Guide COMPLET (?) de l’enseignant débutant

Une bouée de sauvetage ?

Certaines Inspections académiques diffusent un petit guide gratuit pour les enseignants débutants, élaboré l’année dernière par l’Inspection académique du Val de Marne. Il est présenté comme « COMPLET ». Du moins, c’est le titre donné au fichier pdf qui se propage sur internet. Pour être tout à fait honnête, il faut préciser que la couverture du document se contente du titre « Quelques outils pour débuter dans la classe ».

Bien entendu, au départ, il y a une intention louable. Les auteurs ont tenté de jeter une bouée de sauvetage aux jeunes enseignants que l’Education nationale a eu l’inconscience et le culot de lancer dans le flot d’une classe sans formation. On voit bien, par exemple dans le chapitre consacré à la gestion d’une classe hétérogène (p.16), que l’idée de départ, généreuse et désespérée, est de parer au plus compliqué et de fournir quelques pistes de travail aux débutants au bord de la noyade.

Mais présenter ce guide comme complet me semble assez grave. D’une part parce que, bien évidemment, l’apprentissage du métier d’enseignant est difficile, complexe et ne peut se résumer à la lecture de quelques recettes (le guide parle de « ficelles » du métier, p.11). D’autre part parce que ce qui s’exprime dans les choix et le contenu des informations fournies ne fait pratiquement référence qu’à l’éternelle méthode traditionnelle.

Un outil assez pauvre

Bien sûr, personne ne pense qu’il suffise de quelques recettes de cuisine pour faire un bon cuisinier. Alors comment quelques « ficelles » pourraient-elles suffire pour savoir

• faire des choix pédagogiques documentés et adaptés aux élèves,

• aborder un groupe d’enfants avec suffisamment de confiance pour leur transmettre cette confiance (en l’enseignant et en eux-mêmes),

• créer dans la classe une atmosphère sereine propice aux échanges et aux apprentissages,

• éveiller l’envie d’apprendre des enfants et ne pas inhiber leurs initiatives,

• faciliter le travail de chacun avec rigueur tout en restant ouvert aux événements extérieurs ou intérieurs à la classe susceptibles de fournir matière à l’éducation,

• adopter une attitude appropriée dans les situations de crise,

• s’organiser dans son propre travail de préparation et de documentation, etc.

… pour ne citer que quelques unes des innombrables composantes du métier d’enseignant ?

Et comment interpréter le fait que les expressions « pédagogie active », « pédagogie de contrat », « pédagogie de projet » ne soient présentes nulle part dans le document, mais que le mot « punition » revienne 12 fois, « sanction » 8 fois, « maîtrise » 11 fois, « gestion » 16 fois… ? Ce que l’on conseille ainsi implicitement aux débutants, c’est la posture magistrale de l’enseignant qui dispense un savoir, maîtrise sa classe et en évite les débordements.

Un outil contestable

Si le guide est présenté comme complet, en cas d’échec, le débutant se sentira seul coupable. Or on ne l’aura pas réellement préparé à sa tâche. Et on ne lui aura pas donné l’occasion d’expérimenter par lui-même dans de bonnes conditions, sans le stress du travail seul face à une classe. C’est exactement la même attitude que dans le pire enseignement traditionnel : on donne un bagage d’informations à l’enfant. A lui de les faire siennes comme il peut et d’être capable de les utiliser non seulement pour réussir les sacro-saints contrôles mais aussi pour s’en servir dans la vie. S’il échoue, c’est de sa faute.

L’intention de départ était donc louable… mais si l’on veut réellement rendre service aux enseignants débutants, il faut les former en pédagogie, voire en psychologie, leur donner l’occasion de pratiquer et d’expérimenter avant de se retrouver seuls dans une classe, les payer correctement et revaloriser leur image, leur faire confiance, faciliter leur travail en équipe, adapter les emplois du temps aux besoins réels des élèves, donner des budgets pour le matériel et les activités, etc. J’ai presque honte d’écrire cela : ça ressemble tellement à une lapalissade !!!!