Une rentrée qui dépote : quel terreau pour les apprentissages scolaires ?

L’enfant et la plante

Les enfants sont des êtres en plein développement qui ont besoin d’une nourriture intellectuelle correspondant à leurs propres besoins.

Chaque nouvelle rentrée scolaire dans une classe supérieure traditionnelle correspondrait à un dépotage d’enfant pour un rempotage dans un pot plus grand dans lequel toute jeune pousse doit trouver une terre nouvelle et surtout plus riche.

La culture d’une plante demande une prise en compte précise de ses besoins biologiques. Il devrait en être de même pour les enfants. Leur éveil et leur éducation devraient prendre en compte LEUR programme de développement, leurs véritables besoins.

Maria Montessori avait observé les conditions optimales pour un développement harmonieux des enfants. L’observation scientifique des manifestations spontanées des enfants a révélé « le secret de l’enfance* » et cela sans avoir besoin d’entrer dans leur cerveau.

Semer de la graine de curieux

Le manque de concentration et d’attention des élèves en classe contraste avec la curiosité naturelle et remarquable des enfants.

C’est un constat implacable que font en majorité les enseignants en charge de classes mono-âge. D’où cela vient-il ?

  • L’élan de la rentrée et de la nouveauté (nouveaux amis, cartable, agenda …) fournit une belle énergie qui, reconnaissons-le, ne se poursuit pas à proportion du poids du cartable, de la répétition des consignes scolaires arides, du rythme des devoirs sans oublier la pression familiale.
  • La présence obligatoire des enfants est physique mais leur esprit est ailleurs … Un jeune garçon de maternelle avait même déclaré à sa maîtresse « Mon esprit est ailleurs et il ne reviendra pas ! ».
  • L’imagination enfantine déborde des lignes des cahiers, du format standard A4 des polycopiés, des cases à réponses prémâchées, des programmes bien définis et donc limités.
  • Les enfants aiment questionner, explorer, expérimenter pour apprendre.
  • Parmi les difficultés ordinaires formulées par des enseignants démunis arrivent en première place les difficultés d’incompréhension, et ce à de multiples niveaux (français, mathématiques …).
  • Les consignes scolaires sont parfois opaques ou imprécises dans leur formulation (car implicites) ou dans leur forme (ex : pas assez de place pour écrire la réponse). Situation d’autant plus absurde alors qu’on exige des enfants une restitution de leurs connaissances, de la précision, une bonne gestion de l’espace …
  • Les élèves qui « bloquent » sont souvent ceux qui refusent de marcher sur un terrain piégé où leur intelligence et estime de soi sont directement menacées.
  • Nos enfants ont besoin d’activités porteuses de sens POUR eux et surtout de BON sens.

Eliminer les mauvaises herbes (les leçons parasites)*

Les leçons parasites révèlent une réalité scolaire tabou : ce sont toutes les leçons que nos enfants apprennent malgré eux dans un système éducatif coercitif où la peur de la punition et de l’erreur associée à la compétition génère des comportements sociaux déviants comme la délation, la tricherie, le fait de ne pas aider son voisin, le manque d’initiatives …

Un engrais naturel

L’entraide entre enfants est un formidable « engrais ».

Mêler cette joyeuse énergie coopérative à une salle de classe apporte une valeur ajoutée qui bénéficie à tous (enfants et enseignants).

Il n’y a pas que le seul tutorat organisé et immuable tout au long de l’année. Les binômes les plus improbables peuvent apporter des collaborations étonnantes.

Non seulement les enfants apprennent autrement et parfois mieux mais surtout ils s’enrichissent mutuellement de leurs personnalités uniques et donc de leurs différences.

Un enfant dit « lent » devra s’ajuster au rythme d’un enfant plus rapide ; un enfant peu intéressé par la géographie y trouvera un intérêt grâce à la passion pour les pays d’un autre enfant ; un enfant manuel apportera son sens pratique à un autre enfant.

La motivation des enfants est le meilleur terreau sur lequel pourra pousser la semence précieuse de la graine de curieux.

« On ne tire pas sur la salade pour la faire pousser ».

  • Titre d’un ouvrage de Maria Montessori
  • L’expression des « leçons parasites » a été développée par Trevor Eissler, auteur de « Montessori c’est fou » (ecole-vivante.com).

Vanessa Toinet

Educatrice (AMI) et directrice d’une école Montessori. Auteure aux éditions Ecole Vivante, entre autres, de Montessori : Quand les enfants commencent après 6 ans.

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