Elever des enfants curieux

La plupart des gens, et surtout les parents, disent apprécier la curiosité de leurs enfants. Tous les parents voudraient que leurs enfants soient curieux, créatifs et imaginatifs. Ces qualités restent-elles pertinentes dès lors que nous prenons en compte les comportements des enfants attendus par leurs parents ?

Voici cinq qualités que presque tous les enfants curieux possèdent : la curiosité, l’imagination, l’inventivité, l’élan du test, l’intrépidité. Tous les jeunes enfants ont ces qualités. Pourtant, au fur et à mesure qu’ils grandissent la plupart deviennent un peu moins inventifs ou un peu plus craintifs. Pourquoi ? Que pouvons-nous faire pour éviter cela ?

Des enfants chercheurs

Les enfants curieux aiment poser des questions, des tas et des tas de questions. Tous les parents le savent. Avant que mes enfants commencent à poser des questions, je me souviens d’avoir songé combien ce serait amusant quand ils le feraient. J’imaginais alors nos conversations profondes et l’apprentissage qui en découlerait.

Eh bien, ce n’est pas toujours comme je l’avais imaginé. C’est vrai, il y a eu beaucoup, beaucoup de fois où j’ai aimé répondre à leurs questions. Leurs questions nous ont amenés à parler de tant de sujets différents insoupçonnables pour un si jeune âge ! D’un autre côté, je n’étais pas assez préparée pour TANT de questions –les unes après les autres, après les autres. C’est carrément épuisant !

Mais il est impossible d’étouffer ces questions sans étouffer aussi leur curiosité. Il peut y avoir des moments où je dois dire à mes enfants que j’ai besoin de faire une toute petite pause, mais j’essaie ensuite de toujours revenir en arrière et de leur demander s’ils ont d’autres questions, d’autres sujets dont ils ont besoin de parler. Plus les enfants se sentent libres de poser des questions quand ils sont jeunes, (sans peur que quelqu’un leur demande de s’arrêter ou ne se moque d’eux), plus ils se sentiront libres de poser des questions difficiles ou de demander des conseils lorsqu’ils seront plus âgés.

Prenez au sérieux les questions de vos enfants. Ils VOUS demandent une réponse. Je vois souvent des gens qui essaient de transformer les questions en d’autres questions pour que les enfants y répondent ou de les transformer en « moments d’enseignement», du type leçon sur le sujet. Si vous avez posé une question à quelqu’un, comment voudriez-vous qu’il vous réponde ? C’est ce que j’essaie de garder à l’esprit quand mes enfants me posent des questions.

Des enfants imaginatifs

Les enfants curieux ont généralement l’imagination profonde et fertile. Ils se posent des questions à eux-mêmes et pensent à toutes les façons possibles de répondre à ces questions. Très souvent, les écarts de conduite des enfants correspondent à une envie de tester une idée qui vient de leur imagination. Des questions comme : à quoi cela va ressembler, ou qu’est-ce qui va se passer si je fais cela, sont très importantes pour de jeunes enfants.

Les écoles disent attribuer de la valeur à l’imagination, mais l’imagination réelle ne peut se limiter à l’écriture ou au fait de raconter une histoire intelligente, de faire semblant de jouer pendant le temps de récréation ou même d’imaginer des façons de résoudre des problèmes de mathématiques ou de sciences (si toutefois c’est encouragé).

Que faire si un enfant imagine ce que ce serait de voler dans les airs ?  Lui serait-il permis de rêver à ce qui pourrait arriver ? Lui serait-il permis de dessiner des machines volantes pendant des heures … dans le style Léonard de Vinci ou de rêver d’un avenir où les êtres humains pourraient voler ou se téléporter eux-mêmes ? Il ne sera probablement pas à même de comprendre comment ça vole ou comment fonctionne le faisceau pour se téléporter dans un autre monde, mais il va explorer de nouveaux sujets et apprendre toutes sortes de choses amusantes. Plus important, il saura que son imagination est très appréciée et ne se limite pas à des sujets « appropriés ».

Des enfants inventifs

Les enfants curieux veulent faire de leur imagination une réalité concrète. Je pense que la plupart des enfants sont des petits inventeurs. S’ils y sont autorisés, ils inventent leur propre façon d’apprendre à marcher et à parler, de sortir de leur lit (à condition qu’ils dorment dans un lit), de lire, de résoudre des calculs et bien plus encore lorsqu’ils seront plus âgés.

C’est seulement lorsque nous, adultes, intervenons et imposons la « bonne » solution que cette inventivité naturelle disparaît progressivement. Certains enfants gardent cette qualité à l’âge adulte, ils deviennent généralement des inventeurs professionnels, des ingénieurs, des scientifiques, et ainsi de suite. Mais beaucoup plus de personnes seraient inventives et créatives dans leur vie quotidienne si elles n’avaient pas été convaincues que seuls les « experts » ou tous ceux qui ont des diplômes ou des certificats ont les bonnes solutions.

Des enfants testeurs

Les enfants curieux aiment « patouiller ». Je connais pas mal de gens qui pensent que le désordre et la curiosité ne doivent pas aller de pair. Je ne peux pas être plus en désaccord. Pour savoir comment les choses se passent, il faut pouvoir expérimenter et affronter les éventuels dégâts. Les jeunes enfants ont particulièrement besoin de faire leurs expériences.

Croyez-moi, ce n’est pas toujours une chose facile à retenir. En tant que parent, cela signifie souvent beaucoup plus de travail de négociation. Et parfois, cela peut être incroyablement frustrant. Mais, qu’on le veuille ou non, l’imagination et les dégâts vont de pair. Ma théorie est la suivante : plus l’enfant a de l’imagination, plus grands sont les dégâts qu’il va faire.

A deux ans, mes jumeaux ont emporté une tablette de beurre à l’étage et ont enduit la totalité de la chambre : les murs, les portes, les tapis et les fenêtres. Est-ce que j’ai été très heureuse de cette merveilleuse imagination à l’époque ? Non, ma première pensée a été de crier à cause de tout le travail que j’avais devant moi. Mais, je suis contente de ne pas avoir immédiatement hurlé et de ne pas les avoir « punis » à cause de leur curiosité. En plus, c’était des jumeaux !

Au lieu de cela, comme nous avons nettoyé la pagaille ensemble, nous avons parlé du beurre, d’où il provient et comment il peut tacher ; nous avons parlé de la façon dont les gens font parfois des sculptures en beurre, et, oui, nous avons aussi parlé de la façon dont ce n’est pas une bonne idée de l’étaler sur les murs ou n’importe quoi d’autre sans demander à maman et papa en premier.

Une autre fois, ils ont pris vingt-quatre bouteilles d’eau et les ont déversées dans un évier. Encore une fois, ils étaient petits et curieux de savoir ce qui se passerait. Dans ces cas, vous avez un choix à faire. Vous pouvez hurler et punir. Ou anticiper leur curiosité et leur fournir d’autres moyens de tester leurs théories qui ne causeront pas de dommages aux biens ou aux personnes.

Des enfants sans crainte

Les enfants curieux sont audacieux. Si vous avez peur que quelqu’un se moque de vos questions, vous aurez peur d’en poser. Si vous êtes limité dans la façon d’exprimer votre imagination, vous aurez peur d’imaginer quelque chose de plus grand et de plus imposant. Si vous êtes puni pour avoir créé du désordre, vous aurez peur de créer et d’inventer.

Les enfants qui sont encouragés à être curieux n’ont peur de rien. Je ne veux pas dire qu’ils n’ont pas les craintes et les inquiétudes naturelles, mais ils n’ont pas peur d’être forts, audacieux et expressifs. Ils ne sont pas préoccupés par l’insécurité et l’opinion des autres. Nous avons besoin de plus de curieux dans ce monde, des gens qui ne s’arrêtent pas automatiquement au dernier mot des autres. Les enfants intrépides, courageux se transforment en leaders, inventeurs, artistes et adultes compatissants qui résolvent des problèmes.

D’après l’article paru en anglais sur le blog “Interest-led learning » de Christina Pilington le 28/05/2011.

http://christinapilkington.com/

Une rentrée qui dépote : quel terreau pour les apprentissages scolaires ?

L’enfant et la plante

Les enfants sont des êtres en plein développement qui ont besoin d’une nourriture intellectuelle correspondant à leurs propres besoins.

Chaque nouvelle rentrée scolaire dans une classe supérieure traditionnelle correspondrait à un dépotage d’enfant pour un rempotage dans un pot plus grand dans lequel toute jeune pousse doit trouver une terre nouvelle et surtout plus riche.

La culture d’une plante demande une prise en compte précise de ses besoins biologiques. Il devrait en être de même pour les enfants. Leur éveil et leur éducation devraient prendre en compte LEUR programme de développement, leurs véritables besoins.

Maria Montessori avait observé les conditions optimales pour un développement harmonieux des enfants. L’observation scientifique des manifestations spontanées des enfants a révélé « le secret de l’enfance* » et cela sans avoir besoin d’entrer dans leur cerveau.

Semer de la graine de curieux

Le manque de concentration et d’attention des élèves en classe contraste avec la curiosité naturelle et remarquable des enfants.

C’est un constat implacable que font en majorité les enseignants en charge de classes mono-âge. D’où cela vient-il ?

  • L’élan de la rentrée et de la nouveauté (nouveaux amis, cartable, agenda …) fournit une belle énergie qui, reconnaissons-le, ne se poursuit pas à proportion du poids du cartable, de la répétition des consignes scolaires arides, du rythme des devoirs sans oublier la pression familiale.
  • La présence obligatoire des enfants est physique mais leur esprit est ailleurs … Un jeune garçon de maternelle avait même déclaré à sa maîtresse « Mon esprit est ailleurs et il ne reviendra pas ! ».
  • L’imagination enfantine déborde des lignes des cahiers, du format standard A4 des polycopiés, des cases à réponses prémâchées, des programmes bien définis et donc limités.
  • Les enfants aiment questionner, explorer, expérimenter pour apprendre.
  • Parmi les difficultés ordinaires formulées par des enseignants démunis arrivent en première place les difficultés d’incompréhension, et ce à de multiples niveaux (français, mathématiques …).
  • Les consignes scolaires sont parfois opaques ou imprécises dans leur formulation (car implicites) ou dans leur forme (ex : pas assez de place pour écrire la réponse). Situation d’autant plus absurde alors qu’on exige des enfants une restitution de leurs connaissances, de la précision, une bonne gestion de l’espace …
  • Les élèves qui « bloquent » sont souvent ceux qui refusent de marcher sur un terrain piégé où leur intelligence et estime de soi sont directement menacées.
  • Nos enfants ont besoin d’activités porteuses de sens POUR eux et surtout de BON sens.

Eliminer les mauvaises herbes (les leçons parasites)*

Les leçons parasites révèlent une réalité scolaire tabou : ce sont toutes les leçons que nos enfants apprennent malgré eux dans un système éducatif coercitif où la peur de la punition et de l’erreur associée à la compétition génère des comportements sociaux déviants comme la délation, la tricherie, le fait de ne pas aider son voisin, le manque d’initiatives …

Un engrais naturel

L’entraide entre enfants est un formidable « engrais ».

Mêler cette joyeuse énergie coopérative à une salle de classe apporte une valeur ajoutée qui bénéficie à tous (enfants et enseignants).

Il n’y a pas que le seul tutorat organisé et immuable tout au long de l’année. Les binômes les plus improbables peuvent apporter des collaborations étonnantes.

Non seulement les enfants apprennent autrement et parfois mieux mais surtout ils s’enrichissent mutuellement de leurs personnalités uniques et donc de leurs différences.

Un enfant dit « lent » devra s’ajuster au rythme d’un enfant plus rapide ; un enfant peu intéressé par la géographie y trouvera un intérêt grâce à la passion pour les pays d’un autre enfant ; un enfant manuel apportera son sens pratique à un autre enfant.

La motivation des enfants est le meilleur terreau sur lequel pourra pousser la semence précieuse de la graine de curieux.

« On ne tire pas sur la salade pour la faire pousser ».

  • Titre d’un ouvrage de Maria Montessori
  • L’expression des « leçons parasites » a été développée par Trevor Eissler, auteur de « Montessori c’est fou » (ecole-vivante.com).

Vanessa Toinet

Educatrice (AMI) et directrice d’une école Montessori. Auteure aux éditions Ecole Vivante, entre autres, de Montessori : Quand les enfants commencent après 6 ans.