Apprentissage de la lecture : ne pas se laisser décourager

Le bel élan vers la pédagogie active

J’ai récemment rencontré de nombreux enseignants de maternelle et de primaire qui se lançaient dans la pédagogie active depuis un an ou deux (ou plus !) et se disent aujourd’hui découragés. Ils (et surtout elles, d’ailleurs) commençaient à s’engager dans la pédagogie Montessori avec enthousiasme, en se formant comme ils pouvaient, à leurs frais, en fabriquant souvent le matériel eux-mêmes. Le ministre qui avait soutenu la démarche montessorienne de Céline Alvarez, dont on connaît les résultats, ne parle plus de Montessori ou de former les enseignants débutants à la pédagogie active. Encore moins de formation continue pour les enseignants en poste. Il ne faut pas baisser les bras pour autant !

Montessori, Freinet… et Blanquer : compatibles

L’accent mis par le ministre sur le syllabique ne doit pas faire oublier que la combinatoire syllabique est bien entendu incluse dans les démarches de Montessori et Freinet. Ce qui est refusé, c’est de ne faire que ça, parce que ça n’a pas de sens.

En Montessori, on commence par travailler sur les sons, puis on identifie la façon de les transcrire en s’attachant à la découverte sensorielle des symboles : un son/une ou plusieurs lettres, pour que l’enfant comprenne bien que l’écrit est la représentation de l’oral. Et on passe bien vite au travail sur des mots qui ont un sens (dictées muettes, écriture de textes grâce aux lettres mobiles, avant même que l’enfant sache écrire). L’enfant a toujours conscience que le but de l’écrit est de s’exprimer, de dire quelque chose. Lire, c’est comprendre. Et pas seulement déchiffrer. Voir ici la chronologie du matériel montessorien de langage*.

Un enfant apprend à reconnaître les lettres par rapport aux sons. (Montessori)**

En Freinet, la méthode naturelle engage les enfants à reconnaître des lettres, des syllabes dans les mots et des mots entiers, à les mémoriser, à les recombiner et à les réutiliser dans la lecture et dans l’écriture d’autres mots, toujours plus nombreux. Là aussi le but est toujours le sens et la combinatoire syllabique n’est que l’un des moyens. En Freinet, on apprend à lire comme on apprend à parler ou à marcher : en pratiquant, en faisant des tentatives et des expériences passionnantes parce qu’elles sont toutes des défis à relever. On invente des textes, on les écrit, on les lit. Pour le plaisir ou pour transmettre un message. Et au passage, on apprend.

Lecture collective de la lettre des correspondants (Freinet)

Continuez à aller de l’avant !

Il n’est donc pas question d’arrêter le bel élan. C’est vous qui avez raison ! C’est en enseignant d’une façon qui intéresse les enfants que l’on parvient à les faire progresser et se développer de façon heureuse et harmonieuse. C’est en leur montrant le plaisir qu’il y a à découvrir des textes utiles, inspirants, amusants, émouvants, qu’on leur donne le goût de la lecture. Pas en leur faisant répéter bêtement, à moitié endormis, des syllabes qui n’ont aucun sens. C’est vous qui avez raison.

* Extrait de Montessori Pas à Pas Langage 2-6 ans

** © Céline Alvarez

4 réflexions au sujet de « Apprentissage de la lecture : ne pas se laisser décourager »

  1. Merci pour cet article. Je suis enseignante en CP, une classe difficile car elle a une charge lourde et beaucoup de stress avec l’apprentissage de la lecture. Depuis 2 ans, je me suis formée à la pédagogie Montessori grâce à votre « bon gros livre orange ». Et j’en profite pour vous remercier !
    C’est vrai que c’est un peu difficile de garder le moral en ce moment. On nous tire dessus de tous les côtés. Les parents ne connaissent pas souvent la pédagogie active et sont légitimement inquiets quand l’école de leur enfant ne ressemble pas à ce qu’ils ont connu. Si nous étions soutenus par notre hiérarchie, valorisés au lieu d’être dénigrés par le ministre lui-même et par les medias, les parents suivraient. Ils voient bien que leurs enfants sont heureux chez nous. La confiance les aiderait à attendre qu’en plus d’être heureux ils progressent !

    • C’est vrai que l’information des parents est une composante fondamentale. L’éducation, pour être réussie, a vraiment besoin d’une forte collaboration entre les enseignants et les parents. Surtout, ne perdez pas courage. Vous faites un travail si important !

  2. Merci pour ce blog et vos livres qui m’ont été très utiles pour ma classe de CP/CE1!
    Je trouve que les nouveaux programmes vont plutôt dans le sens des pédagogies actives avec l’accent même en élémentaire de la manipulation (Montessori) ou les méthodes de communications avec les messages clairs etc (Freinet).
    Cependant effectivement une réelle formation manque, heureusement que le site de l’Ecole vivante est là!!

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