel cadre, les enfants font fonctionner leurs mains autant que leur cerveau et chacun trouve un jour ou l’autre les domaines où il excelle, qui ne sont loin d’être les mêmes pour tous. – L’école Freinet se fait aussi avec la complicité des parents… Comme il n’est pas toujours faciles de les conquérir aux idées audacieuses et aux pratiques inhabituelles, inutile de chercher à tout leur expliquer dès le début. Mieux vaut les convaincre par l’exemple. Pour cela, l’instituteur organise, vers le milieu de l’année scolaire, une classe exposition : il dispose dans la salle les créations et les réalisations des enfants, il met les enfants au travail comme à l’habitude (chacun occupé à ce qu’il a en cours, seul ou en petit groupe) et il ouvre la classe aux parents. Ceux-ci peuvent ainsi voir la concentration des enfants, leur sérieux dans leur travail, la diversité de leurs activités et la réussite de leurs réalisations. – Ce sérieux au travail vient du fait que l’enseignant redonne toute sa noblesse à l’idée-même de travail. L’enfant est heureux et fier de travailler parce qu’il réalise quelque chose d’utile, pour lui ou pour les autres. On ne cherche pas à le motiver. C’est son travail lui-même et ses enjeux difficiles et intéressants qui le motivent. On est loin des activités ludiques plus ou moins gratuites ou destinées à masquer l’ennui d’un apprentissage peu utile. – L’école Freinet cherche à favoriser chez l’enfant l’acquisition de la confiance et de l’audace qui lui permettront d’exprimer ses idées avec courage et liberté, plus tard, dans la société, même si ces idées s’opposent au modèle ambiant. Les grands inventeurs ont tous eu besoin de cette audace et de ce courage pour trouver puis pour imposer la nouveauté de leur apport. Selon Freinet, l’école n’est pas faite pour adapter l’enfant à la société mais pour lui donner l’esprit critique et le sens des responsabilités nécessaires à sa vie d’adulte autonome, inséré dans la vie démocratique mais aussi dans ses débats. – Enfin l’enseignant Freinet ne donne pas de notes qui ne servent qu’à classer les enfants et ne les aident pas à progresser. Quand un enfant échoue, il recommence, il se renseigne, il fait des efforts… puis il réussit. Il arrive aussi qu’il ne réussisse pas : nul n’est doué pour tout. L’école Freinet ne fait cependant pas l’impasse sur l’évaluation, utile à la progression. Chaque fin de semaine, les enfants présentent leurs réalisations au groupe et on en discute ensemble. Il existe aussi des brevets, assez nombreux pour couvrir un large éventail de compétences (brevet de mécanique, de récit, de calcul, de natation, d’électricité, d’orthographe, de chanson, de dessin, de grammaire de niveau 1, 2, 3…). En fonction de leurs réussites, les enfants obtiennent dix, douze, vingt brevets dans l’année. Certains brevets sont obligatoires et constituent un socle de connaissances ou de compétences nécessaires pour tous. D’autres sont facultatifs, liés aux talents et aux goûts de chacun. Ils devraient normalement servir à orienter intelligemment les enfants vers leur futures formations ou études et, plus tard, un métier qui leur convienne réellement.

Un résumé un peu sec

Cette énumération ne rend qu’imparfaitement compte de la fluidité de l’émission de ce matin, entrecoupée d’extraits d’une conférence donnée par Célestin Freinet en Suisse en 1958, de commentaires de Philippe Meirieu, d’extraits de la bande sonore du film L’école buissonnière, où Bernard Blier campait un Freinet à l’accent… étonnamment parisien ! Toutes mes excuses à Emmanuel Laurentin et à l’équipe de La Fabrique de l’Histoire et merci pour cette belle réussite.