La refondation de l’école

Une telle chance !

C’est une telle chance et une telle nouveauté que les politiques fassent de l’école un sujet de concertation et un projet de travail, que nous avons eu envie d’en parler dans le premier article du blog. Tant que le changement ne sera pas accompagné d’une forte volonté “d’en haut”, nous le savons tous, rien ne pourra se faire. Et le programme montre que, pour une fois, les vrais problèmes sont identifiés par le ministère.

Des doutes

En même temps, nous ne nageons pas dans la naïveté. 3 mois pour éplucher un tel programme, pour analyser les propositions et pour en faire une synthèse qui puisse être transformée en textes de lois à appliquer malgré la crise… c’est court-court-court, voire déraisonnable. En plus, l’équipe pléthorique qui a été mise à contribution ne nous rassure pas vraiment : c’est bien d’écouter des avis différents, évidemment, mais il faudrait un an entier pour que chacun puisse développer ses idées correctement.

De plus, comme dans toutes les concertations, on n’écoute pas forcément ceux qui ont le plus d’idées ou d’informations intéressantes. Dans l’équipe actuelle il y a des chercheurs, des pédagogues, des enseignants et aussi des spécialistes de la famille et du côté “parents”. Ces gens ont depuis longtemps une bonne connaissance des problèmes. Ils ont toujours cherché, malgré le vent contraire, parfois même jusqu’à la « désobéissance”, à inventer une école intelligente, centrée sur l’enfant, efficace, donnant toutes ses chances à chacun. Il y a aussi des politiques de tous bords qui croient à leur mission et sont là pour faire entendre la voix des collectivités locales. Ils sont là aussi pour établir le lien avec le parlement qui permettra de transformer en lois et de faire appliquer les idées retenues. Bien sûr, on ne peut éviter qu’il y ait aussi quelques “grenouilleurs” de tout poil, à l’ego surdimensionné qui se débrouillent pour être de tous les comités de consultation. Comme ils parlent fort et longtemps, ils peuvent noyer le débat et faire s’enliser le projet. Ils peuvent faire que la montagne accouche d’une souris et, qu’au passage, il soit possible de dire : “Vous voyez où mène la concertation.”

Des signes encourageants

Faut-il pour autant abandonner tout espoir ? Non, non et non ! Pierre Frackowiak, auteur de “Pour une école du futur” (Ed. Chronique sociale) et, par chance, membre de l’équipe sollicitée, le dit dans un plaidoyer très énergique.

Autre signe encourageant : nous ne connaissons pas tous les membres du comité de pilotage, mais il y en a une au moins qui a l’habitude de connaître ses sujets et de parler franc : écoutez ici la courte interview de la journaliste Marie-Françoise Colombani.

Enfin, et surtout, on trouve sur le site officiel les contributions de gens et d’associations qui réfléchissent depuis longtemps sur le sujet de la refondation. Cela prouve que leurs idées sont vraiment présentes dans le débat et qu’elles ont une bonne chance d’être prises en compte. En voici quelques unes qui nous paraissent essentielles, mais il y en a beaucoup d’autres :

celle du collectif “Stagiaire impossible” sur les questions fondamentales de la formation des enseignants.

celle de l’ICEM (Freinet) sur le temps scolaire, qui fait du bien-être de l’enfant l’axe de réflexion central.

Il y a aussi celles du collectif “Ecole changer de cap”, qui a déjà formulé de façon claire, concrète et concise des propositions complètes et raisonnables dont il serait judicieux de s’inspirer.

Et si c’était possible ?

Imaginez ! Imaginez que l’on arrive à prendre des décisions qui révolutionnent progressivement notre enseignement public. Bien sûr il ne faut pas rêver : nous n’aurons pas dès demain

– des enseignants formés (en formation initiale et en formation continue) à la pédagogie Montessori ou Freinet ou à la pédagogie active en général

– les conditions pour que cette pédagogie puisse être appliquée (pas de notes, pas d’évaluations inutiles mais les moyens pour que s’ouvre la frontière entre l’école et l’extérieur et pour que les enfants apprennent l’autoévaluation, l’autodiscipline, le dialogue, le respect mutuel, le bonheur et l’envie d’apprendre)

– une revalorisation du métier des enseignants, mieux payés, soutenus par l’Etat, par leur hiérarchie et même par les médias (il est grand temps de réaliser à quel point il est ringard de dénigrer les enseignants)

– des écoles plus décentralisées, moins grosses, avec des classes ne dépassant pas 20 élèves, dans des locaux spacieux et clairs

– des formations de formateurs pour pérenniser tout cela et pour que les IUFM (ou quel que soit le nom qu’on donnera au centres de formation pédagogique) se renouvellent et deviennent réellement performants

Mais quand même ! Le but à atteindre, au fond, tout le monde le connaît. On nous rabat les oreilles avec la Finlande, pourquoi ne pas appliquer leurs méthodes ? Et pourquoi, surtout, oublier que leurs méthodes viennent de… la pédagogie Freinet ?!!! C’est quand même un monde, non, d’aller chercher des tas de solutions ailleurs et de ne même pas voir celles qui nous crèvent les yeux ?

Pour terminer, nous voudrions vous inviter à une démonstration rapide et éclatante de la différence entre l’école qu’il faut et celle qu’il ne faut pas avoir, qu’elle soit publique ou privée. Nombre d’entre vous connaissent sans doute déjà cette vidéo qui a pas mal circulé sur Internet, en anglais d’abord, puis en français, grâce à la traduction de Vanessa Toinet (Atelier graine de curieux). Elle a été créée par Trevor Eissler, l’auteur de “Montessori Madness”, un livre que l’Ecole Vivante est entrain de traduire en français et publiera bientôt. Elle parle de Montessori, mais tout ce qu’elle en dit est valable pour la pédagogie active en général. Régalez-vous :

Pour conclure, voici encore quelques liens intéressants :

– de nouvelles contributions

le site d’enseignants courageux qui ont résisté dans la tourmente

les questions posées aux citoyens si vous voulez vous-mêmes participer au débat.